Confidences impersonnelles
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« Oh, you have changed, Arnaud, you have changed, no doubt! »; « Oh, vous avez changé, Arnaud, sans aucun doute, vous avez changé!». Telles furent ses propres paroles, et c'était ce que je pouvais entendre de plus heureux. Cela dit, de quel changement parlait-il ? J'admets que l'on puisse interpréter ses paroles, ou m'accuser de leur donner le sens qui me convient. Ceci concédé, revenons à l'évocation de cette rencontre. « You have changed because you got », a-t-il ajouté. « Vous avez changé parce que vous avez eu »; « Vous désiriez le succès, vous avez eu le succès; vous vouliez une aventure amoureuse intense, vous l'avez eue »... J'écoutais Swamiji me tenir ces propos, dans un climat très détendu, très heureux, et je me disais : « Mais qu'est-ce qu'il raconte ? Il plaisante, il se moque gentiment de moi... En effet, je ressentais intensément que tous ces accomplissements dont il était en train de me parler, et qui pourtant avaient tant compté, n'étaient rien en comparaison de la grande affaire de mon existence, à savoir ma relation à lui, Swami Prajnanpad. Il m'était évident que l'événement le plus important de ma vie, c'était de l'avoir rencontré, d'avoir été guidé par lui. J'ai réalisé à quel point il m'avait aimé, combien il s'était occupé de moi. Non qu'il n'ait aimé qu'Arnaud, loin de là; mais il m'avait tant donné! Plus il énumérait tout ce que le destin m'avait accordé, plus je ressentais « Non, tout cela n'est rien, là n'est pas le plus important. La seule chose vraiment importante dans ma vie est d'être devenu l'élève de Swami Prajnanpad, de n'avoir pas gaspillé son influence, d'être retourné auprès de lui dans les moments difficiles lorsque je n'avais pas envie de me retrouver face à lui ». Et surtout, dominait une immense gratitude pour tous les moments où il m'avait fait mal, où je l'avais trouvé dur, injuste à mon égard, où je m'étais révolté... bref, toutes les occasions où il avait vraiment joué son rôle de gourou; autrement dit un rôle chirurgical qui consiste à donner de grands coups de boutoir dans le mental du disciple.
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Comme il est très délicat de prendre des exemples touchant des personnes susceptibles de se reconnaître, peut-être pourrais-je utiliser la fameuse parabole de la corde et du serpent. Cette histoire est évidemment plus vraisemblable dans le contexte indien : un homme, élève d'un gourou, est persuadé voir dans son jardin un serpent, alors qu'il s'agit en fait d'une corde. Ce serpent lui fait peur, et sans même prendre la peine d'y regarder d'un peu plus près, il fonce tête baissée dans cette illusion. Aussi instaure-t-il dans son foyer une sorte de terreur en interdisant à sa femme et à ses enfants de s'aventurer dehors. Tout le monde vit dans la frayeur cependant qu'il guette le reptile et cherche un moyen de le mettre hors d'état de nuire. D'un autre côté, une peau de serpent peut être vendue pour un très bon prix, et notre homme commence à penser à tout ce qu'il pourra s'offrir une fois le reptile tué et sa peau négociée. Il y a donc, d'une part, un investissement négatif (la menace du venin); d'autre par, un investissement positif (la vente de la peau). Finalement, il se décide à aller voir son gourou et lui dit, plein d'émotion : « Ah, Swamiji, votre grâce a permis qu'un serpent élise domicile dans mon jardin. Certes, ma femme et mes enfants ne peuvent sortir, mais dès que je l'aurais tué, je pourrais vendre sa peau et en tirer beaucoup d'argent. Je voudrais vraiment me comporter en disciple, de la manière la plus juste, et ma question est la suivante : une fois la peau du serpent vendue, combien pourrais-je garder pour moi et ma famille, et quel pourcentage devrais-je verser à des œuvres sociales? Swamiji, veuillez m'éclairer sur ce point. » Très belle question mais qui ne correspond à aucune réalité... Que peut alors faire le gourou? S'il dit à son élève : « Vous faites erreur, il n'y a aucun serpent, mais seulement une corde. Votre famille n'a pas à avoir peur [...]
