En communion avec vous
p33
Jean-Pierre,
Vers, le 6 avril 199.
Que vous soyez troublé, vous le savez, cela fait partie du chemin, c'est inévitable - au moins à certaines périodes - jusqu'au jour où c'est fini, fini à tout jamais.
Vous savez aussi, Jean-Pierre, que c'est toujours le même mécanisme qui se produit. Nous nous mettons en porte-à-faux avec ce qui se produit en nous, nous créons une dualité et nous ne faisons qu'aggraver notre malaise. Un découragement ou des doutes ne sont faits que d'émotions et de pensées, c'est-à-dire - aussi perturbants soient-ils - ne concernent que la surface de nous-même. Le mental est une usine à problèmes. Mais nous pouvons être plus rusés que ce mental.
Oui, je vous ai dit : « Il faut aussi voir ce qu'il y a d'infantile dans votre recherche spirituelle. » Il faut toujours voir et voir encore ce qui reste d'impur, de mêlé, dans notre ascèse. Ce terme « infantilisme » correspond en sanscrit à Chitta, réceptacle de tout ce qui nous a marqué. Vous savez ce que disait Swâmiji: « 100% adulte, c'est le sage. » Vous savez aussi qu'alors que j'avais 43 ans, que j'avais fait avec lui plus de trois mois de lyings, Swâmiji a dit à Dalida : « Do you know that Arnaud is a child? »
Chaque illusion perdue est un pas sur la voie. Mais ne désespérez en aucun cas d'atteindre cette sagesse à laquelle vous avez consacré votre existence. Simplement, ne vous laissez pas duper par les contre-offensives du mental. Vous savez que celui-ci tirera jusqu'à sa dernière cartouche.
Vous savez aussi que, tout en reconnaissant l'absolue nécessité d'un travail au niveau strictement psychologique, j'oriente de plus en plus Font d'Isière vers l'aspect proprement spirituel de la voie. Et l'aspect proprement spirituel de la voie implique aussi ces deux paroles de Swâmiji: « It is not a joke » et « You will have to pay the full prices. »
L'amour humain « dont vous avez rêvé » est une illusion, mais l'amour humain lui-même n'est pas une illusion.
Vous me posez la question, la vraie, la grande question : « Où suis-je dans l'erreur ? » Jean-Pierre, il n'y a qu'une seule erreur, c'est de ne pas être ici et maintenant un avec la vérité ou la réalité, quelle que soit celle-ci, et particulièrement la vérité intérieure, c'est-à-dire notre état d'âme, notre état d'esprit, notre malaise, fût-ce même notre désarroi. Il n'y a qu'une erreur fondamentale, c'est laisser ce qui devrait être recouvrir ce qui est. En ce sens, la voie est incroyablement simple et, en même temps, elle est toujours ouverte devant nous. La paix des profondeurs est beaucoup moins loin, à chaque instant, que nous ne l'imaginons. La sagesse est déjà là en vous et ce ne sont pas de vains mots. Vous n'avez pas à tenter de « la conquérir, de l'obtenir, de vous la procurer* ». Vous avez à vous ouvrir à elle, à vous donner à elle, à la laisser monter des profondeurs de votre être et vous envahir tout entier.
En vérité, après avoir lu et relu votre lettre, je vous dis : « C'est maintenant que vous avez le droit d'espérer. » Et reprenant encore une fois vos propres termes, je vous dis : « Oui, désespérez entièrement de posséder la sagesse et soyez entièrement convaincu que vous pouvez vous laisser posséder par elle. Ce moment est peut-être beaucoup plus proche que vous ne le sentez. »
Je suis en communion avec vous.
* Ce sont vos termes.
Arnaud
Jean-Pierre,
Vers, le 5 juillet 1993
Quant à la peur du gourou, elle n'est que la manifestation de la peur de son enseignement, donc la peur de notre propre transformation. Il faut toujours en revenir à soi-même : « Qu'est-ce que je veux ? » What do you want? Do you feel any imperative necessity? etc. Mais souvenez-vous que, même exprimée en termes de mort et de renaissance, même exprimée en terme d'extinction, la voie est entièrement lumineuse, entièrement heureuse, entièrement bénéfique. La vérité ne fait jamais mal. C'est simplement la destruction des préjugés, des fausses conceptions, des illusions qui peut être momentanément douloureuse. Il n'y a rien à perdre qui ait la moindre valeur, je dirais même la moindre réalité, et tout à gagner. Ne l'oubliez jamais. À ce moment-là, la peur de notre transformation se dissipe, la peur de la voie qui va nous conduire vers cette transformation se dissipe, la peur du gourou qui nous guide sur cette voie se dissipe.
