Pour une existence consciente
p13
Emmanuel,
Votre lettre montre que vous avez décidé de vivre votre situation actuelle en disciple avec une compréhension juste.
Qu'est-ce qui demeurera de la situation elle-même dans dix ans? Changement, changement. Mais ce qui demeurera, c'est le travail de vigilance et de conscience que vous accomplissez en ce moment.
S'il y a émotion de frustration, osez vivre cette émotion, ce ressenti; plus vous l'acceptez, moins il est douloureux.
L'émotion douloureuse, la souffrance affective font intensément partie de la condition humaine. Cessons de fuir ou de nous débattre. Vivez sans peur ce que vous ressentez ici et maintenant.
Supprimez - en tout cas tentez de supprimer - la division, la « dualité », moi et mon émotion, avec l'inévitable « ça ne devrait pas être ».
En vérité, le contraire de la réaction habituelle. C'est vraiment une conversion.
Entrer en amitié avec soi-même, c'est entrer en amitié avec son émotion du moment.
Le sens le plus important de votre déchirement (que je comprends avec le cœur), c'est d'être un point d'appui particulièrement précieux pour votre progression, la grande, la vraie progression vers la liberté.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
P.-S.: Ce qui est à l'arrière-plan des actions (véracité, humilité, vigilance) est encore plus important que les actions elles-mêmes.
p37
Franck,
6 février 2007
Voilà une lettre lucide, sobre, digne d'un «jeune disciple ». Oui, pour changer, pour croître intérieurement, notre point d'appui est toujours notre vérité, notre réalité d'aujourd'hui. Tout trajet en voiture nous conduit vers une certaine destination mais les pneus adhèrent à la route centimètre après centimètre.
Il est préférable « de ne pas agir sous le coup de l'émotion » - si les circonstances le permettent. Mais, si la maison a pris feu, je n'attends pas que l'émotion se soit dissipée pour appeler les pompiers. Si j'ai quelque chose à faire, je le fais et j'économise ainsi l'énergie perdue dans les conflits intimes. Peu à peu, oui, peu à peu, « Je fais ce que je veux » fait place à « Je veux ce que je fais ». Autrement dit, je ne le fais pas à contrecœur.
Devenir père est une grande motivation pour devenir adulte.
Ton père spirituel.
Arnaud
p43
5 juillet 1999
Irène,
Votre lettre est datée du 23 juin mais je ne l'ai reçue que ce matin.
Nos quelques « problèmes » majeurs sont toujours liés. L'excès de la nourriture et la crainte de l'abandon expriment une même blessure psychique. Un travail de connexion avec cette empreinte conservée dans l'inconscient, tel les lyings, pourrait être bénéfique.
Je vous suggère de lire, dans N'essayez pas, vivez (La Table ronde) les réponses de Mr Lee à une question sur la nourriture par une femme engagée sur cette voie depuis plusieurs années (page 61).
Symboliquement comme concrètement, manger c'est remplir un vide, comme vous le dites vous-même. Dans le même ouvrage lisez aussi les pages 101 à 105.
Et souvenez-vous: le changement réel et durable commence toujours par la bienveillance avec soi-même. Il ne s'agit pas d'être la plus forte mais la plus habile.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p49
Arnaud
Fabienne,
Hauteville, le 19 janvier 1995
La description que vous faites de votre vécu actuel est éloquente. Oui, il s'agit là d'une condition heureuse mais, je vous en conjure, ne vous l'appropriez pas, ne vous en emparez pas. Pendant longtemps, notre psychisme continuera à fonctionner selon la loi de la réaction et de la réaction: the swing of the pendulum. Cherchez à vous situer dans l'axe autour duquel oscille le balancier, à la source, au centre.
Ne nous identifions ni aux états négatifs, dépressifs, ni aux états heureux ou même euphoriques. Un des maîtres-mots de la sadhana, c'est la sobriété. Il y aura encore des remous, des vicissitudes, soyez prête à leur dire oui dès le premier instant.
Vous me demandez de vous donner une consigne. Ma consigne c'est : ne vous laissez pas emporter par cet état actuel de détente et de joie. La vigilance, le recentrage, sont aussi nécessaires quand nous nous sentons bien mentalement, émotionnellement et physiquement, que quand nous sommes dans une condition négative.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p54
9 août 1999
André,
Vous décrivez très clairement votre « expérience ». Oui, celle-ci fait partie du chemin. Certains ont des moments très intenses de conscience différente, d'autres progressent régulièrement mais sans connaître d'états mystiques. Le danger connu, abondamment commenté par tous les maîtres, est de se laisser fasciner par cet aperçu d'un autre niveau de réalité au détriment de la patiente et laborieuse sadhana de purification du psychisme, de destruction du mental, de mise au jour des dynamismes inconscients, d'érosion des désirs et des peurs.