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Tout à fait. Le chemin consiste entre autres en la destruction d'un certain nombre d'erreurs ou d'illusions. Cette destruction implique une mort à notre monde psychologique et une naissance à un autre niveau de liberté et surtout de simplicité, Or, il est des chercheurs qui, tout en étant disposés à consacrer beaucoup de temps et d'énergie à ce chemin, prétendent gagner sans perdre. Ils sont semblables à une chenille qui voudrait rester chenille mais chercherait une quelconque méthode de culture physique pour se faire pousser des ailes de papillon. Sur ce point, il convient d'être très clair : une personne qui ne sait pas jouer du piano et désire apprendre comprend qu'elle va gagner une dextérité, une maîtrise, une habileté, tout cela au prix d'efforts soutenus. Mais qu'a-t-elle à perdre ? Sans doute va-t-elle renoncer à lire un livre pour faire deux heures de gammes. Mais qu'a-t-elle à perdre en ce qui concerne sa personne ? Un homme qui se trouve maigre et désire se faire des muscles prendra la peine d'aller trois fois par semaine dans une salle de culture physique. Qu'a-t-il à perdre? Rien, il lui faut seulement fournir des efforts, ce qui n'est pas du tout la même chose. La plupart de ceux qui s'engagent dans une voie spirituelle se disent qu'ils vont acquérir des états de conscience auxquels ils n'ont pas encore accès, une paix, une maîtrise d'eux-mêmes... Ils pensent gagner quelque chose par leurs efforts, sans comprendre que sur le chemin, on ne peut naître sans mourir. En ce sens, on n'acquiert rien : notre nature réelle se révèle au fur et à mesure que les illusions sont détruites. Ce n'est pas du tout la même chose qu'apprendre le piano ou se livrer à toute autre activité. La vérité est là, mais nous faisons tout pour ne pas la voir. Nous sommes crispés sur le mensonge constitutif de notre identité du moment. Or, ce mensonge, il s'agit de s'y attaquer à travers un échantillon concret. Sinon, sauf cas exceptionnel, tout cela reste de belles phrases à propos de la non-dualité ou du vedanta. On peut se bercer une vie
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[…] l’élève demande-t-il au gourou de se faire conseiller matrimonial ou sexologue parce qu'il butte sur un attachement qui le maintient dans le jeu de la peur, du désir, de l'identification à sa forme physique et psychologique, et qu'il aspire intensément à l'expérience personnelle de la réalité ultime telle qu'il la conçoit? Ou veut-il tout simplement résoudre un problème psychologique précis sans mettre en cause la source même de l'identification à l'ego individualisé ?
Nous en arrivons à ce qui différencie le disciple de l'être humain désireux de moins souffrir...
Oui, et ce qui précisément différencie le disciple du commun des hommes, c'est l'aspiration à l'expérience personnelle de la réalité ultime telle qu'il la pressent ou la conçoit.
Et cependant, ce disciple ou disciple potentiel se trouvera, sur des points précis, en proie aux mêmes aveuglements qu'une personne n'ayant aucunement l'envergure d'un disciple...
Bien sûr. Il viendra lui aussi me parler de sa vie amoureuse ou de ses problèmes avec son patron, mais s'en servira comme d'un échantillon lui permettant, avec l'aide du gourou, de voir très concrètement le mental à l'œuvre et l'étendue de son illusion. Le disciple ne vient pas demander au maître un comprimé pour ne plus souffrir; il examine avec lui les symptômes afin de mieux cerner la maladie, dans la perspective d'une guérison totale et définitive. La question qu'il se pose et lui pose n'est pas : « Comment puis-je résoudre mon problème immédiat? » mais « Qu'est-ce qui me montre aujourd'hui que je n'ai pas atteint le but tel que je me le représente? À quoi puis-je voir que je ne suis pas éveillé, établi dans la sagesse et la liberté intérieure ? » La libération, c'est ce qui reste lorsque tous les symptômes de non-libération ont disparu. Or, quels sont ces symptômes? Les ambitions, les attachements, les peurs, l'attraction et la répulsion. Toutes les situations que le disciple examine avec le gourou constituent des exemples du jeu de l'attraction et de la répulsion, du mécanisme de la dualité. Tant que je me prends pour un être humain individualisé, tant que je demeure dans la conscience du « je suis moi », fût-ce un moi paisible et heureux, je prends pour des êtres individualisés tous ceux qui croisent mon chemin. Cela me maintient dans la dualité et m'aveugle à la réalité unique.
Être ou ne pas être identifié à Gilles Farcet, telle est la question; que chacun remplace Gilles Farcet par son propre nom...