En communion avec vous.
Arnaud
p42
sur ce thème, si je donne toujours cette réponse, c'est à partir d'une conviction confirmée tant de fois par l'expérience dans des situations concrètes.
Bien entendu, je suis toujours prêt à vous rencontrer. Je me sens concerné par votre propre futur comme un père conscient l'est par le devenir de son fils et de sa fille.
Ne faites rien s'il n'y a pas une cristallisation de votre certitude.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Vous avez compris l'essentiel : plus vous donnez, instant après instant, à «< l'autre » le droit d'être ce qu'il est, plus vous êtes libre vous-même.
p48
Pascal,
Vers, le 6 novembre 1991
Voyez bien un point important. Toute action que vous entreprenez aujourd'hui a une double importance: son importance immédiate et son importance en tant que préparation de l'avenir.
Si vous êtes réellement engagé sur le chemin et si vous mettez en pratique, vous changerez. C'est une certitude. Vous deviendrez de plus en plus vous-même et votre existence vous correspondra de mieux en mieux. C'est-à-dire qu'un jour, vous serez exactement à la place où vous vous sentirez complètement à l'aise. On peut dire que chaque fois que nous faisons un pas vers l'existence, l'existence fait un pas vers nous.
Compte tenu de ce que vous êtes aujourd'hui, faites ce que vous pouvez faire aujourd'hui. Utilisez chaque instant pour progresser sur la voie de votre croissance intérieure. Autrement dit, un entretien d'embauche se vit à deux niveaux : premièrement, si le poste m'intéresse, j'essaie de convaincre mon interlocuteur que je suis qualifié pour ce poste, que c'est à moi qu'il doit être confié. Deuxièmement, j'essaie de remporter une victoire intérieure: un peu mieux centré, un peu plus détendu, encore un peu plus en adhésion avec la réalité seconde après seconde. Alors, il est possible qu'au niveau ordinaire l'entretien soit un échec car vous n'avez pas le poste, mais que, du point de vue de la sadhana, il soit une grande victoire et une grande réussite.
Je me souviens de la première fois où, en face du directeur de l'ancienne Télévision, alors qu'il s'agissait de ma vie professionnelle et de mes ressources financières et que la situation était difficile, je me suis dit : « Le plus important n'est pas que mon projet d'émission soit accepté. Le plus important est que je puisse être fier de moi en quittant son bureau. » Naturellement, je parle d'une fierté sobre et humble et pas d'une quelconque émotion d'orgueil.
En même temps que vous vivez votre existence au jour le jour, vous préparez ce que vous serez et où vous serez dans cinq ans ou dans dix ans. Ceci n'est en rien contradictoire avec le ici et maintenant.
En communion avec vous.
Pascal,
p54
Oui, Pascal, tenez-moi informé et nous ferons le point
ensemble chaque fois que ce sera nécessaire.
Vous êtes sur la voie juste.
Ayez confiance en vous.
Ayez confiance en votre avenir.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Pascal,
14 avril 2004
Le chêne et le roseau : le chêne résiste au vent mais la tempête l'abat « le roseau plie mais ne rompt pas ». Si cette fable de La Fontaine était attribuée à Hui-Neng ou Huang-Po, elle serait considérée comme un sommet du zen.
La sécurité intime par la non-protection, la flexibilité, un aïkido de l'esprit.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p56
Pascal,
II mai 2004
Le non-attachement libère la vraie sensibilité, le contraire de l'indifférence (au mauvais sens du terme).
Contrôler et maîtriser implique de prendre appui sur ce qui est. Maîtriser ne veut pas dire entrer en conflit. Un automobiliste a « la maîtrise de son véhicule » sans brutaliser celui-ci (de même qu'un cavalier ferme mais bienveillant avec son cheval). Vous pouvez peu à peu intervenir sur le déroulement mécanique des pensées inutiles, arrêter certaines lignes d'enchaînement des pensées et les remplacer par d'autres.
En communion avec vous.
