En relisant les évangiles
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Toute religion comporte deux aspects. L'un indique le but en décrivant l'homme transformé - le saint ou le sage-, ce qu'il ressent, comment il vit et agit; l'autre, parfois perdu en cours de route, concerne la méthode pour parvenir à ce statut. Prenez par exemple une parole parmi les plus connues des Évangiles et qui n'est pas mystérieuse comme d'autres: «Aimez vos ennemis, pardonnez à ceux qui vous ont offensés, priez pour ceux qui vous persécutent. » Comme enfants, nous pensions qu'aimer nos ennemis voulait dire que pendant la guerre de 1914-1918 les Français auraient dû aimer les Allemands et les Allemands auraient dû aimer les Français; ou bien nous pensons que cela s'adresse aux Arabes et aux Israéliens qui devraient se réconcilier. Il est d'ailleurs frappant d'apprendre qu'au cours de l'interminable horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale qui a causé plusieurs millions de morts de part et d'autre, le Vatican a tenté d'intervenir pour mettre fin aux hostilités. Et les évêques et archevêques allemands d'un côté, français de l'autre, se sont farouchement opposés à ces tentatives au nom du même Christ qui a dit : « Aimez vos ennemis. » La médiation du Vatican pour arrêter ce conflit meurtrier a échoué à cause de l'opposition du clergé qui refusait toute négociation tant que «l'ennemi» n'aurait pas capitulé. Il faut avoir le courage de voir en face de telles aberrations et ne plus se laisser impressionner seulement par le prestige des grands théologiens. Une conclusion s'impose : il ne peut pas ne pas y avoir quelque part un élément essentiel faisant défaut pour qu'on en soit arrivé là. Le christianisme des origines prônait un idéal de pardon des offenses, de pauvreté, de non-attachement, de mort à soi-même qui a été cruellement oublié, sauf des moines et ermites, d'un saint François d'Assise ou d'une Thérèse de Lisieux. Si vous cherchez à mettre en pratique une parole comme celle-là, vous sentirez qu'il manque quelque chose. «Aimez vos ennemis.» Mais c'est que précisément je n'aime pas mes ennemis. Mes ennemis ne se limitent pas seulement aux Allemands avec lesquels, en tant que Français, j'ai fait la paix. Les « ennemis » comprennent tout ce que je ressens comme inamical, ce qui fait lever en moi la répulsion, sans exception. Un mal de ventre, c'est un ennemi pour moi. Une névralgie, c'est un ennemi pour moi. Tout ce qui me paraît agressif, frustrant, dé-sécurisant -- pour employer le vocabulaire moderne -- devient un ennemi. A partir de là, comment puis-je mettre en pratique le commandement du Christ sur l'amour des ennemis?
« Pardonnez à ceux qui vous ont offensés. » Quiconque possède la moindre connaissance de l'inconscient et de ce que le bouddhisme appelle les profondeurs de l'esprit sait que la vie humaine est fondée sur le non-pardon des offenses. Le destin d'un adulte s'explique par ce qu'il n'a jamais pardonné à sa mère, à son père, à un directeur d'école ou un instituteur, jamais pardonné à un grand-père ou à une petite sœur. Par conséquent, le pardon des offenses en lui-même représente une part éminente et essentielle du chemin. Celui qui aurait vraiment pardonné les offenses serait libre du passé. Être prisonnier du passé, pour reprendre une expression bien connue, c'est n'avoir pas pardonné à ceux qui nous ont offensés.
Or nous ramenons ce « Pardonnez à ceux qui vous ont offensés » à une application très limitée : « Il faudrait quand même que je réussisse à pardonner à mon frère qui, dans l'héritage de notre tante, s'est emparé du bahut ancien que celle-ci me destinait. » A propos d'une querelle de famille, je vais un beau jour écrire à mon frère : « Allez, ne nous disputons plus ... », je vais même être sublime en ajoutant : « Garde le meuble, viens et embrassons-nous. » Et mes parents qui souffraient de notre brouille vont être si heureux de cette réconciliation. Voilà la façon extérieure de comprendre le pardon des offenses sur laquelle je n'ironise pas du tout mais qui reste cependant très incomplète. Le véritable pardon des offenses n'est possible qu'à partir de la mise au jour des rancunes accumulées depuis la toute petite enfance, c'est-à-dire qu'il suppose d'avoir mené à bien un travail sur l'inconscient par une méthode ou par une autre. Votre psychisme est bâti sur le non-pardon des offenses et vous ne pourrez mettre en pratique les paroles du Christ qu'à condition de découvrir une méthode ou une technique qui vous permette vraiment de pardonner à ceux qui vous ont offensés il y a un an, vingt ans ou cinquante ans.