Exactement ! La conscience de l'ego est une sorte d'hallucination sous l'effet de laquelle je me prenais autrefois pour Arnaud Desjardins et qui vous fait encore vous prendre pour Gilles Farcet, avec tout ce que cela inclut. Cette situation est comparable à celle d'un acteur qui, en proie à un délire, se prendrait pour le personnage dans lequel il est distribué. Si je me prends pour Arnaud Desjardins, je prends Gilles Farcet pour Gilles Farcet et Isabelle Pallas pour Isabelle Pallas. Si je ne me prends plus pour Arnaud Desjardins, je ne peux plus, par-là même, prendre Gilles Farcet pour Gilles Farcet et Isabelle Pallas pour Isabelle Pallas. Imaginez un acteur distribué dans le rôle d'un colonel nazi pour une émission dramatique dont l'action se situe sous l'occupation: tant qu'il se sait ne pas être un colonel nazi, il sait que le comédien distribué dans le rôle du chef des résistants n'est pas un chef de résistance. Si, par une poussée délirante, il se prend vraiment pour le nazi, du même coup il prendra son camarade acteur pour un véritable chef résistant. L'un ne peut aller sans l'autre, dans l'illusion comme dans l'éveil. Ne me prenant plus pour Arnaud Desjardins, je ne vous prends pas pour Gilles Farcet [...]
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L’enseignement par essence impersonnel qui passe à travers moi se sert donc de la forme particulière d'Arnaud Desjardins. C'est une certaine coloration, un style, une apparence, décevante pour les uns, pleine d'espérance pour les autres dans la mesure où ils peuvent davantage se reconnaître en Arnaud qu'en un gourou oriental. Le cheminement d'Arnaud, ses difficultés passées, son accomplissement présent leur indiquent une possible mise en pratique, un chemin applicable dans leur vie quotidienne ainsi qu'une réalisation dégagée de tout exotisme et par-là même accessible. Vous savez, j'ai souvent dit aux uns et aux autres : « Plutôt que de me considérer comme un gourou, avec tout ce que vous pouvez mettre de merveilleux dans ce mot, considérez-moi comme un disciple plus avancé qui vous montre en quoi consiste la mise en pratique de l'enseignement ». Certains ont été à un moment donné beaucoup aidés par cette approche.
Comment faites-vous la jonction entre le gourou et l'homme public? Vous n'êtes plus réalisateur et, en tant qu'écrivain, vous faites peu de concessions aux exigences, en elles-mêmes naturelles, de votre éditeur quant à la promotion. Mais il vous arrive encore d'aller présenter un film
-de donner au festival Film et Spiritualité, par exemple une conférence aux Assises du Yoga à Zinal...
Oui... Cela se fait. Les décisions se prennent d'elles-mêmes : oui, j'accepte de donner telle conférence; non, je réponds négativement à telle sollicitation... Y a-t-il une demande qu'une réponse se présente, comme une évidence intérieure. Je pourrais bien sûr rationaliser a posteriori mes comportements; mais en fait, j'ai l'impression que les décisions s'imposent et ne dépendent pas de moi. Je donne la réplique, d'instant en instant et ai de moins en moins l'impression de mener le jeu... Quelle liberté !
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Au-delà de votre cas « personnel », si l'on peut dire, cette réticence semble témoigner de la grande difficulté de l'être humain à envisager qu'un de ses semblables ait pu réellement changer. On est prêt à reconnaître un gourou étranger avec lequel on n'a que très peu de points communs; mais Arnaud, que l'on a « connu » aux prises avec ses limites...
Eh oui, je l'ai souvent constaté. D'abord, je trouve cela peu flatteur pour les maîtres eux-mêmes : on part du principe qu'ils ne sauraient contribuer à une réelle transformation chez aucun de leurs disciples! C'est accorder bien peu de crédit à leur enseignement... Pour ma part, j'ai le sentiment que je devais bien à tous les sages qui m'ont consacré du temps et de l'énergie, et tout particulièrement à Swami Prajnanpad, de laisser leurs interventions porter des fruits en moi. C'est d'ailleurs quelque chose qui m'a, à une époque, immensément stimulé : « Je ne veux pas que toute la patience et tout l'amour que m'a témoignés Swamiji m'aient été donnés pour rien. » L'idée que Swamiji ait pris tant de peine et que, malgré tout, je reste encore soumis à mes émotions, à mes peurs et infantilismes m'était inadmissible. Par ailleurs, cette attitude procède d'un mécanisme auquel nous avons déjà fait allusion, à savoir la facilité avec laquelle les gens parlent de personnes connues quinze ans plus tôt comme s'ils les avaient assidûment fréquentées ces derniers temps : « Ah oui, un tel, je le connais très bien... » Et l'on ne tient pas compte du fait qu'au cours de ces quinze années, le personnage en question a pu radicalement changer. Notez que je parle de quinze années, mais ceci est également vrai de toute nouvelle rencontre avec quelqu'un : en une nuit, une journée, une heure, un instant, une personne est susceptible de passer par une totale transformation. Comment puis-je savoir que X., vu pour la dernière fois il y a quinze jours, n'a pas la semaine dernière atteint l'illumination?