Arnaud
Pascal,
Le 19 août 200,
Le mental ne mène le jeu que quand on ne voit pas qu'il mène le jeu.
Celui qui ne le voit pas est perdu.
Celui qui le voit est sauvé - pas encore « libéré » mais
« sauvé ».
Ne doutez pas. Vous vous êtes donné une formation de thérapeute et c'est cette formation qui justifie votre orientation actuelle. A cela vous rajoutez votre engagement de disciple sur la voie.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Pascal,
14 avril 2009
Tout en ayant l'intention de voir votre peur disparaître, ne soyez surtout pas crispé dans cette intention. Vous pouvez vivre librement avec un handicap physique, vous pouvez vivre librement avec un handicap psychique. Le spirituel est compatible avec tous les phénomènes qui peuvent se succéder dans le champ de la conscience.
En communion avec vous.
Arnaud
Pascal,
Transmettre au niveau spirituel proprement dit n'est pas une activité que l'on décide à l'avance.
Progressez sans cesse, allez toujours plus loin dans la « destruction du mental » et le lâcher-prise, le « surrender » qui est le dénominateur commun de toutes les voies.
Lorsque vous écrivez : « Je souhaite une réponse vraie, honnête de votre part » cela implique que je suis susceptible de donner des réponses qui ne soient ni vraies ni honnêtes. Et quand vous écrivez « ou d'entendre que je m'aveugle, ce que je ne crois pas », vous avez déjà pris position.
Ne me répondez pas. Vous savez que je ne peux plus enseigner par correspondance. Mais traquez inlassablement ce qui relève encore de la volonté personnelle et non de l'absolu du « Que Ta volonté soit faite et non la mienne. »
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p71
Anne,
Si vous ressentez un malaise dans la relation avec les élèves, ne créez pas un conflit intérieur en refusant ce malaise.
La force ne vient que de la réunification, jamais de la division. Osez la folie du oui, du non-refus, de l'accueil. La solidité, la liberté sont au fond du malaise.
Si vous ne l'avez pas encore fait, lisez le livre Hara de K. von Dürckheim et le chapitre « le hara et le cœur » dans Approches de la méditation.
Cet enracinement est une aide réelle pour la relation consciente avec l'autre ou les autres.
En communion avec vous.
Arnaud
p73
Kevin,
7 février 1996
J'ai lu attentivement votre dernière lettre. Une fois encore elle m'a rappelé ma propre jeunesse et je peux me mettre à votre place. Comment aujourd'hui préparer un avenir différent, voilà ce qui importe.
Cette lettre témoigne d'une grande impatience. Vous voulez une solution tout de suite - même pas demain : aujourd'hui. Si vous voulez un truc pour « baiser » immédiatement, il n'y en a pas, à part les professionnelles.
Tout repose sur un premier changement de votre part. Changez - juste un peu mais un peu - et votre vie changera.
Et le premier pas du changement, c'est la réunification dans la vérité de l'instant. Si vous restez exactement ce que vous êtes aujourd'hui, il n'y a pas de solution. Mettez toute votre énergie dans cette transformation. Et je vous écris cela en me souvenant des longues périodes de frustration dans ma jeunesse. Je sais à quel point c'est inécoutable de savoir qu'il n'y a pas de solution à l'instant même.
Si vous voulez changer - pour que votre existence change - il vous faut être courageux, très courageux, et accepter de vous remettre en cause. Votre relation actuelle avec la Femme et les femmes est polluée par la peur et l'orgueil mais ce n'est pas propre seulement à vous. Or ce devant quoi reculent les êtres humains (même ceux qui s'engagent sur un chemin spirituel) c'est par excellence de remettre en cause leur orgueil et d'affronter leurs peurs.
Qu'est-ce que l'orgueil dans le cadre de la séduction ? Ce sont toutes sortes de croyances et d'exigences (un adulte demande, un enfant exige): elles devraient faire tout le chemin vers moi, elles devraient être tellement flattées que je m'intéresse à elles, elles devraient se comporter comme moi je veux qu'elles se comportent.
Quant à la peur, ce n'est pas seulement le manque d'audace ou d'aisance, c'est aussi la peur d'être vulnérable, d'être maladroit (mais touchant), d'être rejeté. Quand on n'est pas (ou pas encore) un séducteur éblouissant, il faut assumer d'être un jeune homme gauche et inexpérimenté, assumer de dire à une femme qu'elle vous plaît en rougissant. Beaucoup de femmes apprécient la sincérité et la simplicité, la vérité.