«Priez pour ceux qui vous persécutent.» Tout d'abord, que signifie « prier »? Cela ne signifie pas seulement : « Mon Dieu faites du bien à ceux qui me font du mal. » La prière, disent les enseignements intérieurs du christianisme, doit devenir permanente, c'est-à-dire nous imprégner vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il ne s'agit pas de prier un quart d'heure le matin et le soir ou de prier de temps en temps, il s'agit de vivre dans un état de prière. La prière est un état d'être, un état d'amour et de communion, un état de contemplation. Et prier pour ceux qui nous persécutent, c'est être dans cet état d'amour et de communion avec eux, donc les voir en Dieu, les aimer en Dieu.
Comment y parvenir? En vous engageant sur un sol ferme. Ou les Évangiles ne renferment que des platitudes et des bondieuseries inefficaces, ou bien ils sont les fragments d'une totalité dont beaucoup d'éléments nous échappent. Ces éléments aujourd'hui absents ont été transmis de vive voix par les pères spirituels qui en avaient l'expérience. La transmission de maître à disciple dans la tradition chrétienne a été moins notoire que le christianisme en tant que religion d'État du grand Empire romain à partir de Constantin, religion qui s'est étendue à tout le bassin méditerranéen; elle n'en a pas moins existé à travers un enseignement oral vivant qui a donné les clés permettant de mettre en pratique ce qui est proposé. Nous savons l'importance que revêtait cet aspect dans les monastères où le père abbé ou la mère abbesse avait véritablement charge d'âme et devait guider pas à pas le moine ou la moniale dans son cheminement vers Dieu.
Le premier malentendu c'est de considérer que les paroles ou commandements du Christ s'appliquent à nous tels que nous sommes. Même s'il est tombé à genoux en sanglotant devant un crucifix dans une église ou s'il s'est brusquement converti, aucun être, quelle que soit la vague d'émotion religieuse qui le submerge, n'est en mesure d'aimer d'emblée ses ennemis, de pardonner à ceux qui l'ont offensé et de prier définitivement pour ceux qui le persécutent. L'erreur consiste à penser que ces commandements s'adressent à tous directement. Bien entendu, comme je suis incapable de m'y conformer, je suis déchiré et malheureux et j'oscille entre ce que j'appelle le péché et la confession, le péché dans lequel je retombe et la confession dont je sais qu'elle ne m'apporte qu'un soulagement temporaire sans résoudre ma division intérieure. Cela peut durer une existence entière. Certains «laissent tomber» tout simplement, d'autres se fabriquent une théologie de leur cru : je suis imparfait, impuissant, égoïste mais Dieu me pardonnera dans son amour infini et je renonce à faire les efforts qui m'incombent, m'en remettant paresseusement à la grâce de Dieu.
Ce n'est pas un hasard si, en hébreu, les Dix Commandements de Dieu donnés à Moïse sur le mont Sinaï sont exprimés au futur. On traduit « Tu honoreras ton père et ta mère » et non pas « Honore ton père et ta mère ». L'explication ordinaire en est : à partir de maintenant, tels sont les commandements donnés au peuple hébreu pour le présent et pour l'avenir. Aujourd'hui, demain, après-demain, tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain. L'explication intérieure de l'emploi du futur est plus intéressante pour notre transformation : ce qui est attendu de nous ne nous est pas immédiatement accessible et nous est présenté comme un but à atteindre au terme d'une évolution qui prendra plus ou moins de temps. Quand tu auras obtenu le niveau d'être qui y correspond, tu ne convoiteras plus le bien de ton prochain, tu seras en mesure d'honorer ton père et ta mère. Comment voulez-vous honorer votre père et votre mère si, comme le redécouvre à longueur de journées la psychologie moderne, votre inconscient est fait de déceptions, de frustrations, de révoltes réprimées à leur égard? Être libre, c'est être complètement libre de papa et maman, y compris de la nostalgie de l'état de fœtus. Et ainsi de suite.
