Conseil à une jeune femme
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La Vie impersonnelle s'affirme en vous, à travers vous, à la source de tout, même des conflits, même du désordre intérieur. Juste maintenant, est-ce que vous êtes complètement paisible, sereine ? Sinon, regardez: de quoi s'agit-il et où est-ce que vous pouvez intervenir pour remplacer un refus par un accueil et ne plus demeurer en conflit avec ce qui, hors de vous ou en vous, de toute façon a été, est, ou même peut-être sera? La paix d'instant en instant. Et cette paix, c'est ce qui dépend de vous. La pratique, c'est faire la paix, tout le temps.
Avec quoi êtes-vous en décalage, en dualité manifeste? La question est simple. Le mental, lui, n'est que complication, La question est très simple « Qu'est-ce que vous voulez, la paix ou non ? » Et si vous voulez la paix, c'est à vous de ne plus entretenir les conflits avec quoi que ce soit, les conflits avec des réalités changeantes: bonne nouvelle un jour, mauvaise nouvelle le lendemain (mais ce qui paraissait menaçant se révèle inoffensif, ce dont je m'étais tellement réjouie, finalement, a mal tourné), et de vous réconcilier avec le courant des circonstances et celui de vos états intérieurs. Les pires tempêtes n'affectent que la surface de l'océan. Comment est ce que vous pouvez vous pacifier, vous apaiser, vous détendre ? Conflit égale tensions, paix égale détente. C'est une paix attentive. Quand les circonstances nous, conviennent, nous sont favorables, elles produisent en nous, mécaniquement, la paix. Dès qu'il y a quelque chose qui, selon vous, ne va pas, cette paix disparaît. La paix réelle, c'est la réconciliation. Accueillir, sans prendre, sans retenir, sans maintenir, sans entretenir. L'hospitalité c'est laisser venir, laisser partir. Prenez appui, instant après instant, sur ce qui est et non pas sur ce que vous préféreriez, sur ce qui serait mieux, toutes ces pures fabrications illusoires du mental.
S'opposer intérieurement à quoi que ce soit qui est porte un nom connu: c'est ce qu'on appelle la souffrance. En demandant que, dans l'immédiateté de l'instant, la situation soit autre qu'elle n'est, nous demandons l'impossible. Est-ce intelligent? Et, si une situation vous révolte, acceptez-la d'abord pour avoir une chance de la comprendre et non pas vouloir d'abord comprendre pour pouvoir l'accepter. C'est encore demander l'impossible. Mais l'acceptation qui vous est proposée est rigoureusement celle d'un fait dans l'instant et nullement celle des horreurs que notre mental a déjà projetées avec tous les malheurs futurs qui, selon lui, vont en découler.
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Si vous modifiez l'attitude physique - non plus affalée, recroquevillée sur vous-même, accablée mais redressée dans la simplicité, la sobriété, la dignité, c'est l'ensemble de votre présence qui est déjà changée à l'instant même. Ressentez. Pour penser moins, ressentez plus. Ressentez le relâchement des tensions musculaires, détendez, décrispez tout le corps, le front, les sourcils, la mâchoire, les épaules, les mains, les poignets, le ventre. Il n'y a pas d'émotions qui n'aient pas un substrat physiologique, biologique. Par contre, où et comment pouvez-vous intervenir sur vos glandes endocrines ? Par le relâchement de plus en plus profond de toutes les tensions musculaires. Et faites confiance à l'organisme lui-même pour rééquilibrer, revenir au calme du souffle et des battements du cœur. Laissez faire la nature, l'homéostase, l'intelligence du corps. Et ensuite, voyez quelle est votre vérité intime à l'instant même, qu'est-ce qui vient qualifier, définir la pure conscience d'être? Je suis quoi? Furieuse, ravie, de très bonne humeur, désespérée ? Vous approfondissez votre expérience, votre connaissance du fonctionnement de vos propres pensées, les idées roses, les idées noires, selon les moments. Quelle instabilité! Et vous constatez l'instabilité au niveau des états d'âme : une parole qui vous a fait mal et vous voici complètement changée, comme une girouette qui tourne à tous les vents.
