Les formules de Swami Prajnanpad
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La vigilance me permet de voir ce qui est au lieu de vivre en aveugle. La vigilance me permet de voir ce qui est au-dehors de moi la circonstance que je rencontre, les conditions dans lesquelles je me trouve et de voir la façon dont je réagis : je vois une émotion qui se lève en moi, je vois une crainte, je vois un refus, je le vois...
Vous avez en fait deux points d'appui : le point d'appui que vous pouvez trouver en vous-même et celui que vous trouvez hors de vous-même. Ces deux points d'appui sont utilisables et tous deux se renforcent. Certains atteindront la vigilance en prenant surtout appui sur ce qui se passe en dehors d'eux-mêmes et en le vivant de façon très consciente. D'autres prendront plutôt appui sur la conscience de soi proprement dite telle qu'elle s'affine et s'approfondit dans les moments de méditation.
En ce qui concerne la vigilance en prenant appui sur soi-même, cette vigilance est active quand vous êtes conscient de ce qui se passe dans votre pensée : vous n'êtes pas absorbé par les pensées, vous êtes le témoin des pensées ; quand vous êtes conscient de ce qui se passe dans votre cœur : tiens voilà une tristesse, tiens voilà une peur, tiens voilà une impatience, et que vous n'êtes pas emporté ; et conscient de votre corps : j'ai un peu mal au dos, j'ai une certaine fatigue, j'ai envie de vomir, j'ai les muscles des épaules contractés.
La vigilance peut aussi prendre comme point d'appui les situations concrètes dans lesquelles vous vous trouvez, et c'est un point d'appui très efficace. Si vous prenez appui sur le courant de l'existence lui-même et que vous vouliez simplement vivre cette existence telle qu'elle est, consciemment, vous y arriverez. Vous arriverez à voir comment vous réagissez aux situations et c'est la vision de vos réactions qui fera grandir en vous la conscience de soi. Vous pouvez, à chaque instant, voir que vous réagissez aux événements extérieurs, que vous n'êtes pas neutre, que vous n'êtes pas un avec la réalité, que vous n'êtes pas
d'accord pour que ce qui est soit. En voyant vos réactions, en essayant de revenir à la réalité, d'adhérer à ce qui est, vous verrez que le déroulement même de la journée va vous ramener à la conscience de vous.
Le jour où vous aurez, en tant que chercheur spirituel, la conviction que vous devez être vigilant, vous le deviendrez. Si vous sentez l'importance d'une existence humaine et la gravité de perdre son existence, si vous sentez que la non-vigilance est vraiment la mort et que la vigilance est le chemin qui vous conduira au sens même de votre vie, si cette question devient vitale pour vous, vous serez vigilant, c'est certain. Vous aurez le regard sur l'extérieur et sur l'intérieur, qui est en fait la vraie méditation.
Dans cette vigilance, nous donnons vie à tout ce qui nous entoure. Nous le laissons être. À notre réel émerveillement, nous voyons que tout devient important, tout prend une valeur et, surtout, nous reconnaissons chaque élément de la manifestation ou, si vous préférez, chaque objet, dans son unicité. En vérité, si vous êtes vigilant, vous voyez tout à coup le monde entier « être ». Il n'y a plus d'appréciation de valeur qui distingue les moments intenses des moments mornes, les moments importants des moments insignifiants. Chaque instant est parfait, chaque instant est plein.
p35
« Être un avec », osons le dire, cela veut dire aimer.
Not what should be but what is.
Pas ce qui devrait être mais ce qui est.
Regardez en vous et autour de vous, partout il y a confusion, désordre, souffrance, conflit. Le Malin est à l'œuvre, parce que le déni, le « ça ne devrait pas être » est à l'œuvre : je refuse que ce qui est soit. Et c'est ce Malin ou ce mental qui vous coupe de la réalité du monde phénoménal. Si vous n'êtes même pas en relation directe avec le monde phénoménal, avec la réalité relative, comment pouvez-vous prétendre être en relation avec la Vérité absolue ?