Même le chemin religieux, à première vue le plus simple à mettre en œuvre dans la vie courante, apparaît dans les Évangiles comme une voie impraticable par l'homme ordinaire et qui n'a été que très rarement pratiquée. Regardez par exemple l'insistance du Christ sur l'abandon de tous les soucis, de toutes les inquiétudes et la remise complète de son sort entre les mains de Dieu. Qui met vraiment en application dans sa vie quotidienne ce précepte du Christ? Ramana Maharshi disait : « Mettez vos bagages dans le filet quand vous êtes dans le train au lieu de les garder sur les genoux. » Votre destin est en marche et va se poursuivre par la force des chaînes de causes et d'effets, même si ces chaînes ne sont plus alimentées. Même si j'arrête de mettre du bois dans un feu, il faudra attendre que le bois soit consumé pour que le feu s'éteigne. Même si la peur et le désir se sont peu à peu dissipés et que vous avez donc cessé d'agir sous leur emprise, vous continuerez de récolter le fruit des actions que vous avez jadis semées. Simplement, vous vivrez ces conséquences de vos actes non plus dans le refus mais dans l'acceptation qui garantit la liberté intérieure.
Il est possible de laisser faire le destin en lâchant prise, en abandonnant notre résistance à l'ordre des choses. C'est ce qu'on appelle en Inde surrender, la reddition, la capitulation sans conditions, qui constitue l'essence des chemins religieux. Or ceux qui critiquent ou émettent des réserves à l'égard des voies non-dualistes védantique ou bouddhiste mettent bien rarement en pratique ce surrender.
Si vous sentez que vous ne pouvez pas vivre cet abandon complet entre les mains de Dieu, ne vous leurrez pas et reconnaissez que vous ne pouvez être qu'un chrétien amateur. Vous connaissez la terrible parole de l'Apocalypse de Jean: «Je sais tes œuvres: tu n'es ni froid ni bouillant. Que n'es-tu froid ou bouillant! Mais parce que tu es tiède, et non froid ou bouillant, je vais te vomir de ma bouche » Il est nécessaire de passer par la souffrance durable de se sentir un si mauvais chrétien. Que dirions-nous d'un « nageur» qui ne pourrait pas traverser la piscine à la brasse? Il est cruel de se dire chrétien et de ne même pas pouvoir balbutier l'enseignement des Évangiles. Pensez aussi à l'impitoyable remarque de Nietzsche: «Je croirai au Rédempteur quand je verrai les chrétiens un peu plus rédimés. » Il ne suffit pas de crier plus fort que les autres «Je suis dans la vérité et il n'y a pas d'autre vérité que celle dont je témoigne. » Convainquez-moi! A certains moments, il faut avoir le courage d'ouvrir les yeux. Si un grabataire proclame «Il n'y a pas d'autre médecine efficace que la mienne » et que vous voyez à côté de lui un homme en parfaite santé, fermerez-vous les yeux? Vous me prêchez la liberté, montrez-la-moi. Vous me prêchez l'amour, montrez-le-moi. Vous me prêchez la joie qui demeure, montrez-la-moi. Vous me prêchez la paix qui dépasse tout entendement, montrez-la-moi. Et si ces vertus irradient d'un saint hindou ou musulman, inclinons-nous.
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Devenir chrétien, c'est incarner les Évangiles dans son être. Le christianisme ne peut pas se réduire à un avoir intellectuel puisque le Christ a dit : « Heureux les pauvres en esprit», c'est-à-dire ceux qui, même très intelligents par ailleurs, ont la pauvreté intellectuelle. Quand le zen dit: «La voie consiste en ceci: "cessez de chérir des opinions " », quand le Christ dit : « heureux les pauvres en esprit», il s'agit de la même vérité, du même enseignement. Où se trouve la pauvreté en esprit dans les interminables discussions théologiques où chacun s'accroche à son point de vue et se bat pour réfuter les arguments du voisin? La pauvreté en esprit est l'exact opposé de l' attitude crispée qui nous fait dire:« J'ai mon christianisme» - et je ne veux pas qu'on y touche.
Je cite dans un de mes livres une phrase qui m'a saisi et en même temps beaucoup aidé. Un religieux qui était une figure éminente du christianisme, qui avait beaucoup œuvré en tant que catholique pour l'œcuménisme avec les protestants, était venu me voir. Tout en se montrant ouvert et bienveillant, il me dit: «Je suis très inquiet de voir l'influence que prennent ces doctrines orientales dans l'Église. » Et pour finir, à un certain moment de notre dialogue qui était chaleureux, il s'écrie : « Que voulez-vous j'ai la foi et je ne veux pas qu'on me l'enlève! » Quelle parole révélatrice! Sa foi pouvait lui être enlevée par une influence trop forte et trop troublante du bouddhisme ou des Upanishads ou d'un maître zen ou tibétain? En ce cas la foi relève de l'avoir. Vous ne pouvez plus dire «Je suis un chrétien », mais seulement «J'ai mon christianisme parmi mes possessions intellectuelles et émotionnelles. » Cela n'a rien à voir avec le dépouillement, le dénuement auquel les Évangiles nous convient. De même que le zen a insisté sur la nécessité de transcender le bouddhisme : « Si vous rencontrez le Bouddha, tuez-le », le christianisme implique la transcendance d'une pensée chrétienne. Sinon il va à l'encontre de cette pauvreté en esprit prônée par le Christ lui-même. « Moi, j'ai mon christianisme, lui, il a son bouddhisme et nous sommes contents. » Être, c'est être libre de l'avoir. En quoi consiste le fait d'être un chrétien? C'est avoir la qualité d'être ou le niveau d'être qui permet de pardonner les offenses, d'aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent. Si une part de nous, dans l'inconscient, continue à haïr, comment pourrions-nous aimer nos ennemis?