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Tous ceux qui approchent un maître, l'écoutent, reviennent fréquemment le voir, ont avec lui des entretiens, s'imaginent être ses disciples. En fait, les disciples sont rares, très rares. Que les choses soient claires : si la relation gourou-disciple a vraiment été établie, elle ne peut en aucun cas être brisée. Qu'elle le soit démontre simplement qu'elle n'a jamais été instaurée en profondeur. Sur ce point, je suis catégorique : la relation gourou-disciple est d'une telle nature qu'elle ne peut être brisée, ni par le gourou ni par le disciple, tant elle est grande, profonde, sacrée. S'il y a un jour rupture, on peut alors être certain qu'il ne s'agissait que d'une apparence de relation. Sans doute le « disciple » se croyait-il sincèrement engagé; sans doute a-t-il été par instants très touché par l'enseignement; peut-être même s'est-il à certains moments donné du mal... Il se peut qu'il ait progressé... Il y a donc eu apparence de relation. Mais l'essence du « disciple », son être le plus profond, n'a pas été impliqué, n'a pas reconnu l'homme ou la femme auquel il demandait conseil comme un gourou, son gourou. Il y a seulement eu un besoin de reconnaître quelqu'un comme son gourou, projection par laquelle cette reconnaissance a semblé prendre place, en surface... en fait, toute la relation a été menée par l'ego et le mental.
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En fait, nombre de ceux qui emploient ces mots savent à peine ce qu'est réellement un gourou...
Tout à fait, d'autant que ce mot n'a pas droit de cité en France. Assumer le titre de gourou relève, aux yeux du public, de la paranoïa, au mieux de la charlatanerie... On admet que quelqu'un soit pasteur ou prêtre. On reconnaît à un dominicain le droit de prêcher, de faire office de guide spirituel. À la rigueur, on tolère l'activité d'un lama consacré comme tel dans la hiérarchie tibétaine... Mais s'il s'agit d'un homme ordinaire vêtu d'un pull et d'un pantalon de velours... Voilà qui est pratiquement inadmissible. Je me demande si on ne pourrait en français employer un autre mot... Maître? Instructeur? Le mot « maître » a dans ses connotations quelque chose de sévère... Encore une fois, un gourou est avant tout quelqu'un qui a été disciple, qui a accepté que son monde personnel fait d'illusions et de peurs soit mis en cause, ébranlé, jusqu'à être détruit.
Le disciple craint nécessairement le maître...
Il est vrai qu'un maître authentique peut être amené, sur certains points, à se montrer intraitable. A deux reprises, Swamiji s'est « fâché » contre Arnaud, s'est « mis en colère », a crié... Il a aussi fait preuve, à certains moments, d'une très grande dureté, m'est apparu glacial. Je pouvais alors le haïr, lui en vouloir, mais il était clair que c'était lui le maître. Au moins, je n'avais pas la sottise d'essayer de m'en prendre à lui : c'eût été comme de provoquer Cassius Clay en combat singulier, je ne faisais tout simplement pas le poids. Et lorsque le maître fait preuve d'une telle fermeté, il arrive que le disciple se laisse complètement emporter par le mental et clame partout que le gourou cherche à le détruire, à l'annihiler. Redisons-le une fois encore: le gourou est l'ami de votre ego. Il voit en vous un enfant qu'il faut consoler, ménager, aider à grandir... mais en même temps, il est l'implacable ennemi de votre mental qui, lui, doit effectivement être détruit. Quand le disciple, très attaché à telle ou telle manifestation de son illusion, voit celle-ci directement mise en cause par le gourou, il arrive qu'il ne puisse supporter cette menace lancée sur son monde personnel et, par un mécanisme d'identification totale, se sente en danger. Il va alors croire que le maître cherche à l'accabler, alors que ce dernier n'en a qu'après le mental, lequel, en vérité, torture le disciple, le maintient en prison, est le responsable de ses peurs et de ses souffrances... Ce n'est qu'à partir du moment où le disciple ne se confond plus totalement avec ses peurs, illusions et émotions qu'il est en mesure d'assister à la destruction de celles-ci par le maître. Sans doute ce processus est-il douloureux, chirurgical: le vieil homme crie et se débat; mais il est en même temps apaisant, libérateur : l'homme nouveau émerge des décombres.
C'est seulement alors que le disciple est en mesure d'aimer vraiment le maître?