Intérieurement, il faut que vous appreniez à sentir la différence entre l'infantilisme et la vulnérabilité. Quand vous êtes orgueilleux, exigeant, capricieux, faussement à l'aise, quand vous cherchez à sauver la face, vous êtes infantile. Quand vous êtes sincère, maladroit mais que vous l'assumez et que vous êtes franc, vrai, véridique, vous êtes vulnérable.
Je vous le redis: il y a une différence cruciale entre une demande et une revendication.
Je vais aller plus loin par amour pour vous: ce qui se dégage de votre lettre ne peut pas toucher une femme. Rares, très rares sont les femmes qui ont envie d'être simplement « baisées ». Une « fille » veut être reconnue en tant qu'être humain complet. Est-ce que vous vous intéressez vraiment à elle, à elle - pas seulement à elle pour vous, donc à vous ? Est-ce que vous vous intéressez vraiment, sincèrement à ce qu'elle attend de vous ou simplement à l'avoir ? Même pour vous, pour votre croissance, écartez les mots « baiser », « me la faire », « me l'envoyer ».
Je vous ai écrit longuement - et à la main. Maintenant : à vous de jouer.
En communion avec vous.
Arnaud
p99
Jean-Bernard,
Oui, voir, voir lucidement, rien que ce qui est et tout ce qui est, a un pouvoir libérateur.
Le chemin vers la Vérité (avec un V), la Vérité (ou la Réalité) Ultime, est pavé des mille petites vérités quotidiennes : ici, maintenant, dans le relatif, ce qui est.
Seulement ce qui est. La vérité est toujours unique, elle est sans rien d'autre : je suis ému ? Oui, je suis ému. Mais le mental se met à penser que ce serait mieux de ne pas l'être.
Nous revoici dans notre monde et non plus dans le monde.
François,
21 juillet 1990
Toute pensée peut être vue en tant que : pensée.
Toute émotion peut être vue en tant que : émotion.
Des « noms » et des « formes » (nama - rupa en sanscrit): dépression, espoir. L'ego ne se dissout pas facilement. Il a l'art de récupérer le fruit des efforts du disciple. Ça fait partie des règles du jeu : à vous de jouer.
Ne refusez RIEN. « No denial in any form whatsoever. »
Je suis toujours favorable à un travail sur le corps, avec le corps. J'ai perdu de vue les enseignants de yoga que j'ai connus autrefois. Je ne sais si Mahesh (50 rue Vaneau) enseigne toujours. Vous pouvez aussi vous renseigner à la Fédération Nationale, 3 rue Aubriot.
En communion avec vous.
Arnaud
François,
6 sept 1999
Oui : « L'ego se nourrit de problèmes mais n'a pas sa place dans une situation. » Le mental oublie que le relatif est relatif. Souvenez-vous du Grand Troisième de Dürckheim: moi, l'autre - et mon engagement sur la voie. « Jamais deux sans trois. »
Pour progresser il n'y a rien d'autre que le maintenant, l'instant, le « bhoga », l'expérience consciente à la fois du contexte extérieur et du vécu intime.
De manas à buddhi et de buddhi à prajña. L'agissant (the doer) s'efface et devient serviteur.
« Swâmiji does not act, an action takes place. » Voyez vers quoi vous marchez... et où vous posez le pied.
En communion avec vous.
Arnaud
Marie,
8 février 1999
Oui, la mort de votre chien, de ce compagnon, vous a touchée. Oui, vous avez le droit de ressentir. L'émotion purifiée devient peu à peu l'intelligence du cœur. Mais surtout pas l'insensibilité.
Oui, la Vie est un jeu incessant de morts-naissances, un renouvellement. Ce qui naît meurt mais la Vie demeure, intemporelle.
Vous m'écrivez que vous relisez mes livres. Je vous recommande aussi Périls et promesses de la vie spirituelle de Jack Kornfield et Quand tout s'effondre de Pema Chödron, à La Table Ronde.
En communion avec vous.
Arnaud
Alain,
Voici donc que, comme Daniel il y a quelques années, vous faites l'expérience de la douleur physique. J'ai eu moi-même des coliques néphrétiques il y a quelque trente ans et deux piqûres de morphine, mais mon expérience en ce domaine demeure limitée.