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Nous naissons graine, nous êtres humains, et nous pouvons - mais est-ce que nous le ferons ou ne le ferons pas?- nous transformer en un arbre si vaste que tous les oiseaux du ciel viennent y faire leur nid. Si vous ramenez l'enseignement du Christ, qui nous parle d'un autre niveau de la réalité, à votre expérience ordinaire – aux maris de la Samaritaine - vous passez à côté de la vérité. Cela revient à considérer que les Évangiles ne concernent plus que les graines, alors qu'ils ne concernent les graines qu'en fonction -- et seulement en fonction -- de leur évolution possible. Et la foi, c'est la certitude que le sens de la vie se trouve dans cette transformation, que celle-ci est possible. Il ne s'agit pas seulement d'améliorer la graine par quelques considérations morales - qui peuvent avoir leur valeur-, il s'agit de la métamorphose du gland en chêne. Le drame du christianisme en général et de tant de chrétiens en particulier a été de réduire un enseignement concernant la mort du vieil homme et la naissance de l'homme nouveau à des préceptes et des principes qui concernaient le vieil homme. Combien ont-ils compris qu'ils sont appelés à ce changement d'être, à dépasser leurs émotions et leur vision ordinaire pour passer sur un tout autre plan de conscience? L'essentiel est oublié.Cette évolution ne se fera pas d'elle-même, comme se fait en principe le passage de la puberté. La nature prend en charge cette phase de l'adolescence pour la quasi-totalité des êtres humains, elle nous donne une certaine expérience de la vie, nous fournit un cerveau, des neurones, des engrammes pour pouvoir penser, reconnaître nos amis ou voir ce qui nous est favorable et défavorable mais elle ne nous garantit pas la croissance spirituelle,elle ne prend pas en charge notre transformation intérieure. Le passage du sommeil à l'éveil ou de la mort à la vie implique une série d'efforts conscients de notre part. Il suppose à la fois une intense détermination et une très grande habileté. Nous avons tendance à croire que l'habileté est une qualité douteuse qui permet de se débrouiller dans le monde mais qui n'a pas sa place sur un chemin spirituel. Or, le mot grec phronimos, qui revient à plusieurs reprises dans les Évangiles et que l'on traduit souvent par prudent, sage, avisé, signifie en fait habile.Voilà une notion qui a été largement perdue de vue, bien que le Christ déplore cette absence d'habileté : « Ceux qui appartiennent à ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que les fils de lumière » Pourquoi les enfants du siècle sont-ils si habiles et les enfants de la lumière si peu habiles? Ailleurs, le Christ exhorte ses disciples à être «rusés comme les serpents ». Ce phronimos, habile, a un contenu bien plus fort que les mots sage, prudent ou avisé. Il ne s'agit pas uniquement de morale, ou de croire ou de ne pas croire, il s'agit d'une manière intelligente de mettre des instructions en pratique qui puisse vous faire réellement progresser et qui s'affine avec le temps. A mesure que l'enseignement devient de l'eau qui vous désaltère et se transforme en votre propre sang, votre niveau de compréhension évolue. Il faut vous défaire de l'idée que l'habileté est réservée aux gens du siècle, aux « battants » qui veulent réussir dans l'existence, mais qu'un bon chrétien ne doit pas être habile, ce qui est en soi absurde. Si vous voulez vous appuyer sur les Évangiles, il faut les prendre dans leur totalité. Un enseignement spirituel est avant tout une méthode habile qui vous évite de perdre du temps et de vous fourvoyer.