J'ai moi-même connu des états « extra-ordinaires » autrefois auprès de Mâ Anandamayî et de Kangyur Rimpoché notamment. Pour les intégrer, pour que notre éveil soit stable, il faut transformer peu à peu tout notre organisme, tout le complexe psychosomatique.
C'est avant tout en cela que consiste la Voie.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p64
Rosie,
23 novembre 1998
Souvenez-vous toujours que le « gourou » extérieur est le représentant du « gourou intérieur », la part la plus profonde de vous-même.
Cherchez votre propre sagesse en regardant avec bienveillance tout ce qui se manifeste en vous. Ce qui est vu, reconnu peut être contrôlé.
Jamais nié mais toujours maîtrisé : des actions dignes de ce nom et non pas des réactions mécaniques.
Oui, en refusant que ce qui est soit, vous refusez Dieu. D'abord accepter ensuite agir.
En communion avec vous.
Arnaud
Hubert,
Vers, le 13 janvier
J'ai lu votre lettre à mon retour du Canada où je viens d'animer une vie d'ashram pendant la période de Noël au 1 janvier et je note que vous continuez à vivre dans la même maison, Françoise et vous, ce qui en effet rend la vie plus facile et plus heureuse pour Pierre.
Je comprends très bien ce qui vous trouble et vous fait mal. Comment ne le comprendrais-je pas, alors que j'ai moi-même traversé à bien des reprises des périodes difficiles, de doutes, de découragement? Dans ces périodes, je me rattachais à des formules, comme le proverbe arabe : « L'heure la plus sombre est juste avant l'aurore » et j'avais l'impression qu'à l'heure la plus sombre succédait une heure encore plus sombre et que l'aurore ne venait jamais. Et pourtant aujourd'hui tout ceci est fini, oublié. J'ai même souhaité que le livre de Gilles Farcet2 racontant mes difficultés et l'aide que j'avais reçue soit un encouragement pour les autres à poursuivre avec espérance ce chemin de transformation personnelle.
Sur ce chemin, on érode, on use de plus en plus notre difficulté fondamentale et puis un beau jour, celle-ci s'effondre et notre vie de développe sur une base nouvelle.
Je suis heureux de savoir que vous allez vous rendre à Ardenne. Pour quelques petites réserves ou déceptions, depuis des années j'ai entendu des dizaines d'appréciations extrêmement favorables et pleines de gratitude pour Alain et Claudie Bayod à qui je conserve donc toute ma confiance.
Arnaud
p76
Catherine,
1er février 1999
Oui, il y a sur la Voie une ou plusieurs étapes vécues comme un saut, un lâcher-prise, une mort à un certain niveau. Ces termes peuvent faire peur, mais il s'agit en vérité d'un allègement, d'une détente, d'une simplification, d'une libération.
Ne laissez pas le mental penser à ce sujet, dramatiser. Sans parler même de Ramdas ou de Chandra Swami, est-ce qu'Arnaud ou Daniel ont été le moins du monde détruits par le « oui » ?
Soyez toujours habile et bienveillante avec vous-même. Il semble que le mantram du Pape actuel soit la parole de Jésus : « Ne crains rien, crois seulement. »
Au moins sur ce point, nous pouvons être d'accord avec lui. Ne craignez rien. Vous ne pouvez perdre que ce qui est en trop, ce qui limite.
Recevez ce qui vous est donné mais ne vous en emparez pas. « Dieu donne, Dieu reprend » - dans le domaine de l'avoir. Car Dieu donne l'être mais ne le reprend pas.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p76
Catherine,
19 juin 2000
Bien entendu, je vous rencontrerai en tête-à-tête lors de votre séjour de juillet. Toute phase de notre existence qui se termine est le début d'une autre. Sur la Voie nous avons toujours notre avenir devant nous. Mais, surtout, chaque instant est un instant pour être. Vous êtes déjà l'Être, la Conscience, la Vie au-delà du temps. « Beyond time, space and causation. »
Votre expression « pas l'ombre d'une discussion » est parfaite : pas d'ego. L'ego, c'est la discussion.
Souvenez-vous : « Pour l'ego, l'idéal ce serait moi sans ma souffrance. La voie c'est : la souffrance (celle du moment) sans moi. »
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p78
Anne,
26 janvier 2006
Je comprends parfaitement votre lettre. Agissez en cohérence
avec ce que vous ressentez.