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Ce revêtement est fait de réactions à ce qui, vous, aujourd'hui, vous inquiète, vous rassure, vous convient, ne vous convient pas. Ce qui fait le bonheur de l'un fait le malheur de l'autre et inversement. Niveau qui se manifeste aussi dans les rêves la nuit et qui fonctionne selon la dualité: « j'aime » ou « je n'aime pas », en ce moment, parce que nous sommes changeants, instables. « J'aime, je n'aime pas » et surtout « Ça ne devait pas être comme ça ». Plus ou moins grossièrement, le mental est toujours un menteur qui réussit à nous duper ou plutôt à se duper lui-même. A force d'affirmer que les choses ne devraient pas être ce qu'elles sont, il vous convainc que c'est votre conception qui est la norme et le réel qui se trompe. Observez attentivement, par exemple, le cauchemar de la comparaison: vous souffrez non pas parce que quelqu'un vous a pris quelque chose mais simple ment parce qu'il, ou elle, a quelque chose que vous n'avez pas. Regardez comme ce jeu de votre propre mental est cruel il vous condamne à chercher à avoir plus pour vous sentir être plus et à vous sentir être moins parce que vous avez moins, alors qu' « Étre » au plus grand sens du terme, être en plénitude, être en « perfection », c'est être libre d'avoir ou de ne pas avoir. Et une de ses plus pernicieuses et plus courantes non-vérités s'exprime par : « Je ne voudrais pas être là où je suis », que ce soit debout dans un métro surpeuplé ou dans un bureau où vous effectuez un travail « sans intérêt » dans un contexte « irrespirable ». Faux. Si vous y êtes, c'est que vous voulez y rester. Sinon, descendez immédiatement de ce métro, quittez immédiatement ce bureau, Personne ne vous y maintient par la contrainte physique. On ne fait que ce que l'on veut faire du moins sur l'instant.
Les noms sanscrits de ces niveaux peuvent paraître rébarbatifs mais ce qu'ils expriment est extrêmement concret et vous donne une clé précieuse pour commencer à mieux vous comprendre vous-même. Manomayakosha est le revêtement du Soi fait de mental égocentré et subjectif chacun dans son monde - interprétant la réalité instant après instant en termes de: « Ça me convient, ça ne me convient pas et il sous-tend les avidités, les peurs, les malentendus et les conflits. Ne confondez pas vos convictions et vos opinions. Une conviction ne peut pas changer au fil de votre existence: vous savez. Vous êtes convaincue que Paris est la capitale de la France et Washington celle des Etats-Unis. Mais combien de « convictions » ne sont que des opinions dépendant totalement de votre état intérieur et changeant avec celui-ci ? Votre opinion concernant un collègue est l'effet de son sourire à votre égard ou de son opinion à lui concernant une personne que vous-même aimez ou n’aimez pas.
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Si la description des cinq niveaux plus ou moins grossiers ou subtils qui constituent un être humain mortel et revêtent le Soi suprême a une valeur concrète, une autre approche a aussi son rôle à jouer pour vous aider à vous connaître et à vous comprendre vous-même. Je vous proposé, une fois encore, de rentrer en vous-même pour en faire l'expérience personnelle.
Toute la pratique, tout le chemin reposent sur votre capacité à diriger au moins un peu votre attention dans une certaine direction. Pour l'instant, tournez cette attention vers le dedans et le ressenti. Revenez à la relation consciente avec le corps physique à travers le relâchement des tensions musculaires et la sensation. La sensation d'ensemble, autant que possible, comme une totalité, et la sensation précise de telle ou telle partie du corps. Mettez toute votre attention dans la sensation de la main droite, sensation intime, main droite complètement relâchée, poignet droit, main gauche, poignet gauche, la sensation se précise, toute l'attention dans la sensation de la jambe droite, jambe gauche et, par pratique, cette sensation s'affine et s'approfondit au delà de ce que vous pouvez supposer au début de l'entraînement.
Maintenant voyez plus loin en vous-même. Vous êtes, en tant qu'incarnation comme être humain, une structure à trois niveaux. Et, pour commencer, les fondations, le bassin, les entrailles, le hara Essayez d'avoir la sensation de ce socle sans jamais vous tendre, vous crisper pour réussir quoi que ce soit. Tranquillement, dans la détente, essayez d'avoir la sensation du bas du dos, puis de tout le ventre, en, y associant les jambes. C'est uniquement une question d'attention, de non-distraction. Si une pensée se présente, vous ne la suivez pas, vous revenez à la sensation.
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Et les émotions affectent plus ou moins directement tous les organes Nous connaissons tous l'expression se faire de la bile Donc vous essayez d'avoir une relation beaucoup plus consciente avec votre organisme physique Cette conscience peut s'affiner immensément, mais toujours à travers le relâchement. Détente, relâchement, détendez, relâchez. Et maintenant, un pas de plus: ces trois étages sont maintenus dans la verticalité par la colonne vertébrale. Certes, celle-ci a une courbure, parfois déformée, cyphose, scoliose, lordose. Pourtant, vous pouvez trouver en vous une verticalité, depuis le sommet du crâne jusqu'au coccyx. Essayez maintenant d'avoir la sensation de tout le dos. Refluez, si je puis dire, à l'arrière de vous-même, le sacrum, la région lombaire, le dos entre les omoplates et les épaules, la nuque et l'arrière du crâne - le contraire d'être projetée en avant, happée par l'extérieur. Ces exercices porteront des fruits que vous ne soupçonnez pas aujourd'hui et en matière de connaissance de soi et en matière de maîtrise de soi.