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Aucune technique ne le peut. Nous pouvons seulement écarter les obstacles, les empêchements. Vous ne réussirez pas, par vos efforts, à créer la lumière du soleil mais ce que vous pouvez, par vous-mêmes, c'est ouvrir les volets afin que pénètre la lumière. Cette image toute simple et bien connue est une réponse parfaite à la question tant débattue de l'effort et de la grâce. Aucun effort humain n'engendrera la lumière du soleil mais si les volets sont fermés, celle-ci ne pénétrera pas jusqu'à nous. Notre part personnelle est donc d'ouvrir les volets du dedans, ceux du cœur et de l'esprit.
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Cette nouvelle lecture des Évangiles, qui nous demande d'être à la fois silencieux et ouverts, correspond à ce qu'on appelle lectio divina dans les monastères, une lecture totalement réceptive dans laquelle chaque mot est pesé. Il n'est plus question de la lecture avide qui nous fait dévorer des livres, comme j'en ai tant dévorés moi-même, qu'on oublie peu après. Lisez en ayant cette idée présente à l'esprit : il m'est demandé une autre intelligence que ma pensée habituelle, je ne dois pas ramener ce que je lis à mon expérience ordinaire. Ne cherchez pas à satisfaire votre intellect mais à éveiller en vous cette intelligence d'un autre ordre, celle des réalités intérieures. A travers des images sensibles relevant de la psychologie ordinaire et de l'homme extérieur, une autre vérité nous est transmise. Ce n'est plus nous qui prions pour entrer en contact avec le Ciel, c'est le Ciel qui, par l'intermédiaire du Christ et de ses paroles, descend jusqu'à nous en utilisant un langage que nous puissions comprendre. L'homme est appelé à un intense effort de vigilance et de purification pour entrer en contact avec le Ciel mais le Christ fait le même héroïque effort jusqu'à mourir sur la croix pour que le Ciel à travers lui vienne et nous touche jusqu'à notre Terre.
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Il peut y avoir un grand égocentrisme dans le fait de déclarer:« Je suis une humble créature pécheresse mais j'existe en face de Dieu.» Le moi se trouve ainsi merveilleusement préservé. Vous maintenez « il y a Dieu et moi », ce qui est la compréhension commune sauvegardant la conscience de l'individualité séparée et limitée. Dans quelle mesure l'homme vidé de lui-même pour être empli de Dieu, mort à lui-même, complètement pauvre et dénué intérieurement de toute opinion, de toute conception, peut-il en même temps maintenir « moi, en tant qu'entité individuelle, j'existe; pécheur, coupable et déchu, j'existe par moi-même»? Autrement dit, s'attribuer l'aséité (existence par soi) alors qu'on n'a que l'abalièté (existence par un autre). N'est-il pas beaucoup plus humble de reconnaître : « Il n'y a que Dieu. Tout ce que je possède comme être provient de Dieu »? C'est la position des soufis, de la métaphysique hindoue et d'un grand nombre de mystiques chrétiens. Nous en avons un magnifique témoignage dans l'Évangile de Jean quand Jean-Baptiste dit en parlant du Christ: « Il faut qu'Il grandisse et que moi je diminue », parole qui trouve son accomplissement dans la célèbre affirmation de saint Paul: «Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi 2 », que l'on traduit parfois par: «Je vis mais non plus moi, le Christ vit en moi » ou même : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui me vit. » Il est bien évident qu'une telle proclamation décrit la disparition de l'ego « moi ». L'expérience devient celle du sage engagé sur un chemin non dualiste : « Ce n'est plus l'ego qui vit, qui agit, c'est l'énergie divine, la shakti qui vit et qui agit à travers ce corps, ce cerveau, cette bouche. » Enfin, on peut considérer que l'Évangile de Jean pointe vers le non-dualisme quand il cite les paroles combien célèbres de Jésus: « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi; qu'eux aussi soient un en nous ... Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, pour qu'ils soient parfaitement un 1 » La suprématie absolue, l'illimitation et l'infinitude de Dieu sont bien plus respectées dans l'approche non dualiste. Bien entendu, ce n'est pas l'ego limité et fini qui peut reprendre à son compte l'affirmation de l'identité suprême sinon cela devient en effet une prétention et un mensonge. J'ai souvent employé la comparaison de l'océan et des vagues utilisée aussi bien par les hindous, les bouddhistes et les soufis pour tenter d'expliquer le point de vue non dualiste: une vague qui n'a conscience d'elle-même qu'en tant que vague limitée dans l'espace et dans le temps ne peut pas proclamer : je suis éternelle, je suis infinie. Mais si sa conscience devient la conscience de l'eau ou de l'océan qui est en elle et en qui elle naît et disparaît, la vague peut légitimement dire en effet : je suis brahman.
