Oui, chacun de nous peut se transformer
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On peut comparer notre situation à celle d'un acteur qui joue son rôle totalement, même s'il est triste ou frappé par un deuil alors qu'il doit jouer une comédie légère. Un acteur doit pouvoir interpréter parfaitement Polyeucte, Oreste ou Ruy Blas en sachant qu'au fond de lui-même il n'est aucun de ces personnages. Le sage demeure libre du rôle qu'il veut -ou plutôt doit jouer. Il ne se prend plus pour celui que les autres voient ou décrivent. Il se désengage de lui-même pour s'établir dans ce qu'on appelle parfois la «Conscience témoin », le « Non-Né », l'âtman. Il n'est ni jeune ni vieux, ni femme ni homme, ni hindou ni tibétain, il joue le rôle d'un vieux, d'un homme ou d'un Tibétain.
Le point de départ, c'est que la vague est déjà l'océan. Elle se prend pour une certaine vague, limitée, différente des autres. Dans de nombreux textes de la tradition et dans la bouche même de nombreux sages, il est proposé de consacrer sa vie à la recherche de l'océan. D'un autre point de vue, cette recherche est absurde. Cessez de chercher l'océan et vous allez découvrir que vous êtes l'océan. Si vous dites: « Je ne suis pas l'océan, il faut que je cherche l'océan », vous fabriquez vous-même une impasse. Le chemin paraît donc paradoxal. À quoi servent la décision, le courage, la persévérance, le prix personnel qu'on va payer pour mettre en pratique les instructions de son gourou, si c'est pour découvrir au terme de la quête qu'on a
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Pour exprimer cet état, les hindous emploient le mot sahaja, qui signifie « naturel ». Cela peut surprendre car nous aurions tendance, en raisonnant à partir de notre éducation et de notre culture, à croire que la réalisation du Soi est quelque chose de surnaturel. Pour l'Inde, c'est le niveau de conscience habituel qui n'est pas naturel, qui est une espèce de rêve, d'illusion, de confusion, d'erreur.
Cette ouverture à l'éternel présent nous apporte une immense liberté par rapport au passé ou au futur. La conscience ne consacre plus qu'un minimum de pensée, des pensées légères, au regret de ce qui a été. Une pensée se présente : « Cette semaine de vacances s'est parfaitement déroulée », et nous passons à une autre pensée, délestée de toute émotion, qui ne laisse pas de trace. De même pour le futur. Une vérité devient évidente: il n'y a que des situations, le mental en fait des problèmes. L'anxiété disparaît de nos existences, libérant la lucidité. Les sages orientaux citent ce proverbe anglais : « Attendez d'avoir atteint la rivière pour passer le pont ! » Pourquoi se donner du souci maintenant pour un événement qui doit se produire dans trois semaines ou qui ne se produira pas ? Et, si je meurs d'ici là, je me serai inquiété pour rien.
La prééminence de l'ici et maintenant est une idée qu'on retrouve dans toutes les traditions spirituelles. Le passé est passé, le futur est à venir. Penser lucidement, penser utilement, penser véridiquement est ce que Swâmi Prajnânpad dénommait « voir ».
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Mais je n'enseigne pas pour autant une « maîtrise » de la sérénité. Celle-ci suppose qu'il y a encore un ego maître de la sérénité. Dire: «Le sage maîtrise la sérénité », c'est encore une fois poser une dualité. Un conducteur maîtrise son véhicule, il freine, accélère, ralentit. La sérénité dont je parle ne fait plus appel à une intervention ou à une maîtrise. L'unité est atteinte. Vouloir à tout crin aider les autres relève encore de la névrose. Il existe un « complexe du sauveur ». Certains veulent sauver le monde par le socialisme, la psychanalyse ou encore le catholicisme intégriste. D'autres veulent débarrasser les hommes des fausses religions. Cette névrose du salut est un désastre. Elle cache mal sa nature de projection: j'ai besoin d'être sauvé donc j'entends sauver les autres. Tout cela relève de la psychologie et des motivations inconscientes. Je ne cherche plus à sauver mes semblables mais je constate une disponibilité, comme quelqu'un qui, dans une période de famine, disposerait de grosses réserves de nourriture dans sa cave et dirait à ses voisins: « Les portes sont ouvertes, servez-vous. »
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malédiction, c'est ne plus être condamné à la liberté, c'est faire en sorte que ce qui doit être accompli de seconde en seconde s'impose paisiblement à nous. La suprême liberté réside donc dans l'impossibilité d'un choix. Une formule en apparence paradoxale la résume: «L'esclavage complet, c'est la liberté parfaite.» Cette liberté revient à une telle communion avec la réalité que la réponse à donner ici et maintenant, dans le relatif, à une situation s'impose en toute tranquillité. Notre réponse spontanée mais limitée ne va pas sauver la planète ou l'humanité, mais elle contribue à la paix générale. Le sage peut être comparé à un acteur porté par le texte et la mise en scène, il ne s'inquiète pas de sa réplique, il connaît le rôle par cœur, il l'incarne seconde après seconde. Il pourrait en être de même pour tous, le chirurgien qui opère, le ministre qui répond aux députés. S'ils sont libérés de l'ego, ils sont portés par le mouvement de l'Univers. Il est possible de vivre unifié, complètement simple, et ce sur fond d'absolue liberté.
Mon expérience témoigne de cette « liberté par la soumission »: ma quête un jour a basculé. J'ai atteint ce que je cherchais. Je ne suis plus inquiet mais je suis disponible. Je vis simplement un état de plénitude, sans frustration ni dépendance. J'aime encore vivre, j'aime les plaisirs quotidiens de la vie, mais si un ange m'apparaissait et me disait : « Pour le temps et pour l'éternité, c'est fini », je répondrais aisément : « D'accord! »
Cet état d'unité et de paix intérieures, la vie spirituelle propose d'abord de l'étendre aux relations avec les autres. Les religions ont toujours divisé les hommes au nom du Bien ou de la Vérité. Opposition entre juifs et chrétiens, chrétiens et musulmans, entre sunnites et chiites, orthodoxes et catholiques: les hommes sont mécaniquement portés vers la division et l'incompréhension. Loin d'éviter cette division, les religions l'ont renforcée tout en se réclamant de l'unité. La spiritualité profonde, au contraire, réunit les hommes. En Inde j'ai assisté à des rencontres heureuses entre soufis et sages hindous. La spiritualité permet de mesurer la profondeur des enseignements et de comprendre que, derrière les différences, il y a une unité et une vérité. Car si quelqu'un est porté par l'amour, ce n'est pas sa vérité qui lui importe mais la communion avec l'autre. Un maître authentique ne peut qu'aimer sans exception. Qu'il ait face à lui un catholique, un musulman ou un athée ne change rien. Si chacun demeure dans l'amour, il ne peut qu'aimer.
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
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