Oui, car avant, ainsi que le dit la belle formule tibétaine : « L'amour du disciple pour le gourou est comparable à l'amour du chasseur pour le gibier qu'il poursuit. » Vous savez, je l'ai abondamment vécu : je suis passé par le mépris du gourou, le besoin de l'annexer, de l'utiliser, d'en faire « mon » gourou. Pour ma propre gloire, j'ai pillé Swamiji afin d'écrire le tome I des Chemins de la Sagesse, de servir le prestige et la carrière d'Arnaud Desjardins... Et le pseudodisciple ou apprenti disciple que j'étais n'en avait guère conscience. Nos propres mobiles profonds nous sont à nous-mêmes obscurs, nous nous connaissons si peu... Un fond de sincérité nous amène auprès du maître, tandis que l'ego et le mental occupent la quasi-totalité du terrain avec leur esprit de lucre. Ils ne connaissent que l'appât du gain, de quelque nature que soit ce gain. En approchant le gourou, l'apprenti disciple sous l'emprise de l'ego et du mental cherche à devenir plus fort, plus puissant, à compenser les manques. Il sert sa propre gloire, demande à être gratifié... Personne ne vient net et clair, pur et sans tâches auprès d'un gourou. Il ne s'agit pas d'une demande franche et précise, comme celle d'un élève allant trouver un professeur de violon pour prendre des leçons. La demande de l'apprenti disciple ne peut qu'être très trouble, bourrée d'illusions. Et, sans qu'il en soit vraiment conscient, son mental est, dès le départ, bien décidé à asservir le gourou, à l'utiliser à ses propres fins. Comment s'étonner qu'ensuite surviennent des ruptures? Tant que son ego et son mental y trouvent leur compte, le « disciple » porte le gourou aux nues, embête tout le monde en parlant à tout bout de champ de son maître vénéré. Du moment que cela n'arrange plus l'ego et le mental, la situation se retourne complètement. Il ne saurait en être autrement, et il est en soi très intéressant d'observer ces forces à l'œuvre pour voir qui va finalement l'emporter, le mental ou l'être humain? Au cours de ce dialogue, j'ai beaucoup insisté sur les ruptures, les révoltes du mental, l'incapacité du « disciple » à supporter d'être directement contré dans ses chères illusions... Ce tableau serait incomplet si je ne me souvenais pas de ceux que j'ai, en tant que gourou, pris un jour le risque d'attaquer de front, et qui ont su entendre. Sans doute ont-ils eu mal, mais plutôt que de se cabrer, ils ont su habiter un peu avec leur douleur, pendant quelques heures, quelques jours, puis sont revenus me trouver en acceptant de voir. Une illusion était tombée. Si de telles choses n'arrivaient pas, nul ne pourrait progresser. Un gourou peut faire mal mais il ne fera jamais du mal.
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s'accomplissent... La Bhagavad Gita exprime d'ailleurs très clairement cette idée. Krishna dit en substance à Arjuna : « De toute façon, tu ne pourras pas éviter d'accomplir les actions que tu portes en toi, qui sont dans ta nature. Et si tu décides de ne pas les accomplir, elles s'accompliront quand même. » Certes, il s'agit d'un point très délicat dont on pourrait se servir pour justifier toutes nos lâchetés et tous nos égoïsmes: «< Ah! c'est l'énergie divine qui s'exprime à travers moi... » Il convient donc d'être prudent et de faire preuve de discernement. Mais tout de même, il importe de tenir compte du fait que nous ne saurions nous faire une idée juste du comportement du sage si nous nous le représentons comme mû par les mêmes dynamismes que nous. Les actions peuvent extérieurement paraître semblables, mais la réalité intérieure est complètement différente. La motivation est toute autre, l'attachement a disparu... Voilà quelque chose qu'il ne faudrait jamais oublier, même, et surtout, lorsque l'on considère des comportements que le sage partage avec les autres hommes. Beaucoup ne sont prêts à prendre au sérieux un maître que s'il a quelque chose de manifestement différent du commun des mortels, s'il demeure six heures par jour en méditation... Pour peu qu'il ait une vie sexuelle, mange de la viande et boive de l'alcool, la réaction se lève : « Ah! il n'a rien de différent des autres, il ne peut donc s'agir que d'un homme ordinaire. » Alors qu'en réalité, au-delà des variations de style, la différence radicale se situe à un tout autre niveau. Celui qui est libre ne s'éprouve plus comme étant l'auteur des actions : « J'ai fait ceci, cela... » Non, le sage ne peut plus s'attribuer le mérite de quoi que ce soit. Plus rien n'est méritoire, tout est évident : « Voilà ce qui doit être fait ». Il ne saurait ressentir la moindre impression de réussite ou d'échec. Il peut constater qu'un disciple continue à souffrir ou au contraire s'établit peu à peu dans la sérénité; mais ce progrès ou cette apparente stagnation de ceux qui lui sont confiés ne lui apparaissent en aucun cas comme sa réussite ou son échec.