Il est parfaitement possible d'avoir un bon contrôle de certains aspects du corps comme les mains pour un pianiste ou les mouvements des pieds pour celui qui nage le crawl ou toute l'habileté d'un danseur et, en fait, de n'avoir pratiquement pas de relation consciente avec l'ensemble de l'organisme. Il n'est pas nécessaire, pour atteindre la sagesse et s'établir dans la paix stable, de pousser aussi loin cette investigation que le font certains yogis mais vous ne pouvez pas non plus en faire complètement l'économie. Même au nom d'un « yoga de la connaissance », vous ne pouvez pas faire l'impasse sur cette relation consciente avec le corps physique, dans l'immobilité et dans le mouvement. Et d'abord dans l'immobilité. Pas seulement la maîtrise de vos gestes, comme celle qui s'est beaucoup entraînée, de la pianiste jusqu'à la danseuse, mais dans l'immobilité, l'attention se promenant dans chaque partie de ce corps physique. Établie en vous-même, habitant en vous-même et non pas complètement emportée au-dehors par les pensées qui vous ramènent dans le passé, vous projettent dans le futur, vous emmènent ailleurs dans l'espace. Être ici et maintenant, c'est d'abord vous surprendre en flagrant délit de ne pas l'être et constater que vous étiez tournée en pensées vers le moment suivant. Self-established, self-possessed, disait Swamiji, établi en soi-même, au cœur, au centre de vos fonctions: les trois étages, et le dos qui assure la verticalité.
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L'essentiel est en vérité très simple. Tout être humain, donc vous, se ressent fondamentalement insatisfait. Aucun accomplissement, aucune réussite ne le comble définitivement, n'est jamais parfait au sens d'achevé, complet, à quoi il n'y a plus rien à rajouter ou à retrancher. L'autre versant comme le concave l'est au convexe - de cette demande permanente est la peur. Une observation de vous-même menée courageusement et sincèrement vous montre combien cette peur règne à l'arrière-plan de votre existence: craintes, inquiétudes, soucis pour le futur. Cette situation ne laisse personne en repos et chacun, à son niveau, cherche et recherche : l'amour, la sécurité, la protection, l'argent, la réussite professionnelle, la notoriété ou la célébrité, des relations influentes, tout ce qui peut gratifier et sécuriser. La spiritualité authentique, quelle que soit sa forme extérieure ou la doctrine dont elle se réclame, c'est l'orientation de cette démarche non plus vers l'extérieur mais vers « au-dedans de vous », le « en vous-même » le plus profond, là seul où se trouve la réponse absolue.
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Ce thème de la maîtrise de soi est un thème classique dans toutes les traditions spirituelles. Qui va maîtriser quoi ? L'ego qui rêve d'être un surhomme ou la femme idéale ?
Observez, observez avec un intérêt désintéressé. Ce qui constate sans réagir est déjà libre de ce qui est vu et reconnu. Vigilance signifie veiller. Veillez sur votre monde intérieur, sur toutes ces réactions, tous ces états changeants que l'existence, pour l'instant, a pouvoir de vous imposer: de bonne humeur, de mauvaise humeur, bienveillante, furieuse. Mais vous ne verrez que si, à l'avance, vous êtes décidée à tout voir en vous, le meilleur du meilleur et le pire du pire. Vous aurez des surprises heureuses: vous découvrirez des trésors de délicatesse, de bonté, de pureté. Mais vous aurez aussi à reconnaître la haine. Les enseignements spirituels unanimes nous ont tant vanté l'amour et la compassion qu'accepter cette haine quand elle est là nous est difficile. Vous ne pouvez espérer être libre que de ce dont vous avez fait jusqu'au bout et sans restriction l'expérience consciente. Et, en osant aller jusqu'au bout et jusqu'au fond de vous-même, sous la haine vous trouverez toujours la souffrance. Aussi cruelle qu'apparaisse superficiellement cette injonction, osez souffrir consciemment, intentionnellement. Accueillez cette souffrance, éprouvez-la, ressentez-la. Je vous promets que c'est le chemin du dépassement, le chemin de la liberté, le chemin de l'amour.