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N'y a-t-il pas déjà un abîme par rapport à notre conception habituelle de la foi si le mot pistis signifie preuve et que la foi est définie comme la certitude des choses invisibles. Le terme invisible nous fait tout de suite penser à cet autre mot-clé de l'hindouisme qui est le mot voir. Une même racine a donné veda en sanscrit, videre en latin, c'est-à-dire vision. Je ne crois pas trahir les textes en disant que la foi est la vision des choses invisibles. Et si elles ont été vues, c'est bien qu'elles peuvent l'être sous certaines conditions et non pas crues parce que votre curé vous a dit que sinon vous irez en enfer. Quand le Christ dit « Vous n'avez pas la foi» ou« Si un jour vous avez la foi et ne doutez pas, même si vous dites à cette montagne:" Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer", cela se fera », quand les disciples demandent : « Augmente en nous la foi », il s'agit de la certitude, de la preuve des réalités invisibles à la mentalité ordinaire. Tout homme ne possède pas d'emblée cette vision certaine, bien prouvée, mais elle peut lui devenir accessible. Donc vous êtes déjà fidèles au Christ si vous essayez de dépasser vos opinions protestantes, catholiques ou orthodoxes pour acquérir des certitudes. A quelle condition est-on privé de cette vision des choses invisibles et à quelle condition peut-on accéder à cette vision? L' enseignement du Christ ne proposerait-il pas précisément la méthode qui permet de voir ces choses invisibles?
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La foi est donc en même temps la certitude des choses invisibles et la capacité d'accomplir des actions qui ne soient pas simplement des réactions. c’est parce que le centurion dit : « Moi je sais ce que c'est qu'obéir et je sais ce que c'est que commander », que le Christ déclare : «Même en Israël je n'ai pas vu une foi pareille», c'est-à-dire une compréhension pareille de la hiérarchie des niveaux. La part de nous la plus décidée à mettre en pratique l'enseignement du Christ peut être comparée à Moïse conduisant en nous le peuple de nos tendances et désirs contradictoires hors de la terre de servitude jusqu'à la Terre promise qui se lève aussi en nous. Pendant longtemps la multiplicité des personnages qui nous composent fait de notre complexité non pas un peuple structuré autour d'une divinité unique et d'un chef mais une foule incohérente. Si nous avons la foi, nous pourrons convaincre les aspects les plus réticents de nous-mêmes de se soumettre pour servir la cause de notre transformation, nous pourrons nous faire obéir de tous ces personnages: l'ambitieux, le jaloux, l'idéaliste, l'enfant perdu, le vaniteux, le séducteur, le rêveur mystique et tant d'autres, et en même temps nous serons capables d'obéir à un niveau supérieur de la réalité. Cette hiérarchie de niveaux -- depuis le niveau le plus grossier jusqu'au plus subtil -- est un des thèmes centraux de toute spiritualité. Regardez comme un seul exemple nous ouvre des horizons et combien le christianisme redevient vivant. Quel enseignement! Le plus beau pouvoir que vous puissiez avoir c'est en effet de déplacer des montagnes. Il y a même un passage où le Christ affirme : « Si vraiment vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : " Déracine-toi et va te planter dans la mer", et il vous obéirait » Le miracle suppose l'intervention d'un autre niveau de la réalité à notre niveau ordinaire. Dans un monde où la loi commune est l'émotion, il est miraculeux d'agir impartialement, objectivement, selon la justice du Royaume de Dieu. Dans une situation où tout le monde serait sous l'emprise d'une émotion, Socrate n'en a pas, un chrétien authentique non plus.
