Approches de la méditation
(première lecture)
J’éprouve la nostalgie d’un état d’être qui ne dépendrait d’aucun avoir, d’aucune relation, complet et parfait en lui-même.
Et, pour finir, il [le Bouddha] croise un ascète portant la robe orange des moines hindous, un sannyasin, au regard vif, lumineux, intense. Il demande à son majordome : « Pourquoi est-il vêtu ainsi, pieds nus, différent des autres, les cheveux rasés ? » Et son majordome lui répond : « C’est un homme qui ne s’intéresse qu’à un seul but, savoir s’il existe dans l’être humain une Réalité qui n’est jamais malade, qui ne vieillit pas, qui ne meurt pas. »
Ce qui n’exclut pas, même si la source des agitations demeure très puissante en vous, que par moments une tentative de méditation puisse donner un résultat qui vous paraît important. Oui, cette expérience a sa valeur, mais elle ne pourra pas être durable. Il faut le comprendre pour ne pas en être réduit à attendre six mois que, de nouveau, un état de grâce nous tombe du ciel à la fin d’une méditation dite réussie.
Si vous méditez aisément, méditez. Si vous avez des samskaras de méditateur, vous pouvez aspirer à cet état d’immobilité, dans lequel la béatitude du Soi se révèle – et cela sans aucune drogue naturellement.
Dans le lâcher-prise, la détente, l’ouverture, une révélation se produira. Elle vous sera donnée comme une grâce. Si vous êtes vraiment silencieux, vous ne cherchez plus, même pas à être libérés car c’est encore une pensée, encore une idée, encore une conception. La méditation est l’anti-recherche. Même un titre de livre comme A la recherche du Soi est destiné au lecteur non préparé, parce qu’on lui propose quelque chose à faire. Mais il n’y a même pas à chercher le Soi : vous l’êtes !
Il n’y aura pas de miracle. En fait, il y aura un miracle mais pas un miracle de pacotille. Dès le départ, étant ce que je suis, je pressens, je m’ouvre à une compréhension. La méditation mène à un silence et une ouverture pour que « Cela » se révèle. Elle suppose simultanément l’extrême de la vigilance et l’extrême du non-agir. Tout le reste est préparation. Mais au moins que cette préparation vous conduise dans la bonne direction.
L’émotion refuse de situer la part dans sa relation avec le tout : elle fait venir sur le devant de la scène un élément, s’y cramponne et ne peut plus entendre parler de ce qui la contredit. Si vous en voulez à quelqu’un, vous écartez sans merci les nombreuses raisons que vous avez de lui être reconnaissant et même de l’aimer.
La pensée ordinaire, celle qui doit disparaître, se trouve toujours liée à un élément d’émotion, même si cette émotion n’est pas nettement perceptible parce que, réprimée ou refoulée, elle ne subsiste en nous qu’à l’état latent ou non manifesté. Mais avec un peu d’habileté on la détecte dans les pensées, on s’aperçoit que ces pensées ne sont pas neutres. Au contraire, si nous voyons, nous utilisons le penser actif, et cette vision est exempte d’émotion. Par contre, elle s’accompagne et elle s’accompagnera de plus en plus de ce que nous appelons le sentiment, l’intelligence du cœur.
Vous voyez, cela paraît contradictoire. Je vous demande, d’une part, de prendre la décision de ne plus penser et j’affirme, d’autre part, qu’il faut laisser monter à la surface certains types de pensées, sans que cela dure pour autant des jours et des jours : « Voilà ce que le mental m’impose ». Au début du Chemin, vous tombez dans le piège de ce que le mental vous raconte, vous foncez sur les pensées comme le taureau sur la cape rouge. Quand vous avez un peu progressé, il devient possible de prendre du recul : « Voilà ce que le mental me propose ; j’adhère, je n’adhère pas, il va falloir tirer cela au clair. C’est vrai ou ce n’est pas vrai ? Cela correspond-il à la réalité ou non ? » Élucidez à cent pour cent, pas à quatre-vingt-quinze pour cent. Le refus catégorique des pensées a donc pour préliminaire la discrimination concernant celles-ci. Non ce n’est pas véridique, j’extrapole abusivement.
Il vous incombe de voir quels sont les grands thèmes qui font votre existence, donc qui alimentent vos pensées.
Il est indispensable que vous ne tombiez plus dans le piège de l’identification aux pensées et de la confusion entre voir et penser. Trop souvent, j’ai dû utiliser pour l’un ou pour l’autre d’entre vous cette formule : « Vous pensez que vous voyez et vous ne voyez pas que vous pensez. » Vous pensez que vous voyez, vous vous entêtez dans vos erreurs, vous affirmez sans voir qu’en vérité vous divaguez tout simplement. Si vous voulez faire la différence, appuyez-vous sur ce simple critère : il n’existe aucune certitude dans les pensées. Si vous les autorisez à se nourrir de votre substance, à consommer stérilement votre énergie, vous n’aurez plus cette énergie à votre disposition pour croître intérieurement. Donc, le préalable à tout changement de niveau d’être, c’est la capacité à se dissocier de ces pensées, à discriminer entre la pensée et la vision.
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
Retour au portail des citations des ouvrages d’Arnaud Desjardins »