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« Se souvenir » est un des termes les plus importants, les plus précieux sur la voie. Je me souviens, juste maintenant, du Grand But. Ne pas sans cesse oublier: la situation dans laquelle vous êtes, le contexte, votre vécu intime, l'action que la situation vous demande et en même temps « se souvenir ». Peu à peu, ordonnez, organisez votre existence autour de ce but suprême. Par l'observation de soi, vous allez vers la connaissance de soi, par la connaissance de soi, vous allez vers la maîtrise de soi. Pour connaître quoi que ce soit, il faut l'étudier. C'est une part de la démarche spirituelle. Nous sommes comparables à cette image japonaise, inspirée du zen: un cavalier lancé au grand galop, quelqu'un au bord de la route crie au cavalier : « Où vas-tu ? » Le cavalier répond: « Demande au cheval ! » Cela dit, un cavalier respecte son cheval, ne le martyrise jamais. Vous entendez les demandes et les refus du corps physique, vous entendez les plaintes et les supplications du monde émotionnel, vous entendez les exigences et les condamnations du monde mental et intellectuel. Mais qui est le maître à bord ? Est-ce simplement un désir, une ambition momentanée plus forte que les autres, ou est-ce l'aspiration fondamentale ?
Quel que soit le langage avec lequel vous avez le plus d'affinités, qu'il soit musulman soufi, chrétien, bouddhiste, hindou, socratique, ce « en marche », « lève-toi, mets-toi en marche » est une expression traditionnelle que vous retrouvez dans toutes les formes de spiritualité. A travers les péripéties de votre existence, les bonnes nouvelles et les mauvaises nouvelles, les succès et les échecs, êtes-vous en marche vers ce qu'on appelle symboliquement « la Terre promise » ou « l'autre rive » ou est-ce que sans cesse vous oubliez, reprise par tous les buts habituels, ordinaires, changeants, fragiles? Avec bienveillance pour vous-même, sans impatience personne ne peut se faire une grosse musculature en une séance de culture physique, personne ne peut devenir un virtuose de piano en une leçon - et avec une pratique méthodique, il y a inévitablement une progression. Plus on pratique, plus on progresse, même s'il s'agit en fait de vous éveiller à une Réalité qui est - déjà là en vous, que vous êtes déjà, voilée pour l'instant par toutes les agitations intérieures et tous les aléas des relations avec « l'autre ».
Je ne vous dis pas « ayez confiance en moi » mais « ayez confiance en vous ». Et, je vous en prie, abandonnez définitivement la comparaison de vos efforts de pratique avec ceux que, selon vous, les autres devraient faire. Que penseriez-vous d'un malade disant: « Pourquoi est-ce toujours à moi de prendre mes médicaments et pas un peu aux autres de prendre les leurs ? » Souhaitez à tous et à toutes, amis ou ennemis, de progresser vers leur propre sagesse. Tous les êtres sont soumis à la souffrance. Que ta compassion s'étende donc sur tous », nous a dit le Bouddha. Mais ne posez aucune condition extérieure à votre ascèse personnelle. Il ne s'agit pas des insuffisances des autres, ni de leur manque de charité à eux. Il s'agit de vous, de votre esclavage et de votre libération, de votre désespoir et de votre béatitude.
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Toute votre pratique repose sur votre possibilité d’observer impartialement les réactions que le courant de l’existence produit en vous.
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Votre corps physique dépend de la nourriture, puis des virus, des germes, d’un simple courant d’air qui vous enrhume ou d’une épidémie. Il en est de même de votre « corps subtil ».
Est-ce que vous êtes quoi que ce soit de libre, autonome, non dépendant, ce que Ramana Maharshi, sage du xx° siècle, a comparé à l'écran sur lequel se projettent et se succèdent les scènes des films ? L'écran n'est jamais en conflit et n'est jamais impliqué. Oui, il y a des événements, ce qui vous convient et que vous appelez un succès, ce qui ne vous convient pas et que vous appelez un échec. Oui, il y a des conditions favorables, des conditions défavorables et il y en aura toujours par rapport à l'ego. Le monde n'est pas votre prolongement. Il n'est pas un orchestre qui joue suivant votre baguette de chef d'orchestre une partition que vous avez vous-même composée. Et ces conditions, ces circonstances ont d'abord plein pouvoir sur vous. L'existence ordonne : « Sois désespérée » et vous êtes désespérée, « Sois folle de joie » et vous êtes folle de joie. Où est votre liberté, où est votre non-dépendance ? Sur quoi pouvez-vous vraiment compter en vous-même, est-ce que vous pouvez compter sur des états qui se succèdent sans vous demander votre avis ?