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Maintenant, regardez de plus près et vous verrez que n'importe quel péché répertorié correspond toujours à une émotion et, en fin de compte, à une souffrance. Souvenez-vous : tout agissement humain qui nous paraît coupable s'explique par une souffrance profonde dans laquelle la personne se débat sans habileté. Même les péchés dits mortels sont la manifestation d'une frustration exacerbée qui ne trouve pas d'autre manière de s'exprimer. Prenons un exemple simple : il est bien connu des psychologues qu'une personne qui mange immodérément compense par là une frustration profonde. Pourquoi la gourmandise fait-elle partie des péchés? Simplement parce qu'elle est une erreur par rapport à notre but. Chacun sait que les excès alimentaires nuisent à la vigilance et ne sont pas bénéfiques à la progression sur le chemin spirituel. De même l'adultère n'est pas le« mal » en soi mais peut souvent être préjudiciable à votre progression. Quelle souffrance, quel déchirement, quelle demande affective intense conduit un conjoint à chercher l'amour chez un ou une autre, Dieu seul le sait. La compassion ne juge pas. Certes, si vous pouviez vraiment être libres, libres intérieurement, il vous serait peut-être évident de ne pas commettre l'adultère mais à partir d'une autre manière de sentir, de comprendre, de se situer qui ne vous obligerait plus à vous brimer. Vous vous préparez peu à peu, par une transformation qui doit être bien menée, à pouvoir aisément dépasser l'envie, la jalousie, la gourmandise, la paresse, l'avarice, la luxure. Souvenez-vous, péché a un sens technique précis: erreur, faux pas, manquer la cible. Le Christ propose un but à l'existence : la mort à un certain niveau afin de renaître à un autre niveau. «Il vous faut naître d'en haut » ou « Il vous faut naître à nouveau » (le mot anôthen peut signifier aussi à nouveau). Et le péché originel c'est notre conception personnelle du bien et du mal et notre maladie du jugement qui peuvent être dépassées, transcendées par cette nouvelle naissance et par la découverte des réalités invisibles. Si un enseignement spirituel ne vous conduit pas au-delà de cette opposition originelle, vous passez votre vie ballottés entre le bon et le mauvais, le favorable et le défavorable et inévitablement les émotions heureuses et les émotions malheureuses, sans aucun pouvoir sur vous-mêmes, sans jamais atteindre l'apatheia, l'équanimité, l'égalité d'humeur et la constance d'âme.
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Les soufis passent avec une grande facilité de l' expression non dualiste à l'expression dualiste. Et à cet égard, j'ai été immensément inspiré par cette élite de l'islam, le soufisme, qui fait la synthèse des deux approches comme en témoignent ces paroles célèbres: «J'ai frappé à la porte, on a demandé "Qui est là?" J'ai répondu "C'est moi "; la porte ne s'est pas ouverte. J'ai frappé une seconde fois. On a demandé à nouveau" Qui est là?" J'ai répondu " C'est moi "; la porte ne s'est pas ouverte. J'ai encore frappé, on a demandé" Qui est là?" J'ai répondu " C'est Toi " et la porte s'est ouverte. » La conscience d'une séparation entre Dieu et nous représente le point de départ de tout être humain identifié à son individualité. L'effacement du moi conduit à cette communion suprême dans laquelle le fidèle ne ressent plus de distinction fondamentale entre Dieu et lui ou, comme disent très souvent les soufis, entre le Bien-Aimé et lui.
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Considérons pour l'instant que « tout-puissant » signifie en fait que rien n'est plus puissant que Dieu, rien n'a pouvoir sur lui, et si vous découvrez Dieu en vous, vous verrez que rien dans votre vie n'est plus puissant que Dieu en vous. Donc rien -- aucun danger et même aucune erreur que vous ayez pu faire -- n'a pouvoir sur cette réalité intérieure. Et vous connaîtrez vous-même cette impression de toute-puissance, ce qui ne veut pas dire que vous pourrez plier les événements à vos volontés. Vous ne pouvez même pas être tout-puissant, en ce sens-là, sur votre chien: vous l'appelez, il s'en va! Mais vous pouvez être tout-puissant en ceci qu'aucune circonstance n'a vraiment prise sur vous, ne peut vous blesser, vous enlever l'espérance, la foi, la paix. Vous ne risquez rien, vous n'avez peur de rien, les événements peuvent agresser votre âme, meurtrir votre corps, mais sur la profondeur de vous-même, aucune situation n'a vraiment pouvoir : vous vous découvrez invulnérable. Et si vous pouvez atteindre un amour inconditionnel aussi grand pour ceux qui ne vous aiment pas que pour ceux qui vous aiment, pour ceux qui vous accablent de cri- tiques que pour ceux qui vous admirent, vous devenez parfait comme votre Père céleste est parfait, même si vous êtes par ailleurs maladroit dans vos gestes, incapable de réussir un problème de mathématiques, limité dans vos compétences ou inapte aux langues étrangères.