Vous concluez: « J'ai le cœur ouvert pour la bonté humaine, pas pour le mépris. » Le mépris est un manque flagrant de compassion. Mais, pour nous qui sommes engagés sur la Voie, cette voie nous demande de ne pas mépriser ceux qui méprisent et de ressentir de la bonté pour eux. La compassion est un sentiment pur et qui purifie notre cœur mais ce n'est jamais de la faiblesse.
En communion avec vous.
Arnaud
*Le mépris est la manifestation d'une souffrance intime non encore dépassée.
p79
Anne,
20 mars 20
Vous connaissez ma conviction: chaque situation difficile a deux aspects: sa réalité concrète - et son rôle comme point d'appui pour notre progression sur notre chemin.
Si vous pouvez convaincre Benoît de changer, faites-le - le plus habilement possible. Et pour être habile, il faut que vous réussissiez à être en communion avec lui tel qu'il est « ici et maintenant ».
Essayez de ne pas être à moitié sa compagne. Il est en tout cas pour l'instant - ce qu'il est. Si vous le reconnaissez comme votre compagnon, accueillez-le entièrement pour ne pas être divisée vous-même.
Ceci dit, soyez vous-même, ne vous trahissez pas vous-même, avec les risques de réactions de sa part que cela comporte.
L'idée essentielle sera toujours de demeurer dans la paix du cœur, même dans le contexte d'une situation non encore résolue.
En communion avec vous.
Arnaud
p80
Josette,
4 novembre 1998
Josette,
Comme vous l'écrivez vous-même : « le tout ou rien de l'enfant ». Pas de l'adulte. Bien sûr, vous « tenez compte de votre ressenti ». En tenir compte, c'est l'éclairer par la conscience-témoin.
Philippe, tel qu'il est, est digne de votre confiance et de votre amour. Tous deux vous êtes compagnons sur la Voie. C'est ce qui vous unit le plus.
Vous n'êtes plus une novice. Voici une occasion, une opportunité pour franchir une étape décisive. Votre dignité vous demande de « choisir d'aller vers le nouveau et de ne pas succomber à la tentation du connu ».
Il n'est pas question de détruire l'ego. Celui-ci se dissout peu à peu et un sentiment intime de liberté grandit et se stabilise en vous. Libre, non dépendante.
Au tribunal, vous n'êtes plus Josette. Vous êtes la fonction que vous exercez, le rôle que vous avez à jouer. Ce n'est pas « vous » - ce n'est pas « moi » - qui demande une sanction, c'est la situation elle-même. Ce n'est pas Paul Dupont qui opère, c'est « le chirurgien ». Ce n'est pas Pierre Durand qui décide d'atterrir sur un autre aéroport que celui prévu, c'est « le commandant de bord ». Etc. Alors votre fermeté est impersonnelle.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p83
Philippe,
15 décembre 1998
Votre lettre est extrêmement lucide. « Que pour mes 40 ans j'aie vraiment quarante ans. » Soyez en paix à cet égard. Continuez à voir, voir. La vigilance est en elle-même libératrice.
Quant aux vasanas, aux désirs, aux ambitions, l'érosion (akshaya) est une stratégie à mettre en œuvre habilement et patiemment.
Si vous portez en vous (comme le cerisier porte en lui de produire des cerises) la réussite professionnelle, jouez le rôle qui vous est attribué.
Marc-Aurèle était à la fois un Sage et un Empereur. La carrière en elle-même n'est pas un asservissement. C'est la crispation dans la saisie ou dans le refus qui doit être lâchée, non l'action elle-même. Chacun son svadharma: brahmane ou maharajah.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p83
Philippe,
Ma Anandamayi a dit :
« Sustained effort ends in effortless being ».
« What has beeen gained through sustained effort is finally transcended and then spontaneity comes. »
Swâmiji m'a dit :
« 10% inspiration, 90 % perspiration. » [10 % d’inspiration, 90 % de transpiration]
Oui, une pratique est nécessaire, non pour atteindre la vérité, mais pour dissoudre l'erreur.
En communion avec vous.
Arnaud
p85
Philippe,
Voir, voir, voir l'évidente vérité : le relatif est relatif, un jeu mouvant, toujours mouvant, de relations, d'interdépendance.
Qu'est-ce qui, en nous, ne change pas? Qu'est-ce qui, en nous, est autonome, non dépendant?
Le miroir qui réfléchit tout et ne prend rien.
Tout est relatif sauf l'absolu. Et cependant « be faithful to yourself as your are situated today3 », ne niez aucune de vos ambitions. Gérez-les en ami lucide. Votre lettre en témoigne.