Le principe qui doit toujours vous guider est celui-ci :
« Pas ce qui devrait être, mais ce qui est. » Et seulement ce qui est, dans le relatif, peut vous conduire à ce qui est dans l'absolu. Il n'y a pas d'autre chemin.
p53
Si un être humain est simplement mené par ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas, ses envies et ses craintes, il n'y a pas de fin à cet enchaînement des actions, des effets des actions et de la nécessité de nouvelles actions. Il n'y a là qu'aveuglement tragique, irresponsabilité, absence totale de liberté : des marionnettes mises en marche par des circonstances extérieures, essayant de parer les coups de minute en minute ou d'accomplir des desseins qui montent de la profondeur de nous-mêmes à la surface et qui nous emportent. On moissonne ce que l'on a semé, et il est impossible de briser les chaînes de causes et d'effets et d'empêcher les actions de produire leurs fruits. Chacun agira selon ses motivations personnelles égoïstes c'est-à-dire relevant de l'ego, même s'il s'agit d'actions que nous appelons altruistes et ensuite devra en porter les conséquences.
What is the justice of the situation?
Quelle est la justice de la situation?
Presque tous vos comportements sont mus non par nécessité de la situation mais par vos nécessités intérieures. Ce ne sont pas des réponses, ce sont des réactions. Même pas « impulsion » mais plutôt « compulsion » : j'y suis obligé.
Qu'est-ce qui peut vous permettre d'agir sans créer de chaînes d'actions et de réactions? C'est l'action non égoïste. « Qu'est-ce qui doit être fait ? » et non plus : « Qu'est-ce que, moi, j’ai envie de faire ? »
p107
Allow the play of the mind.
Autorisez le jeu du mental.
Swamiji m'avait proposé un exercice, le wish fulfilling gem, la pierre précieuse qui peut accomplir tous nos désirs, comme la baguette magique des contes de notre enfance. Si j'avais la baguette magique... Qu'est-ce qui monte ? Qu'est-ce que je veux ? Je ne cherche pas si c'est réalisable ou non. Je me demande en toute honnêteté ce que je veux. C'est magique, j'ai droit à tout, tout. Une demande va monter de la profondeur. Est-ce vraiment cela que je veux ? J'ai la baguette magique, je peux le réaliser, mais est-ce qu'il n'y a pas encore mieux, encore plus ? Et vous voyez une demande plus profonde qui apparaît. Swâmiji avait aussi employé l'expression « permettez complètement le jeu du mental ». Laissez faire, ouvrez grand les vannes et voyez. Vous verrez que toute pensée, toute rêverie, toute image qui monte correspond toujours à un désir ou à ce qui n'est que l'autre face du désir : une crainte. Vous allez faire un peu connaissance avec vous-même, avec un monde qui n'a pas droit de cité dans votre raison mais qui est votre vérité. Le mental superficiel n'est pas la vérité. La vérité d'un être, c'est le cœur ou la profondeur, et la plus grande partie de cette vérité du cœur ne monte jamais à la surface.
Jamais en vous cette voix ne se taira. À la surface, l'éducation, les chocs que vous avez reçus, vos échecs, ce que vous appelez votre expérience, vous ont fait renoncer à la plupart de vos demandes. Mais jamais en profondeur. Laissez monter ces désirs à la conscience et voyez comment vous vous situez par rapport à eux. Sont-ils réalisables? Est-il vraiment nécessaire que je les réalise ? Est-ce vraiment cela que je désire ?
Un grand nombre de désirs concrets s'effaceront s'ils ont reçu une certaine satisfaction et d'autres désirs s'effaceront simplement s'ils sont ramenés à la conscience au lieu d'être réprimés dans l'inconscient.
J'essaie de comprendre ce que ce désir représente dans l'ensemble de mon destin d'homme ou de femme et dans l'ensemble de mon existence actuelle. Ne partez pas dans l'accomplissement du désir comme un taureau qui fonce sur la cape rouge du matador. Tout désir doit être situé dans un contexte. Le mental isole un détail de l'ensemble et ne voit plus qu'une chose, par exemple l'objet momentané d'une certaine fascination, et tous les autres paramètres de votre existence, de votre réalité totale, passent au second plan ou sont carrément oblitérés. C'est véritablement le doigt qui cache la forêt.
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
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