Après avoir lu votre lettre, je suis resté un moment en communion avec vous par le cœur et la pensée. Vous serez spirituellement présent parmi nous demain et dimanche39.
Que le souvenir de tous les sages vous soutienne dans ces journées de mise en pratique intense.
Votre vieil ami spirituel.
Arnaud
p137
René,
J'ai bien reçu votre dernière lettre, je vais y répondre. Mais je dois vous rappeler aussi que je ne peux pas entretenir de correspondance régulière ou guider qui que ce soit par lettres. Je reçois trop de courrier tous les jours pour cela. La voie que je propose, c'est Hauteville, sous la forme d'Hauteville à l'heure actuelle, c'est-à-dire Arnaud, bien sûr, mais aussi ceux qui collaborent avec moi dans la tâche de transmission.
Bien entendu, vous pouvez continuer à pratiquer les asanas et pranayamas, à condition de les intégrer dans la vision d'ensemble de la démarche que je propose.
Swamiji m'avait dit que le plus grand mantram c'était en fait celui qui est dans le domaine public, c'est-à-dire tout simplement OM* : « a», oui à Brahma; «u », oui à Vishnou; « m», oui à Shiva; et le point qui complète le OM, le silence du retour à la paix et à l'équilibre.
Ce qui domine dans la voie proposée par Swamiji, ce n'est pas l'assise immobile, sinon nous serions toujours perdants par rapport aux moines zen qui pratiquent le zazen au moins 6 heures par jour et plus pendant les sesshins. Ce qui domine la voie que Swamiji appelait adhyatma yoga, c'est la lucidité et la non-dualité dans toutes les circonstances, intenses ou anodines, de la vie quotidienne. Et en vérité, aucun instant n'est anodin, puisque « tout instant est un instant pour être ».
Oui, « dix fois plus de vigilance » dans le courant de l'existence. Je vous en prie, essayez vraiment de comprendre cette démarche en laissant complètement de côté pour l'instant les références à d'autres approches. C'est ce que j'ai dû faire moi-même auprès de Swâmi Prajnânpad en oubliant les Groupes Gurdjieff, Ma Anandamayi et Swami Ramdas.
p144
Annie,
Détendez, simplifiez. La « sagesse » se vit au jour le jour. Sainte Thérèse d'Avila a dit : « Mes sœurs, vous trouverez Dieu dans les casseroles de la cuisine. » Soyez bienveillante et amicale avec vous-même.
Le plus important n'est pas de venir à Hauteville. C'est de ne pas faire le jeu de toutes les pensées et toutes les émotions qui partent dans tous les sens. La vérité, c'est maintenant, ce qui est. Faites la paix avec les situations qui se succèdent -- et agissez dans la mesure où une action est possible. Et n'oubliez ni le repos, ni la récréation. Vous pouvez même laisser de côté les grands mots comme disciple, la voie, etc. Soyez une mère, une épouse, une femme de ménage. « À chaque jour suffit sa peine. »
p149
L'utilisation de formules positives peut aussi beaucoup vous aider (telles que « j'ai le droit d'être aidée ») parce que cela crée des contre-samskaras.
Vous dites « Comment tenir tête à ce mental si je suis sûre à l'avance que je vais à un échec ? » En l'occurrence, le mental n'est rien d'autre que cette fausse certitude que vous courez à un échec. Vous connaissez le thème, sur lequel je reviens souvent, des fausses lois du mental dans lesquelles nous nous emprisonnons nous-mêmes.
La voie nous demande d'être très actif contre nos habitudes de pensées mensongères : je ne tolère plus ces pensées. Vous pouvez relire le chapitre « La maîtrise des pensées » ainsi que L'approche positive » qui se trouve respectivement dans Approches de la méditation et dans l'Audace de vivre.
Ne vous blâmez pas pour ce que vous appelez l'orgueil de l'ego. L'orgueil ou la vanité ne sont rien d'autre que des compensations à des manques. Peu à peu, vous pourrez les remplacer par la fierté légitime que le disciple ressent quand il progresse. Ce dernier point est très important.
En communion avec vous.
Vers, le 30 mai 1991
Arnaud
p157
Pascale,
13 décembre 1999
La propension à aider les autres est ce que Swâmijî appelait le « complexe du sauveur », le besoin (et non la liberté) de donner.