En communion avec vous.
Arnaud
16 août 2010
Philippe,
Je vous livre mon secret de commandant d'un navire qui a traversé des mers diversement agitées : soyez d'abord disciple (de la Vérité, de la Sagesse, au-delà d'Hauteville) et, ensuite, Directeur-Général d'un établissement public.
Non seulement le disciple, mais le directeur, en bénéficieront. Tentez la communion avec l'autre même s'il vous est inamical afin qu'il n'ait pas sur vous le pouvoir de vous arracher à votre propre « paix des profondeurs ».
En communion avec vous.
Arnaud
p90
6 mai 1999
Marie,
1. Vous savez que je suis toujours prêt à vous rencontrer et à parler avec vous en tête-à-tête.
2. Il ne s'agit pas d'être plus forte que la boulimie mais d'être plus habile. Ce principe est toujours valable et c'est d'ailleurs ce qui peut rendre la pratique si intéressante.
Plus vous serez bienveillante - oui : bienveillante avec vous-même -, plus vous gagnerez en maîtrise de soi, en fermeté amicale. Qu'est-ce qui m'est nécessaire à moi aujourd'hui ?
1) à moi, 2) aujourd'hui. J'insiste sur ces deux points. Quelle attitude, quel comportement vous donnent la paix? Et, bien sûr, la paix c'est le non-conflit.
En communion avec vous.
Arnaud
p105
Richard,
Votre lettre du 17 mai est l'expression de « voir » et non pas de « penser ». Vous avez dit vous-même ce qu'un maître pourrait vous montrer.
Mais ne dites pas « de n'être que ce que je suis ». Vous êtes ce que vous êtes - sans le « que » - et, à partir de là, vous croissez en liberté et en sagesse. Que votre Dieu soit la Vérité à tous les niveaux et vous rejoindrez votre vérité (votre réalité) intime la plus profonde.
Je suis en communion avec vous et je vous embrasse.
Arnaud
Richard,
La décision que vous avez prise est le témoignage d'un changement qui s'est opéré dans votre être même.
« C'est fini, je mets désormais mon habileté ailleurs. » Lors de nos premières rencontres nous avions tous les deux l'avenir devant nous. Aujourd'hui, le temps presse. Mettez votre habileté dans la seule activité dont les fruits puissent être éternels : le combat contre le mental, le Menteur, l'Adversaire, le seul véritable ennemi.
Où est-ce que je pense au lieu de voir ? Qu'est-ce qui donne à l'autre le pouvoir de m'imposer des émotions que je ne souhaite pas?
Et, de même qu'un culturiste a besoin de poids pour se faire des muscles, nous avons besoin de l'autre pour progresser. Et si « l'autre » n'est pas la pluie ou le beau temps mais un être humain, nous avons besoin du mental de l'autre pour démanteler le nôtre.
Le différend avec Christine est votre opportunité pour franchir encore une étape intérieure.
[...]
Je suis en communion avec vous et je vous embrasse.
Arnaud
p121
Bénédicte,
15 novembre 1991
En ce qui concerne le déménagement, ne voyez pas seulement ce que vous avez perdu, voyez quelles opportunités nouvelles peuvent se présenter et comment tirer le meilleur parti de la situation actuelle. L'existence est faite de changements, de passages par des paysages différents, jusqu'à ce que le but soit
atteint.
[...]
Ne soyez pas paresseuse, ne choisissez pas ce que l'on appelle des « solutions de facilité » mais ne vous demandez pas non plus prématurément ce qui n'est pas encore mûr aujourd'hui.
[...]
Nous ne pouvons éroder notre mental que sur le terrain concret de la relation avec les autres -- y compris les relations un peu difficiles mais qui ne sont pas nécessairement durables. Comme dit l'expression familière : « Nous ne sommes pas mariés ». Lorsqu'il y a un problème relationnel, considérez toujours que c'est votre problème. Et essayez de le comprendre non pas au travers des comportements plus ou moins anormaux de l'autre mais à travers vos émotions et vos réactions.
Ceci dit, je suis d'accord qu'entre disciples une forme de relation n'est pas juste, celle qui consiste à toujours dire à l'autre : « Tu ressens une émotion. Tu me vois à travers ton mental. Tu projettes. » Comme si, soi-même, on en était exempt.
[...]