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Il est possible de ne plus se laisser complètement emporter par chaque état momentané, ne plus s'identifier à chaque réaction que l'existence produit en nous, quel que soit le contexte extérieur, ce contexte qui, bien entendu, nous demande des actions, des interventions. See and recognize, répétait Swamiji. Quelle parole simple! « Voyez », « Ah oui ! Je vois et je constate ». Et « Reconnaissez ». D'abord, reconnaissez que c'est là: « Eh bien oui, juste maintenant, je suis ce que je suis » et reconnaissez de quoi il s'agit et reconnaissez comme momentané, changeant, ce qui est en effet impermanent et reconnaissez comme produit par les circonstances ce qui est en effet causé par les événements, la marche générale du monde. Tout ce qui est physique (sensations, mouvements), tout ce qui est psychique (tout ce qui relève de la psychologie, incluant l'inconscient, toutes les émotions, les désirs, les peurs) et, plus profond, ce qui est proprement spirituel s'offre à votre prise de conscience. Ce vers quoi nous nous tournons, c'est déjà la Source en nous, la source de tous nos états changeants et contradictoires.
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Le mot « présent » en français signifie aussi « cadeau », un présent. Le grand cadeau, c'est tout simplement la Vie maintenant, avec toutes ses potentialités de transformation et d'éveil. C'est aussi répondre « présent » comme à un appel. Et c'est se présenter. « Tu ne vas pas te présenter devant le directeur habillée comme tu l'es! » Comment est-ce que je me présente en face de l'autre, en face de l'existence? À chaque instant, le présent, la présence, et se présenter. Se présenter, dans quelles conditions et circonstances extérieures et dans quel-les conditions intimes ? Là vous pouvez quelque chose. Si nous utilisons le langage religieux, à chaque instant nous nous présentons devant Dieu lui-même, la Réalité ultime, et devant tout ce avec quoi nous entrons en relation seconde après seconde. Et cette présence au présent nous implique entièrement, depuis la dignité de notre tenue physique jusqu'à la noblesse de notre tenue intérieure, émotionnelle et mentale. Moi, oui moi, maintenant, à l’instant même. Mais dans quel état ?
Qu'est-ce que vous pouvez tout de suite rectifier dans votre manière d'être présente ?
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Qu’est ce qui vous est alors accessible dès maintenant, pas « quand ceci » ou « quand cela » ? Cette présence consciente au cœur de votre vécu intime de l'instant et vous souvenir de votre intention essentielle: la transformation, la sagesse. Donc votre état intérieur du moment tel qu'il est mais éclairé par cette qualité particulière de conscience de soi qui va vous conduire peu à peu à la conscience du Soi. Ce Soi qui, lui, n'est ni ceci ni cela mais infini et éternel. Tout le monde aujourd'hui sait plus ou moins que le mot yoga signifie « jonction », « joindre », « joug », donc « mettre ensemble », « réunir » le cœur, le corps, la tête, maintenant. Quel pouvoir avez-vous sur vous-même, sur votre attitude physique affalée, crispée, tendue, et sur votre attitude psychique, mécontente, déprimée ou surexcitée par une trop bonne nouvelle? Qu'est-ce que vous pouvez rectifier dans la manière de vous présenter?
La vérité est que vous ne pouvez pas « tout, tout de suite » mais que vous pouvez « toujours au moins un peu », en vous souvenant, ici et maintenant, du But ultime. D'accord, je suis énervée, mécontente, Indignée. Mais plus profondément, qu'est-ce que je veux vraiment ? Je ne nie pas cet état, si c'est le cas. Mais comment est-ce que je me situe par rapport à lui? Est-ce que je veux rester à patauger dans le ressentiment, l'hostilité, la fureur? Osez vous souvenir de votre But, vous tourner vers ce But telle que vous êtes en ce moment avec le petit pouvoir que vous avez sur la manière dont vous vous présentez devant l'instant - pourvu que vous vous souveniez de votre engagement sur la voie. Vous voulez quoi, en fin de compte ? Vous complaire dans vos émotions ou la sagesse ? Ce que vous avez lu, c'est dans le passé, ce que vous avez entendu, c'est dans le passé. Ce dont vous vous souvenez et que vous mettez en œuvre, c'est maintenant. Mais si vous êtes malheureuse, faites l'expérience entière, sans restriction, de ce qu'on appelle « souffrance ». On peut avoir été malheureux toute sa vie sans avoir jamais été vraiment malheureux.
Découvrez peu à peu, en vous exerçant, une habileté vis-à-vis de vous-même, une habileté par rapport à ces états intérieurs qui apparaissent, se remplacent et, pour commencer, s'imposent à vous. En dehors des activités de chaque jour qui changent avec les semaines, les mois, les années, est-ce que votre existence est en marche, comme un pèlerin, vers un certain but, un but purement intérieur de transformation et d'éveil ?