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Comment savoir, lorsque vous agissez, si vous allez ou non dans le sens juste? Le critère que votre action vis-à- vis d'autrui est juste, c'est votre sentiment intime de détente, d'aisance, c'est votre paix du cœur, votre unification intérieure. Dès que nous ne sommes plus dans la vérité, nous ressentons une forme ou une autre de malaise. Nous n'avons pas cette impression de bonheur parfait qui peut subsister même dans des conditions difficiles. On en revient toujours à la même question : action ou réaction? Est-ce que j'agis consciemment ou compulsivement? Est-ce que je colore et déforme la situation par une perturbation émotionnelle? Suis-je unifié, réconcilié avec moi-même, ou le moteur de mon action repose-t-il sur des motivations purement égoïstes: ce que je veux ou ne veux pas, ce dont j'ai envie ou n'ai pas envie? La base du comportement juste, c'est de sentir qu'une certaine action m'incombe : voilà ce qui doit être fait, compte tenu de la totalité de la situation, de tous les paramètres, autant que je puisse le sentir aujourd'hui, et en acceptant bien entendu, de tout mon cœur, les conséquences heureuses et fâcheuses de mon action. La question du bien ou du mal n'est véritablement compréhensible qu'en fonction de la perspective de l'Ultime, celle qui affirme la relativité du monde et rappelle que le seul vrai bien vers lequel tend l'humanité, c'est cette réalisation de l'Ultime. C'est seulement à ce niveau-là que vous pouvez avoir la vraie réponse. Mais tant que vous demeurez dans le relatif, vous devez être cohérents. Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fasse, ne leur faites pas ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse. Si vous êtes en mesure, au moment où quelqu'un vous fait beaucoup de mal, de l'accepter et de ne pas lui en vouloir, cela n'implique pas que vous allez faire à votre tour du mal aux autres. Il vous suffit de savoir que le mal qu'on vous fait est en dernier ressort une bénédiction si vous le vivez consciemment puisqu'il vous fournit l'occasion d'un travail sur vous-mêmes et vous rapproche donc de Dieu. Je peux aujourd'hui en témoigner avec certitude et m'engager devant vous : si l'existence apparemment me frappe, et cela s'est produit et se produit encore au niveau des événements extérieurs, je ne le sens plus que comme une bénédiction. Ma manière de voir aujourd'hui est radicalement différente de ce qu'elle était autrefois. Mais ce « faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fasse » est toujours juste même si la compréhension de cette parole peut évoluer et s'approfondir au fil des années.
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Et pourtant, vous ne pouvez pas vous contenter d'être des machines à réagir, menées par leur aveuglement, leurs illusions, leur individualisme et leurs émotions. Par conséquent, devenez responsables, au vrai sens du mot, c'est-à-dire capables de répondre à la situation avec une grande humilité dans le relatif. La morale tient dans le terme de dharma si cher à l'Inde : le sentiment très fort, avec lequel nous nous sentons en complète harmonie, que notre dignité personnelle ne nous permet pas de vivre comme des marionnettes et rien d'autre. Ce sentiment, qui requiert votre adhésion intime, vous demande de prendre du recul par rapport à vos motivations égocentriques et de vous poser sans cesse la question, comme une prière adressée à Dieu ou à la sagesse des profondeurs de votre être : qu'est-ce qui m'est demandé à moi, qu'est-ce qui est juste pour moi aujourd'hui? Je vous affirme que, si vous adoptez vraiment cette attitude, peu à peu et de plus en plus la réponse montera de l'intérieur. Ce sera à vous ensuite d'être fidèles à cette réponse. Bien sûr, une telle approche exige de votre part un sentiment très fort de la gravité de l'enjeu. Vous ne pouvez pas solliciter Dieu à la légère, obéir à vos impulsions et ensuite décréter que le Saint-Esprit vous anime. Ne faites pas endosser à Dieu ce que vous aurez accompli sous l'emprise de votre névrose. Non, en étant honnêtes, vous sentirez très bien la différence et, dans ces conditions, vous pourrez accepter de tout votre cœur les conséquences de votre action, même si celle-ci suscite des critiques implacables ou entraîne certaines difficultés concrètes.
Chaque action que nous entreprenons engendre inévitablement des effets. Face à ces difficultés, le chrétien saura : tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Si vous préférez, tout ce qui nous arrive est un défi et une opportunité pour nous rapprocher du but. Est-ce que je me conduis en disciple du Christ? En ce qui nous concerne, c'est nous qui, à chaque instant, transformons le bien en mal ou le mal en bien selon notre manière d'appréhender les événements qui nous arrivent. C'est nous qui faisons d'une situation un enfer ou un paradis. Dans l'acceptation, toute situation se transforme en un bien qui nous fait progresser. Inversement, nous pouvons, par le mental, transformer des circonstances favorables en une cause de souffrance et de dégradation. Quelqu'un m'a trahi, est-ce le mal? Non. La situation sera ce que j'en ferai, c'est tout. Le mal ne peut venir que si je prends « mal » cette trahison.
Le seul bien absolu, c'est l'amour et la morale suprême est la soumission à la vérité.
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
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