Il n'y a pas beaucoup de victoires plus grandes que le dépassement d'une difficulté dans la relation avec un autre. Si la marche l'un vers l'autre s'accomplit des deux côtés, un jour on peut se rejoindre et ce qui était malaise devient véritable amour fraternel. Une collaboration est alors possible. Mais si nous pensons en notre âme et conscience que, même en se détendant, en acceptant complètement l'autre tel qu'il est, la collaboration doit avoir des limites, alors nous en tenons compte. C'est aussi une manière de se soumettre à la vérité.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p122
6 septembre 1999
Les moments de lucidité, de paix « d'un autre ordre » ont leur place sur la Voie. Mais vous avez vu que reviennent les nuages qui voilent de nouveau l'infini du ciel. C'est dans les moments de malaise que se remportent les victoires décisives.
[...]
Donc : vos deux expériences de liberté n'étaient pas illusoires. L'illusion commence quand l'ego se les approprie.
En communion avec vous.
Arnaud
p127
Renaud,
2 juillet 1992
Me souvenant de la relation difficile avec mon propre père, vous devinez avec quel intérêt et quelle attention j'ai lu votre dernière lettre.
Il n'y a qu'une réponse : lâchez complètement prise. Choisissez la folie du oui à ce qui est. Ne regardez plus votre père comme un fils regarde son papa mais comme un homme regarde un autre homme. C'est la seule possibilité d'établir une relation juste.
Faites ce qu'il vous demande, appelez-le « Marc » puisqu'il le souhaite. Acceptez, acceptez qu'il n'entende pas ce que vous voudrez lui dire, qu'il prenne en mauvaise part ce que vous aurez considéré comme une tentative pour établir enfin une vraie relation. Et s'il y a une chance que cette relation se transforme, cette chance ne peut être que si vous, vous acceptez à 100% l'inacceptable et l'incompréhensible.
Ayant assisté une fois à un entretien entre Swâmiji et mon père, j'ai décidé qu'il faudrait qu'un jour je sois capable de voir non plus mon père mais ce Monsieur Jacques Guérin-Desjardins avec les mêmes yeux que Swâmiji. Et j'ai fini par y arriver dans les dernières années de sa vie parmi nous.
Continuez à rencontrer votre père mais en étant prêt à tout, absolument tout.
En communion avec vous.
Arnaud
p132
Jean,
28 avril 2010
Je ne peux pas vous influencer quant aux décisions à prendre. Mais toute situation existentielle a deux aspects: la réalité (relative) concrète du moment et une étape sur votre chemin vers le lâcher-prise ultime (la plénitude du « Que ta volonté soit faite et non la mienne »).
Cherchez, dans la profondeur de vous-même, non pas « Qu'est-ce que je veux? » mais « Qu'est-ce qui m'est demandé ? » Quel est l'acte (ou l'absence d'action) qui me met intérieurement en paix ici et maintenant ?
Et cherchez aussi la vue d'ensemble qui tient compte de tous les éléments, tous les paramètres - ce que j'appelle, en ancien cinéaste, faire un zoom arrière.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p135
Françoise,
28 avril 1998
Votre compréhension est juste. Vous avez vraiment su tirer profit de notre rencontre.
Admettez complètement que des états variés et même contradictoires vont encore se succéder en vous. Oui, oui, oui. Ne décidez pas : il n'y aura plus de malaises, de tristesses, d'émotions négatives. Vous seriez perdante.
Décidez: je vivrai ces états intimes d'une manière nouvelle, sans crainte, sans refus, en les regardant pour ce qu'ils sont, impermanents. Pas de conflit, pas de division. Le oui à ce que je suis juste maintenant permet que se dégage, se désengage la Conscience non affectée, la « conscience témoin ».
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p142
Patrice,
La « condition sine qua non pour sortir de l'état de rêve », c'est que celui-ci nous soit devenu insupportable, intolérable. Et que nous reconnaissions la vanité, l'inanité de toutes les acrobaties de notre mental.
La Voie, la vraie Voie, commence toujours par une capitulation, un immense « au secours » intérieur, absolument nécessaire.
Tout le reste n'a de valeur que comme préparatoire. C'est un lent, graduel, chaotique éveil de nos rêves et de nos tricheries qui nous prépare à mourir (à ce niveau dérisoire) pour vivre dans la vérité. Nous sommes tous, disciples en chemin, passés par là tôt ou tard.
En Orient tout se marchande... sauf l'Éveil. Et l'Éveil n'est jamais en solde. Mais Dieu est infiniment patient.
En communion avec vous.
Arnaud
Patrice,
« Oubliez les « chimères», oubliez même les idées métaphysiques (même véridiques) mais n'oubliez pas de chercher en vous-même ce que nous (vous, moi) avons d'abord trouvé dans les livres.
Vous êtes, la vie vous anime, elle respire en vous, c'est l'évidence.