Si vous souhaitez faire des lyings, je vous recommande Hélène Villetelle, une femme de cœur - et d'expérience.
« Jouer les psy » est un jeu grave et sérieux auquel il importe de s'être soigneusement préparé, longuement préparé.
Je suis en communion avec vous.
p166
Chantal,
Je trouve votre lettre tout à fait claire, lucide et convaincante, Ce que vous avez ressenti est juste. La liberté qui s'est révélée au cœur d'un contexte médical qui pouvait être inquiétant a sa valeur réelle. Ce ne fut pas une illusion. L'illusion vient lorsque le mental commente l'expérience. Et il la commente parce que l'ego s'en est emparé : « J'ai vécu une réalisation précieuse » dégénère en : « J'ai vécu une réalisation définitive. »
J'ai souvent, au sujet de ma propre sadhana, repensé aux paroles célèbres de Winston Churchill lors de la guerre de 1939-1945: « Ce n'est pas la fin, ce n'est pas le commencement de la fin, mais c'est la fin du commencement. » C'est déjà beaucoup. Oui, une étape a été franchie. Et il y a encore bien du travail devant vous.
Maintenant vous savez que cette Voie est pour vous.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Kathleen,
J'ai lu attentivement votre lettre.
Le 13 mai 2006
Lily a une très grande expérience de psychologue et de psychothérapeute mais ne vous crispez jamais sur la nécessité de retrouver l'origine ancienne de toutes vos émotions actuelles. Certes, j'ai personnellement été aidé, à un moment de mon cheminement, par les lyings. Mais le plus important sera toujours le non-conflit avec ce qui est ici et maintenant.
Ne vous fixez pas comme but de ne plus jamais avoir d'émotions. Cela viendra en son temps. Fixez-vous comme but de ne pas vous laisser troubler par les émotions qui se lèvent en vous. Reconnaissez-les toujours comme un phénomène momentané qui relève du changeant, de l'impermanent. Ne vous laissez pas troubler par un trouble, même si c'est pénible.
Valérie,
Vous portez en vous ce que vous êtes destinée à accomplir. Et notre vrai destin se révèle plus par la soumission (le « surrender ») que par l'ambition. Continuez à agir pour concrétiser votre projet de film mais, en même temps, dans le lâcher-prise, essayez de sentir : « Qu'est-ce qui m'est demandé ? » et non pas seulement : « Qu'est-ce que moi je souhaite faire ? ».
Oui : « illustrer une vision du spirituel à travers l'image et le film ». Plus vous serez « instrumental » plus cela se réalisera. Vous êtes douée pour cela.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p187
Mélanie,
Vers, le 20 novembre 1990
J'ai lu votre lettre avec l'attention du cœur et je veux répondre au moins brièvement à vos questions.
Comme vous l'avez vu, la souffrance physique ne peut être acceptée que d'instant en instant. Dans l'acceptation, il n'y a pas de résignation - du moins si l'on entend ce terme avec une connotation de défaite.
L'acceptation est toujours une victoire : une victoire sur nos mécanismes et sur notre mental. Elle nous grandit toujours. Certes, la souffrance physique fait mal et en soi n'a rien d'heureux. Mais j'ai eu, moi aussi, dans mon existence, l'occasion de l'utiliser comme une opportunité pour me concentrer dans le ici et maintenant. Plus le oui devient parfait, plus nous passons du côté de la souffrance - au point que « celui qui souffre » disparaît. Il ne reste plus que la souffrance à son niveau et une grande paix dans le cœur. J'aborde toujours ce thème avec pudeur car je sais combien avoir mal physiquement est cruel.
D'autre part, vous dites : « Je ne vais pas jusqu'au bout de la vérité que je sens en moi » en ce qui concerne « la peur de le perdre ». Ce n'est pas la vérité qui doit être dite à l'autre, c'est d'abord ce que celui-ci peut entendre ici et maintenant, au moment même ; et d'autre part, ce qui peut diminuer la séparation, augmenter la communion.
Il ne faut pas se tromper sur ce point : une certaine sincérité devient simplement l'expression de l'ego. Il ne s'agit pas de dire ce que nous avons envie de dire, il s'agit de dire ce qui est justifié par rapport à l'autre - ce qui peut permettre à une situation d'évoluer vers plus de sérénité. Il s'agit surtout de dire ce qui va aider l'autre à détendre ses propres tensions. Or, trop souvent, nous disons des paroles qui ne peuvent que faire lever en face de nous une réaction. Donc être vrai, c'est tenir compte de la totalité d'une situation et pas seulement d'un élément.