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L'évolution, donc, continue...
Aucun élément nouveau n'apparaît. Ce qui était déjà là s'intensifie, comme une lumière d'abord faible qui gagnerait en rayonnement jusqu'à se faire étincelante.
Savez-vous où cette progression va vous mener? Peut-être la question ne se pose-t-elle pas.
À être de moins en moins de ce monde pour, intérieurement, me trouver de plus en plus établi dans un autre monde, dans le « Royaume des Cieux au-dedans de nous »... En cet autre monde n'interviennent aucune des lois qui régissent le monde habituel. Ce « royaume » n'est notamment plus du tout concerné par le jeu des causes et des effets. Pour reprendre une vieille image, la conscience de l'écran s'impose de plus en plus et prend le pas sur celle du film. Le film se poursuit : je continue à agir, à parler, à me manifester dans le concret. Je suis prêt à assumer une apparence de responsabilité. Mais ce n'est qu'une apparence car, intérieurement, je ne suis nullement concerné, semblable à l'acteur qui joue son personnage tout en sachant qu'il est un autre. Peut-être perd-il trois kilos à chaque représentation, si le rôle est très fatigant; il n'en est pas moins libre de celui qu'il incarne sur scène.
Qu'en est-il de cette béatitude dont on parle parfois?
Aucun mot français ne me paraît adéquat. Disons que le sentiment heureux ne cesse de s'intensifier. Et cette plénitude est permanente. De même que le sentiment amoureux imprègne toute la journée d'un homme très épris, ce bonheur d'un autre ordre est là, en filigrane de mes jours. Il s'agit d'un sentiment unique mais que l'on pourrait décomposer comme on le fait pour la lumière du prisme en violet, indigo, bleu, etc... Quels sont donc les aspects de ce sentiment: la paix, la sécurité, l'émerveillement, l'amour, la disparition du passé et du futur pour laisser le champ libre à chaque seconde qui se présente; dans cette conscience du présent, nulle inquiétude n'est possible. C'est également l'opposé absolu de la frustration. Par ailleurs, je sens qu'aucune perte ne me serait cause de souffrance... Toutes les émotions de déception, de rancune, ont disparu. « Pardonnez à ceux qui vous ont offensé », dit-on ; mais, dans cet état, il n'y a même pas de pardon puisqu'il ne saurait y avoir offense. Il n'y a plus personne pour se sentir offensé. Bien entendu, je suis en train de parler du point de vue de ce sentiment intérieur si riche qui domine et éclaire toute « mon » existence. Je peux très bien, par ailleurs, sur le plan extérieur, voir que quelqu'un s'est montré incorrect à l'égard d'Arnaud. Il peut être alors nécessaire de « marquer le coup», de prendre des mesures... Mais cela ne « me » concerne pas : les événements se produisent selon leur propre causalité, et ma capacité d'accueil vis-à-vis de cette personne ne s'en trouve en rien changée.
Cette expérience qui est la vôtre et qui va s'intensifiant vous donne-t-elle accès à une réalité que l'on pourrait qualifier de « supranormale » ?
Tout dépend de ce que l'on entend par « supranormal ». J'ai peut-être accès au « supranormal » dans la mesure où je vis de plus en plus dans l'absolu et de moins en moins dans le relatif, même si rien d'extraordinaire n'en paraît au dehors. L'absolu, c'est entre autres ce qui n'est plus en relation avec quoi que ce soit. On pourrait aussi parler de lumière, de silence, de vide... Si l'on tient pour « normal » le fait de se soucier, d'être inquiet à l'idée qu'un désir pourrait ne pas se réaliser ou qu'une éventualité fâcheuse pourrait se produire, de ne pouvoir rentrer dans le silence lorsque l'on tente de méditer, alors, oui, j'ai accès au « supranormal » : un infini de lumière et de paix... Ne me prenant plus pour Arnaud Desjardins, non seulement je ne vous prends plus pour Gilles Farcet, mais je ne prends même plus la voiture pour une voiture. La vie est une immense pièce de théâtre dans laquelle la réalité, la shakti, l'absolu joue tous les rôles.
On attribue parfois aux gourous et aux sages certains pouvoirs inhabituels...
Ce que je trouve inhabituel dans ma propre expérience, c'est une inébranlable capacité de certitude. Comment dire? Je vois de manière certaine des choses que ceux qui m'entourent ne voient pas, comme un radiologue muni de son matériel voit au-delà de l'épiderme les poumons, les vertèbres, etc...
Pouvez-vous me donner un exemple?