« Qu'est-ce que je suis vraiment, essentiellement ? » est la question la plus concrète et la plus réaliste qui soit.
En communion avec vous.
Arnaud
p146
Sylvette,
16 mars 1993
Oui : « comme nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. » Nous déchirons nos créances, tout ce que l'existence et les autres nous doivent. Fini. Alors nous sommes libres. Oui. à ce qui a été.
Chacun est unique, différent, mais est animé par la même vie. Nous avons tous notre fondement en Dieu. Toutes les formes sont singulières mais leur source est unique. Cette source s'exprime dans le changement, donc le temps, mais elle est intemporelle, « nitya » = éternelle.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p150
Anne-Marie,
20 juillet 1998
Oui, être disciple sur la voie c'est se laisser secouer par celui qui nous enseigne, lui donner sa chance de faire des brèches dans la mécanicité du mental.
L'ego, c'est l'égocentrisme : surimposer mon monde sur le monde. Si le monde était vraiment bien fait, il répondrait toujours à mon attente. Et le mental, c'est la sottise de cet ego, son irréalisme.
La voie commence (et se poursuit) avec l'ego, ou un ego qui a pour seul but l'éveil, donc qui s'ouvre à l'enseignement... et s'en souvient. Exemple: un état de fatigue. L'ego ordinaire le refuse (ça ne devrait pas être, ça devrait être autrement). Dualité, deux; moi -- et ma fatigue.
Moi, ma fatigue -- et l'enseignement. Le « Grand Troisième » de Dürckheim→ acceptation, être un (non-deux) avec la fatigue. Activement passif, attentivement passif → la paix ici et maintenant.
En communion avec vous.
Arnaud
p158
Anaïs,
18 avril 2001
Votre premier dharma n'est pas de venir en aide à votre mère, à votre beau-père, à votre frère, à votre sœur, à Céline ou à Sophie - mais de prendre soin de vous. « Charité (amour) bien ordonnée commence par soi-même. »
Soyez intelligemment égoïste - et l'Univers entier en bénéficiera.
Pour le bien de votre fils veillez au bien de sa mère.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p160
Anaïs,
20 juillet 2004
Oui, la relation entre Julien et vous traverse une crise dont, aujourd'hui, vous ne connaissez pas l'issue avec certitude, Essayez de ne pas être esclave et complice des pensées faussement réalistes et inutiles.
Mettez toute votre espérance dans la Voie. La pratique d'aujourd'hui prépare la qualité de demain.
Puisse votre souffrance actuelle être le point d'appui d'un vrai grand changement intérieur.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Anaïs,
26 avril 2005
J'ai lu votre lettre datée du 4.04 à mon retour du Québec. Ayez confiance en vos capacités de disciple sur la Voie, soyez fidèle à vous-même et agissez toujours selon la noblesse qui est en vous.
Et sentez-moi proche de vous sur votre voie. Oui, je suis en communion avec vous.
Arnaud
p161
3 octobre 2005
Anaïs,
20 novembre 2004
Le moment est venu pour vous de centrer votre sadhana sur l'essentiel, l'essentiel au cœur même du concret de l'instant.
Vous avez vu, expérimenté que le monde phénoménal ne correspondra jamais, comme nous le voudrions, à votre attente Sur quoi pouvez-vous compter? Revenez le plus souvent possible à la conscience-témoin impartiale, conscience non affectée de tous vos états intérieurs.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p164
3 avril 2011
Anaïs,
Le lâcher-prise qui nous fait basculer d'un niveau de fonctionnement égocentrique à la soumission (« complete slavery is perfect freedom ») se prépare avec une patience qui est déjà un lâcher-prise.
De 90% pour moi et 10 % pour Dieu, vous « soumettez » un pourcentage de plus en plus grand de votre existence. Vous voyez que, dans un domaine, vous pouvez être 100% unifiée dans le « Que ta volonté soit faite et non la mienne » et que dans un autre vous ne pouvez pas encore. Ne vous brusquez pas - au contraire.
« Akshaya » (vasanakshaya) signifie érosion et non pas destruction totale d'un seul coup.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p166
Anaïs,
29 mai 2011
Votre lettre si directe, si sincère appelle une réponse approfondie.
Je vous propose de vous rencontrer en tête à tête, une fois, deux fois s'il le faut, la prochaine fois que vous reviendrez à Hauteville.
Une véritable sadhana implique de grands remous intérieurs, La nouvelle naissance est toujours précédée par « le grand doute » et « la grande mort » pour reprendre les termes du zen.