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Vous pouvez essayer dès maintenant de comprendre, de tenter de comprendre, ce que signifie une parole telle que « il y a observation, mais il n'y a plus un observateur », un observateur avec sa définition, ses particularités, son monde de références et de préférences, de goûts, de dégoûts, de désirs et de peurs. Cette qualité de présence neutre a été depuis toujours comparée à une lumière qui s'allume en nous et éclaire tout le dedans. Deux comparaisons traditionnelles, dans toutes les Traditions: d'abord la lumière. C'est dans l'Évangile. « L'œil (le regard) est la lampe du corps, si ton œil est simple (si ton regard est simple), tout ton corps est dans la lumière. » L'autre image est « veiller ». Veillez, ne vous rendormez pas. Une sentinelle veille, veille sur tout ce qui l'entoure. D'où les mots « vigilance », « vigile », je veille sur, je surveille. Et ce « je » n'est plus l'ego mais la vision impersonnelle de ce qui m'est pourtant le plus intime: ma tristesse, mon inquiétude, ma peine, ma joie, mon espoir. Comment pouvez-vous vivre en paix, être la paix ? Qui n'aspirerait pas à être établi dans la paix, la paix du cœur, la paix de l'esprit, la paix profonde? Mais comment pourriez vous à la fois vivre en paix et, en même temps, entrer en conflit avec quoi que ce soit ou qui que ce soit? La paix avec la réalité telle qu'elle est, pas telle que l'ego voudrait qu'elle soit.
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Vous refusez plus ou moins l'émotion qui vous perturbe mais il n'y a pas de plus ou moins dans l'acceptation. Il s'agit de faire disparaître la séparation, la division entre « vous » et « votre émotion », d'être, au sens le plus rigoureux du terme, consciemment réunifiée dans la perfection non duelle du : « je suis ce que je suis ici et maintenant ». Si cette unité est parfaitement accomplie, vous ne pouvez pas ne pas entrer en contact avec la profondeur en vous, avec la conscience autonome, non dépendante, le substrat, le fondement.
Mais, ne l'oubliez jamais, l'unité n'est pas l'uniformité. Ah! comme l'existence serait facile si l'autre voyait toujours les choses comme moi, pensait toujours comme moi, ne voulait que ce que je veux. Non, la loi est implacable: s'il y a deux, deux sont différents. La tentation de l'uniformité, fût-ce nous le nom d'égalité, n'a jamais disparu de l'histoire des hommes et a été cause de tant de souffrances jusqu'à aujourd'hui en Union soviétique ou en Chine populaire comme en Allemagne nazie. Moins on est capable de percevoir l'unité, plus on a la nostalgie de l’uniformité. En ce qui vous concerne, soyez particulièrement lucide à cet égard. Puisque la différence est la loi, choisissez la différence, la richesse de l'indéfinie variété des apparences que nous offre l’existence, et pour commencer, la nature autour de nous.
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Vous êtes insérée dans la marche générale du monde. Les événements se produisent au niveau planétaire, national, familial, professionnel, des événements sur lesquels vous n'avez qu'un pouvoir limité, sinon il n'y aurait que des bonnes nouvelles du matin au soir. Ces événements produisent en vous des réactions, peur, anxiété, espoir, désir, changements intérieurs résultant du jeu des causes et des effets, et que l'existence vous impose. Vous étiez gaie, elle vous ordonne d'être triste. Ou l'inverse. Et ensuite, ces états intérieurs changeants, ces « productions », sont interprétés encore par l'ego qui s'empare d'un état heureux, comme si celui-ci pouvait persister, et refuse un état qui ne lui convient pas, une douleur physique, un souci, une inquiétude, quoi que ce soit. Et à travers ces mécanismes intimes, le cours de l'existence vous condamne à des actions compulsives qui vont à leur tour porter des fruits et des conséquences. Emportée, emportée, emportée !
Est-il possible de vous dégager de cette interminable suite de réactions qui commence chaque matin et se poursuit jusqu'à ce que vous vous rendormiez le soir? Et de vous établir dans une liberté, non soumise au changement (pas plus que l'écran ne change quand changent les péripéties du film projeté) mais non séparée du changement?
Et cette paix, ça ne peut plus être « moi ». L'écran n'est pas un autre que le film et pourtant il est totalement libre du film projeté.
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Une fois encore, cela n'exclut pas l'action, peut-être même très ferme, pour protéger le plus faible contre l'agression du plus fort. Il s'agit d'un état d'esprit complètement différent des réactions habituelles. Chacun s'arroge le droit de décider ce qui est « juste » ou « injustes qui sont les bons et qui sont les méchants, mais aucun jugement n'a jamais fait l'unanimité et l'hostilité, le mépris, la haine continuent à déchirer les humains entre eux toujours au nom du Bien contre le Mal.