Par exemple, et sans entrer dans les détails, je me suis engagé voilà quelque temps dans une situation à bien des égards difficile et dans laquelle je n'avais en apparence aucune raison de m'impliquer. Depuis, quelles qu'aient pu être les difficultés, voire les tempêtes, soulevées par cette situation, jamais je n'ai un seul instant douté du bien-fondé de mon choix. Je sais que je devais agir ainsi, quelles que puissent en être les conséquences. Dans certains cas, j'ai la capacité de deviner l'avenir, non pas par des pouvoirs magiques mais tout simplement à partir du présent. Je sens : « Inévitablement, ceci se produira. » Et plus tard, les événements confirment mon intuition. Cela dit, certaines choses se produisent sans que je les aie le moins du monde prévues! Il ne me reste plus alors qu'à accepter au jour le jour et à agir en fonction de ce qu'exige la situation. En parlant lors des réunions, je sens souvent la nécessité de faire une parenthèse, de dire quelque chose qui ne paraît pas indispensable eu égard à la question posée. Il m'arrive même, tandis que je parle, de me demander pourquoi ces propos s'imposent. Par la suite, quelqu'un vient me dire : « Vous avez très précisément répondu à la question que je n'osais pas formuler... » Il m'est aussi arrivé, dans des réunions auxquelles assistaient des personnes que je ne connaissais pas, d'illustrer mes propos par un exemple imaginaire: « Imaginons une personne dont la sœur serait très malade, etc. » J'apprends ensuite que je viens de raconter l'histoire d'une des personnes présentes qui est alors stupéfaite et persuadée que je lis dans les pensées... Or, je ne lis pas du tout dans les pensées; ce scénario, qui s'est trouvé correspondre mot pour mot à la situation de cette personne inconnue de moi, s'est tout simplement imposé tandis que je parlais. Je ne puis expliquer ce phénomène dont je n'ai pas la maîtrise. Je peux à tout moment décrocher le téléphone; par contre, cette faculté ne se trouve pas à ma disposition. Et puis, ce que je trouve vraiment extraordinaire, et qui est pourtant très simple, c'est le fait que les événements ne laissent plus de traces. Autrefois tout laissait une trace, dans la mesure où l'acceptation n'avait pas été totale. Aujourd'hui, quelque chose se produit, je réponds à la situation puis n'y repense plus, sauf en cas de nécessité bien précise. Oui, l'immense différence réside dans cette disparition des pensées dont nous avons déjà parlé. Oh! il m'arrive d'avoir des pensées très anodines: « La prochaine fois que j'irai à Avignon, j'essaierai ce restaurant indien dont on m'a parlé »; « Il faudrait que Véronique téléphone à Marie-Noëlle pour lui demander de venir nous chercher à la gare, car je devrai porter le film qui pèse assez lourd... » Mais, d'une part, ces pensées ne se présentent jamais pendant la méditation, d'autre part, je les accueille. Autrement, il n'est plus question de pensées, heureuses ou malheureuses, de soucis qui s'imposeraient d'eux-mêmes. Comme c'est reposant! Annick me dit : « La situation financière de Font d'Isière n'est pas très bonne ». Peut-être ne vais-je y penser que deux fois en dix jours, et uniquement parce qu'une possible solution se présente d'elle-même à mon esprit : « Tiens! Telle mesure pourrait être prise... Mais de souci, de ruminations du genre: « Mon Dieu ! Si nous n'avons pas de rentrées importantes, que va-t-il se passer? », point. Fini, tout cela ! Je crois que ceux qui s'intéressent de près ou de loin à la spiritualité se représentent avant tout la libération comme une béatitude, une sérénité sur le plan du sentiment, sans imaginer ce qui se produit sur le plan des pensées. On n'a pas idée de l'incroyable simplification qui s'opère: quel repos, quel immense et salutaire repos! Sauf si nécessaire, on ne pense ni au passé, ni au futur... Quelle légèreté dans la tête !
Par contraste, la condition ordinaire doit vous paraître épouvantable...
Vous la qualifiez d'« ordinaire », je préférerais dire « courante », car loin d'être normale, cette condition, bien qu'universellement répandue, me paraît tout à fait pathologique. Tant que l'on s'y trouve soumis, on est bien conscient de n'être pas vraiment heureux, d'être encore sujet à des inquiétudes et à des peurs. Mais l'on ne voit pas ce qu'il y a de vicié, de grotesque, disons-le de dément, dans notre manière même de fonctionner. Aujourd'hui, j'ai de cette folie une vision très claire : comment ai-je pu fonctionner ainsi, en proie aux pensées, à l'agitation? Je ne réalisais pas le caractère proprement démentiel de ma condition, y compris lorsque je paraissais normal et que beaucoup enviaient cet Arnaud Desjardins assez sûr de lui, exerçant un métier passionnant... J'ai vraiment la conviction d'être sorti d'un délire, d'un fonctionnement inepte et destructeur. Pourtant, je vois les autres persister dans ce fonctionnement que je n'ai que trop connu! Revenons-y encore une fois : le délire n'est rien d'autre que l'identification à Arnaud Desjardins, avec toutes ses conséquences dans l'ordre de l'action et de la réaction. La démence, c'est l'égocentrisme.