N'hésitez pas à me donner de vos nouvelles. Peut-être ne pourrai-je vous répondre que brièvement mais enfin vous saurez que j'ai lu votre lettre et que j'ai pensé à vous.
En communion avec vous.
Arnaud
Vers, le 5 décembre 1991
Mélanie,
Je comprends très bien votre lettre. Elle confirme ce que nous avions vu ensemble lors de votre séjour à Font d'Isière.
Ne niez surtout pas le bouillonnement de la vie en vous et les désirs qui peuvent se lever. Mais sachez assumer ceux-ci le plus consciemment possible. Situez tout désir dans une vision d'ensemble et, si vous expérimentez, faites-le aussi lucidement et consciemment que possible.
N'oubliez jamais les deux termes qui président à l'accomplissement des désirs : liberté et dignité. Si souvent, l'accomplissement du désir, après un bonheur bien momentané, nous conduit à de nouvelles frustrations, blessures d'amour-propre, craintes, souffrances diverses. Et pourtant nous avons à faire nos propres expériences, les yeux bien ouverts, comme disait Swâmiji.
Si vous voulez gagner une maîtrise sur vos désirs (et c'est ce qui peux nous arriver de plus heureux), vous devez considérer ces désirs comme des enfants à éduquer, donc les traiter avec bienveillance et même avec délicatesse. Ainsi, si je puis dire, les désirs vous feront confiance et ne sentiront pas que vous allez purement et simplement les nier ou les réprimer. Mais vivez en maître, pas en esclave.
Comme disait encore Swamiji: « Soyez présente à vous-même pour satisfaire vos désirs et ne permettez pas à vos désirs de se satisfaire à vos dépens. »
Demandez-vous tranquillement; « Quel est mon but et quelle est la meilleure méthode pour atteindre ce but ? ». Autrement dit, le but fondamental étant le bonheur, est-ce que je m'y suis bien prise jusqu'à présent ? C'est pourquoi ce que nous appelons vigilance, conscience lucide, discrimination ou discernement est si nécessaire.
Souvenez-vous de la différence entre être porté par le courant de la vie et être emporté par ce courant et la différence entre la réaction impulsive, compulsive, excessive et l'action positive, calme, délibérée.
En communion avec vous.
Arnaud
p206
Michèle,
Tout en étant mesurée et très digne, votre lettre laisse percer un certain découragement. Je vous promets, Michèle, je vous promets que la « Voie » est une réalité, pas un leurre. Vous pouvez, vous, oui vous pouvez trouver cette liberté intérieure à laquelle vous aspirez.
Les événements se succèdent, les états d'âme vont et viennent mais ce n'est pas la totalité d'une existence. Sous la surface, la profondeur. La surface peut être blessée, la profondeur est toujours intacte.
Je suis toujours prêt à transmettre ce que j'ai compris, à montrer comment je m'y prends moi-même, à enseigner ce que Swamiji m'a appris. Vous aurez toujours votre place parmi nous à Hauteville.
En communion avec vous.
Arnaud
p210
Paul,
6 septembre
Le sexe, ou la sexualité, est une réalité majeure de nos existences et notre liberté dans ce domaine se gagne progressivement. Ne niez aucun désir, aucune attirance mais situez chaque fois cette forme momentanée de la conscience dans une vue d'ensemble de votre existence. Une part de vous entre en relation avec un fragment de la réalité. C'est comme une sorte de zoom-avant qui élimine tout le reste.
[...]
Souvenez-vous: moi, elle - et mon engagement sur la voie.
En communion avec vous.
Arnaud
Paul,
Α propos de la relation avec votre épouse, je vous transmets ces paroles d'Yvan Amar:
« Soyez le disciple des situations et non la victime des situations. »
Donc :
« Soyez le disciple de l'autre (utilisez le comportement de l'autre pour progresser) et non la victime de l'autre. »
En communion avec vous.
Arnaud
p215
Florence,
Vers, le 22 septembre 1994
Ayant vécu moi-même une relation difficile avec mon propre père et, à vrai dire, n'ayant jamais pu établir avec lui une véritable communion - même si nous avions parfois une relation un peu détendue – je peux comprendre votre dernière lettre.