L'ancien meurt pour faire place au nouveau. L'expression « destruction du mental » est éloquente. Revenez, en confiance mais inlassablement, à la question : « En quoi mon propre mental est-il encore susceptible de me leurrer? » Laissez l'appel intérieur au lâcher-prise grandir en vous. Une certaine mort à nous-même est à la fois une capitulation, une reddition, et notre plus grande victoire - ou la grande victoire de Dieu en nous.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p169
Jacqueline,
12 juillet 2005
C'est votre pratique intérieure d'instant en instant qui produira les fruits extérieurs. Certes, envisager paisiblement les possibilités concrètes a son importance. Mais votre avenir dépend de votre propre évolution intime. Redoublez d'intensité dans le « oui, c'est », la démarche de base, et la loi d'attraction vous fera rencontrer ce qui vous correspond.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Jacqueline,
[...]
« Voyez » - c'est le maître-mot de Swâmiji. Voyez. Les réponses sont dans les situations elles-mêmes pourvu qu'on accueille tous les éléments, tous les paramètres de chaque situation.
En communion avec vous.
Arnaud
p176
Mélanie,
30 mai 1998
Tous les êtres humains - y compris un lama tibétain, un moine zen, un yogi hindou, etc. - ont été marqués par leur enfance et portent en eux des empreintes (samskaras) et des propensions (vasanas) plus ou moins enfouies, subconscientes ou inconscientes.
Or tous n'ont pas fait ou ne font pas des thérapies ou des analyses selon les techniques modernes. Ce qui ne les empêche pas de progresser sur le chemin de la sagesse. Le « lying » peut aider, mais ce n'est pas une nécessité impérative.
[...]
Revenir au passé (anamnèse) se justifie en fonction du présent :
- regard serein sur ce qui se passe en nous en ce moment-même
- ne pas se laisser troubler par le constat d'un trouble
- la conscience non affectée ne se dégage que par l'acceptation (être un avec son émotion et non plus emporté par celle-ci)
- la paix par le non-conflit avec ce qui est.
En communion avec vous.
Arnaud
p183
Karim,
21 janvier 2004
Je comprends ce que vous vivez et ressentez. En dehors de ses nécessités propres, toute situation est une opportunité pour revenir, et revenir sans cesse, au « ici et maintenant, pas ce qui devrait être mais ce qui est ».
Voilà ce que je désire, ce que je souhaite, ce que je tente, mais la réalité est ce qu'elle est, instant après instant. Si je veux le bienvenu, le plaisant, le favorable, d'accord. Mais je suis beau joueur et je prends aussi le fâcheux, le contrariant, le difficile.
Alors, dans cet accueil total de tous les éléments de la situation, rien n'est nié, rien en nous n'est brimé. Et nous sentons, comme une sorte de « résultante des forces », ce qui est, dans le relatif, juste pour nous aujourd'hui.
Soumission à la volonté de Dieu, oui, mais Dieu est intelligent et bon psychologue. Il nous conduit vers la paix et la liberté. Cette volonté de Dieu n'est jamais à notre détriment mais elle nous demande d'élargir toujours plus notre égocentrisme.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p185
Audrey,
Vers, le 30 octobre 1990
Je suis 100% d'accord pour ce que vous souhaitez. En employant l'expression: « Mon essence féminine », vous touchez, en effet, à un point clé qui a toujours été à l'arrière-plan de mon esprit lors de nos rencontres - je dois dire : comme c'est généralement le cas quand je rencontre une femme encore jeune.
Certaines femmes sont parfois surprises que je fasse des réflexions sur leur coiffure, la manière dont elles s'habillent, leur maquillage. Tout a sa place sur le chemin, la surface comme la pro- fondeur. Non seulement il ne s'agira jamais de nier la femme que vous êtes, mais, au contraire, de libérer et d'émanciper celle-ci.
À une question qui m'était posée dans la « grande salle » : Qu'est-ce qu'un homme véritable? (au sens de : un mâle), j'ai répondu : « Un homme véritable, c'est celui qui a osé laisser complètement s'épanouir les valeurs féminines en lui. » Donc, qui n'a jamais essayé de jouer stérilement « au dur » pour faire viril. De même, une femme ne peut vraiment épanouir les valeurs masculines qu'elle porte en elle que si elle accepte complètement sa féminité. Et cette féminité, toutes les femmes la ressentent par rapport à l'homme au singulier, aux hommes au pluriel et à tel et tel homme particulier. Ce sont des thèmes centraux sur la voie - même si la conscience ultime, elle, n'est ni homme ni femme. Je suis et serai toujours disponible pour vous. Et je ferai en sorte d'adapter cette disponibilité à vos nécessités professionnelles autant que cela me sera possible.