Vous n'êtes ni le président protestant G. W. Bushs ni son adversaire musulman Ben Laden, et le sort du monde ne paraît pas dépendre de vous. Mais avez vous l'intention ferme de remplacer le jugement par l'amour? Le Satan de l'émotion peut prendre des formes insidieuses dont non seulement vous ne voyez pas la nocivité mais qui, au contraire, vous paraissent plus que légitimes.
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La genèse le dit en toutes lettres: le « péché originel », pour chacun personnellement, c'est d'avoir « mangé le fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal ». « Et vous serez comme des dieux », avait ajouté le serpent. Non, Dieu seul connaît le Bien et le Mal - et ceux qui se sont soumis à Dieu (« en qui nous avons l'être, le mouvement et la vie ») et qui « font sa volonté et non la leur » demeurent dans l'amour. Les mots mêmes de Jésus sont explicites: « Ne jugez pas sinon vous ne sortirez jamais vous-même du monde du jugement » : vous vous sentirez jugée, fût-ce par votre Surmoi, vous vous condamnerez vous-même, vous chercherez à fuir cette condamnation, vous demeurerez conflictuelle, troublée, agitée - tout sauf unifiée, paisible et sereine. «Qui juge se dénonce, qui accuse se défend, qui médit se raconte. »
Et voici que revient la question fondamentale: « Que voulez-vous ? » Et le voulez-vous vraiment, intensément ? Êtes-vous décidée à remettre en cause votre manière invétérée de percevoir la réalité selon vous et à renoncer au point de vue de Sophie sur tout et sur tous pour le regard de Dieu qui inclut la totalité - pas « votre Dieu », ce dieu de chacun qui a été cause de tant de folies, d'aberrations et de souffrances? Mais la révélation de cette dimension divine de la réalité autour de vous et au cœur de votre propre existence implique que vous lui soumettiez peu à peu toutes vos conceptions individuelles, vos convictions asservissantes, vos certitudes mensongères. Vous ne pouvez pas à la fois changer en profondeur et demeurer la même. Les ailes ne poussent pas sur le dos des chenilles. Le prix à payer est votre transformation de fond en comble.
Et pour cela, une fois encore, une pratique concrète, les pieds sur terre, tous les jours, à travers l'instabilité des conditions et circonstances et de vos états intérieurs, sera décisive, quelles que soient les grâces et les bénédictions que vous puissiez attirer. Relâcher une tension dans le front, les épaules ou les poignets, c'est faire un pas. Se détendre dans l’expiration, c'est faire un pas. Et, plus que tout, abandonner le conflit avec votre condition du moment et vivre celle-ci consciemment unifiée, c'est faire un pas. Mes sœurs, vous trouverez Dieu dans les casseroles de la cuisine, a dit sainte Thérèse d'Avila.
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Oui, Sophie, c'est tout à fait juste. Les deux précédentes lettres abordent, sans l'avoir mentionné, un thème dont je sais combien il vous paraît devoir faire lever de doutes. Vous n'êtes pas la seule dans vos réticences, loin de là, et moi-même autrefois j'ai dû y réfléchir encore et encore, observer, vérifier, y revenir dans mes entretiens avec Swamiji avant d'en reconnaître la vérité.
Oui, la formule telle que je l'ai reçue de mon propre guru est dure à avaler: « Everything which comes to you comes to you because you attracted it », « tout ce qui vous arrive vient à vous parce que vous l'avez attiré ». Aussi tranquillement affirmative que soit cette parole, au premier abord elle paraît cruelle, injuste et fausse. Je le sais et, surtout, je l'ai su. La compréhension ne peut venir que peu à peu à mesure que se précise et se confirme pour vous une vision d'ensemble de la voie sur laquelle vous cheminez. Dire à une mère dont l'enfant vient de périr dans un accident: «Vous l'avez attiré », est tout simplement cynique et inhumain. Et pourtant, notre première réaction de refus est-elle une justification pour renoncer à tenter de voir si la parole qui m'est dite pourrait me conduire vers la vérité ? Et la vérité est toujours libératrice.
N'oubliez jamais que tout ce qu'il y a à dire et à comprendre, les réponses à toutes les objections normales et naturelles devant des affirmations trop inhabituelles et toutes les questions qui se posent encore ne peuvent être abordées et résolues en un seul entretien ou une seule lettre de quelques pages. Comme cela a été le cas pour moi au fil des années avec Swami Prajnanpad, une lettre de lui répondait à un doute et en faisait apparaître un autre. Mais une réponse en éclaire une autre ou la complète et, un jour, tout est vu synthétiquement dans le sentiment paisible et stable de l'expérience personnelle, seule garante de la certitude.