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En fait, plus il y a évolution du niveau d'être, plus il y a flexibilité. Une pierre ne jouit pas d'une grande flexibilité, elle ne peut bouger par elle-même. Un arbre a déjà la possibilité de pousser tordu pour éviter l'ombre d'un autre arbre et se tourner vers le soleil. Par contre, il ne peut se sauver si la forêt prend feu, contrairement à un animal. L'homme a de plus grandes possibilités d'adaptation aux circonstances et plus on évolue, plus on est adaptable. Le degré de liberté intérieure pourrait être mesuré, entre autres, au degré d'aisance dans un environnement ou des circonstances nouvelles. Tout en suivant une certaine ligne intérieure d'une manière inflexible, le sage est parfaitement adaptable. C'est pourquoi son comportement peut difficilement être prévu. Quand on connaît bien quelqu'un, on peut être à peu près certain de la manière dont il réagira dans une situation donnée. Cette loi ne s'applique pas au sage. Il ne suffit pas de décrire minutieusement une situation pour savoir quelle serait sa réponse, dans la mesure où il a accès à l'essence de cette situation. Laissez-moi vous donner un exemple: Font d'Isière comporte une petite chapelle tibétaine, qui se trouvait déjà au Bost et qui avait été bénie par le Karmapa et Khentse Rimpoché. On n'y célèbre aucun culte, il s'agit seulement d'un lieu de silence et de recueillement qui baigne dans la pénombre... Un chrétien peut venir y prier, certains y pratiquent la méditation. Quelqu'un m'a un jour posé la question suivante : « Comment réagiriez-vous si en entrant dans la chapelle, vous vous aperceviez qu'un homme et une femme ont choisi cet endroit pour se caresser et s'embrasser d'une manière extrêmement intime et audacieuse? » La question était claire, il était facile d'imaginer la scène... J'ai répondu qu'il m'était impossible de prévoir à l'avance ma réponse à cette situation. On pourrait en imaginer une dizaine : l'une consisterait à piquer une colère propre à faire trembler les murs de l'ashram et à ordonner aux « amoureux » de quitter celui-ci dans le quart d'heure qui suivrait; une autre à les regarder intensément dans les yeux, sans rien dire et sans jamais en parler par la suite [...]
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forts... mais cet investissement-là est d'un autre ordre. Il faut ni plus ni moins accepter de mourir à tout son passé, à toute sa manière de voir les choses. Le chemin ne peut se réduire à une amélioration continuelle, à un « mieux » sans. cesse croissant dans tous les domaines. On aborde trop souvent la voie comme une discipline humaine ordinaire, en se disant que des efforts soutenus aboutiront à un progrès continu et surtout ressenti comme tel. Or, la réalité de la saddhana est toute autre. C'est une mort et une renaissance, un « lâcher-prise » expression combien célèbre, combien juste, et si peu comprise. Par rapport à la vision habituelle tissée de peurs et de désirs, il s'agit bien d'une forme de folie.
Justement, j'imagine les réactions des lecteurs de nos entretiens: car enfin, votre discours est tout à fait radical. Soit l'on admet qu'Arnaud Desjardins parle effectivement à partir d'une expérience d'un autre ordre, soit vos propos sont inécoutables et relèvent d'une forme de délire. Sagesse ou folie, telle est la question que se poseront sûrement certains de nos lecteurs...
Sans aller jusqu'à y voir une forme de folie, on pourrait en effet considérer mes propos comme la manifestation d'une illusion profonde, de la part d'un être qui aurait fini par prendre ses désirs pour des réalités, par confondre ses lectures avec son vécu intime... Que voulez-vous que je dise à cet égard? J'ai consacré une grande part de mon existence, bien avant de connaître moi-même ce « lâcher-prise », à témoigner de la réalité de « la » Sagesse. C'est ce que je continue à faire, sous une autre forme. Quant à « la sagesse d'Arnaud » expression impropre pour évoquer le fait qu'Arnaud s'est éveillé à sa nature réelle, qui est aussi la vôtre et celle de nous tous - je n'éprouve aujourd'hui, en soi, aucun besoin d'en convaincre qui que ce soit. Il me suffit de me sentir guéri, vraiment guéri, comme un malade.
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
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