Certainement vous avez à être vous-même et vous avez parfaitement le droit de prendre votre totale indépendance et autonomie. C'est la première étape. Si vous êtes un jour gravement malade, ce ne sera pas votre mère qui sera malade et le jour où vous mourrez, ce ne sera pas votre mère qui mourra à votre place.
C'est à partir de cette affirmation personnelle ou, comme on dit parfois, de cette ultime rupture du cordon ombilical qu'une attitude d'acceptation de l'autre qui conduit à la compréhension, de la compréhension à la bienveillance, de la bienveillance à l'amour, devient possible.
Mais le plus important n'est pas ce que vous allez faire ou ne pas faire, dire ou ne pas dire, c'est la manière dont vous serez située intérieurement. Vous le savez, nous posons la question du « faire », alors que le préalable c'est « être ». Vous connaissez les formules de Swamiji: « To do, there must be a doer » (pour agir, il faut qu'il y ait un agissant) ou « First the doer, then the deeds » (d'abord l'agissant, ensuite les actions) et enfin « Before any action, check the actor » (avant toute action, vérifiez bien l'agissant).
C'est là l'essentiel. C'est ce qui fait la voie par différence avec la manière ordinaire de vivre et de réagir. Et c'est ce qui est trop souvent oublié, même de ceux qui sont engagés sur la voie.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Florence,
Hauteville, le 30 janvier 1997
Vous le savez, mon rôle n'est pas de vous dire (sauf dans des cas très rares) : « Vous faites ceci, vous ne faites pas cela. » C'est vous qui décidez, qui agissez, parce que c'est vous qui aurez à dire oui à toutes les conséquences de vos actions. Et ne vous contentez pas de peser le pour et le contre au niveau habituel, au niveau psychique, au niveau de l'ego. Tenez compte aussi du niveau spirituel, c'est-à-dire de votre engagement sur la voie.
Dans la décision que vous avez à prendre aujourd'hui, demandez-vous : en vérité, qu'est-ce qui me rapproche de la sagesse, qu'est-ce qui me rapproche de l'éveil, qu'est-ce qui me rapproche de la liberté ? Devant des situations apparemment semblables, la réponse n'est pas la même pour tous ni la même pour une personne à différentes étapes de son existence et de sa progression sur la voie. Ce qui est juste pour un enfant ne l'est plus pour un adulte, ce qui est juste pour un adulte à un certain niveau de développement ne l'est plus quelques années ensuite.
Envisagez les conséquences certaines, probables et possibles de votre action. Demandez-vous si vous êtes prête à les accepter.
Nous agissons mécaniquement lorsqu'une part de nous, un aspect de nous, un personnage en nous, entre en relation, soit d'attraction, soit de répulsion, avec un fragment de la réalité qui nous fait momentanément oublier tout le reste. Nous agissons consciemment lorsque nous prenons en compte tous les aspects de nous-mêmes (autant que possible en tout cas) et tous les aspects de ce qui fait notre existence.
L'attirance, oui. La fascination, non. Si cette fascination est là, je la reconnais comme susceptible de m'aveugler. Si c'est seulement une attirance, celle-ci peut être intégrée dans une vision d'ensemble. À ce moment-là, ma décision est, pour reprendre les termes de Swâmiji, « cool and deliberate".
Décidez consciemment et ensuite soyez beau joueur et acceptez complètement tout ce qui pourra se présenter en relation avec la décision que vous aurez prise et les actions que vous aurez accomplies.
Je suis en communion avec vous.
p223
Florence,
Quelle sera votre réalité existentielle dans trois ans, vous ne la connaissez pas aujourd'hui avec certitude. L'important c'est de savoir si dans trois ans vous aurez vraiment évolué, si vous serez plus mûre, plus unifiée, plus libre.
Accueillez la totalité, le favorable et le défavorable, le plaisant et le déplaisant ou, pour parler comme les psychologues, le gratifiant et le frustrant, ce que j'appelle parfois « être beau joueur » - mais pas « je prends ce qui me convient, je m'en empare, je me l'approprie et je rejette de toutes mes forces ce qui ne me convient pas ». Alors notre existence n'est plus une suite d'actions et de réactions mécaniques mais une démarche orientée et consciente.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
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