Souvenez-vous d'abord que cette affirmation s'associe à une autre : « Everything which comes to you comes to you as a challenge and an opportunity», tout ce qui vient à vous vient à vous comme un défi et une opportunité, tout vous arrive comme un test de vos progrès et la chance de franchir une étape. L’une et l’autre de ces paroles s’adressent à des disciples qui se veulent engagés sur le chemin de leur propre métamorphose, de leur propre éveil. Vous ne pouvez pas changer en profondeur sans sortir de l’habituel et du connu, sans être disponible pour du nouveau, du radicalement nouveau.
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La question est donc comment, peu à peu, s'établir puis demeurer en permanence dans cette qualité très particulière de présence dont nous sommes normalement si loin? Car c'est ce surcroît de conscience, ignoré de la quasi-totalité des êtres humains, qui est l'expérience spirituelle extraordinaire par excellence, même si elle est aussi proche qu'éloignée, parfaitement simple et votre droit naturel par le seul fait de votre naissance humaine.
La voie particulière dont nous nous réclamons se résume en deux propositions. La première est commune à toutes les approches religieuses ou spirituelles: « Cessez de chercher indéfiniment au-dehors ce que vous ne trouverez qu'au-dedans de vous », la paix du cœur définitive, la sécurité et la plénitude, la disparition de toute forme de peur. La seconde est plus inhabituelle: « C'est ce au-dehors de vous qui est le point d'appui de votre pratique et de votre progression. »
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En 1965, dix jours auprès de Swami Prajnanpad (avec, il est vrai, un entretien le matin et un autre en fin de journée) ont mis en cause ma compréhension et m'ont convaincu de tenter une autre approche. Cette présence à soi-même, si vitale qu'elle soit (car c'est vraiment une question de vie ou de mort), normalement n'est pas là. C'était à moi, au cœur des mécanismes divers d'attraction et de répulsion, de me souvenir que je voulais me rappeler moi-même et de maintenir autant que je pouvais cette vigilance avant de retomber, probablement pour plusieurs heures, dans le sommeil de l'identification aux situations et à mes propres réactions.
Mais « l'extérieur », « l'autre que moi », lui, il est déjà là et bien là, ici et maintenant. Et la simple formule « pas ce qui devrait être mais ce qui est » ou celle de Daniel Morin, encore tout jeune, au Bost: « Sur ce qui est, on ne peut pas intervenir » -devenait la clé permanente d'une pratique nouvelle. Or, et je dois dire à ma grande surprise, j'ai, à mon retour en France, constaté manifestement plus de progrès en six mois que pendant les seize années préparatoires qui avaient précédé ce premier séjour à l'ashram Channa. Non seulement les innombrables petites émotions quotidiennes et leur cortège de pensées inutiles avaient considérablement diminué mais un climat général de vigilance, encore en pointillé, s'établissait dans mon existence. Je n'avais plus, en fin de journée, l'impression décevante de m'être, dans l'ensemble, si peu rappelé moi-même depuis le matin mais, au contraire, d'avoir vécu à bien des moments dans la présence.
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On dit en Inde : « C'est le disciple qui fait le maître. » Certes un disciple ne peut pas faire d'un égoïste névrosé un sage, mais c'est lui qui fait d'un sage son enseignant et son guide. On dit aussi : « Le maître est comme un instrument de musique: ce que vous entendez dépend de qui en joue. » Être un disciple, c'est être prêt à dire les choses vous concernant que vous n'avez surtout pas l'intention de dire et a entendre sur vous ce que vous n'avez pas du tout envie d'entendre. C'est être prête à vous trouver heurtée, secouée, remise en cause, avec amour certes, mais sans faiblesse. Le plus souvent, ce que nous sommes le moins prêts à dire au maître, c'est ce que, pour commencer, nous ne voulons même pas nous dire à nous-mêmes, même pas reconnaître en nous.
Réfléchissez sincèrement et honnêtement à ces quelques idées. Mon rôle n'est pas avant tout de vous donner ou de vous aider à acquérir ce qui vous manque mais de vous faire perdre ce qui est en trop, ce qui vous enserre, vous étouffe, fait de vous une esclave. L'ego se demande ce qu'il a à gagner, y compris les « grandes expériences spirituelles ». La disciple vient pour perdre ses illusions, ses opinions, ses préjugés auxquels elle est d'abord tellement habituée que c'est devenu pour elle une seconde nature, voilant complètement la nature originelle de son propre esprit. Avant d'aspirer à « Je ne suis pas Sophie, une forme et un nom emportés dans le flux inexorable du temps, je suis pure conscience et béatitude, je suis Shiva, je suis Shiva », devenez d'abord Sophie et non une caricature, un amas hétéroclite d'empreintes du passé, d'emprunts aux autres et de conflits intimes, quels que soient par ailleurs vos dons et vos compétences. Swami Prajnanpad mentionnait parfois: «Swamp tears off the masks», Swamiji arrache les masques».
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
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