En communion avec vous.
P186
Audrey,
[...]
Vers, le 25 juillet 1991
En ce qui concerne votre sadhana, Véronique m'a montré votre lettre. Il est tout à fait vrai que je vous ai dit, il y a quelques années : il faut mettre un terme aux lyings et décider que l'essentiel de la sadhana sera dans la tentative de faire face à l'instant, ici et maintenant. Mais je n'exclus pas que, ponctuellement, quand on en sent la nécessité, on puisse reprendre 8 jours ou 15 jours de lyings pour laisser s'exprimer complètement un malaise qui ne se dissipe pas et que l'on a assez bien cerné.
Je vous ai aussi fait une promesse, Audrey, c'est que je serai toujours disponible pour vous. Et je répondrai oui chaque fois que vous demanderez de l'aide quelles que soient les circonstances dans lesquelles je puisse être inséré.
Je crois de toutes mes forces au chemin que je propose. Je me souviens que pendant des années, à ma sortie du sana, je me suis débattu dans toutes les difficultés : difficultés de santé, difficultés amoureuses, difficultés professionnelles, que j'ai tenu bon à travers bien des moments de découragement et que mon existence a complètement changé. Et je n'avais pas de qualifications tellement extraordinaires contrairement à Swâmiji lui-même, par exemple.
Donc je dis que l'espérance et la persévérance attirent la réponse. Mais il y a, évidemment, une mise en pratique nécessaire et la voie que Swâmiji nous propose c'est : où est-ce que, moi, je peux me tromper? Où est-ce que, moi, je peux être dans l'illusion - dans l'illusion sur moi-même et dans l'illusion sur le monde qui m'entoure?
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p194
6 mars 2000
Étienne,
Le fait de voir est en lui-même libérateur. Voir lucidement, objectivement, la vérité (quelle qu'elle soit), rien que la vérité, toute la vérité.
Voir avec bienveillance. Accueillez en adulte votre propre infantilisme. L'aube de la liberté, c'est la vision sereine de notre non-liberté.
L'Orangerie est un lieu pour la récréation mais aussi pour la pratique, et notamment la connaissance de soi. Oui, souvenez-vous des mots de Léon Zitrone. Seul Dieu peut vous reconnaître toujours, tout de suite, absolument.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p195
Étienne,
20 juin 2003
Votre lettre datée du 12 me parvient ce matin. Elle témoigne d'une mise en pratique juste.
Vous êtes reconnu, 100% reconnu, toujours, par la Réalité Ultime, par ce « Dieu » en qui vous avez l'être et la vie. Cherchez, cherchez au-dedans de vous ce que nous avons tous si longtemps cherché au-dehors.
Cherchez et vous trouverez.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p199
Thierry,
Arnaud
Vers, le 17 février 1994
Votre lettre du 14 février me donne l'opportunité d'attirer votre attention sur deux points:
Vous écrivez : « Si Jean-Louis décidait... Et notamment s'il ressentait... ». Que puis-je vous répondre à partir d'un « si » ? Le point est : avez-vous parlé nettement, clairement à Jean-Louis de ce que vous envisagez ? Et celui-ci vous a-t-il nettement et clairement donné une réponse positive? Sinon votre projet relève plus des pensées que de la vision.
D'autre part, vous écrivez lucidement : « Je suis conscient du fait qu'il y a de l'infantilisme, du mental et de l'ego dans ce souhait » et que vous le ressentez « comme un besoin, une aspiration, une nécessité vitale ». Ceci vous implique vous et non pas les personnes avec qui vous pourriez être en relation. Moins l'on a besoin de donner, plus on est en mesure de répondre aux demandes des autres.
p209
Delphine,
Vers, le 5 février 1990
J'ai lu avec grand intérêt votre longue lettre qui est tout à fait claire et qui dit bien l'essentiel de ce qui me permet de suivre votre cheminement et de comprendre ce qui vous a amené à votre situation d'aujourd'hui.
[...]
La Paix véritable ne se trouve que dans l'indépendance et l'autonomie et ce n'est qu'en nous-même - tous les sages l'ont dit - que nous pouvons enfin trouver ce que nous avons cherché si longtemps au-dehors. À partir de là, la relation avec le dehors devient vivante, riche, sous toutes ses modalités.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p211
Je connais bien, depuis longtemps, la sincérité de Maurice, son sens religieux, sa nostalgie de spiritualité mais je connais les conditions difficiles et douloureuses de son enfance et je sais que demeure encore en lui, aujourd'hui, un enfant qui a besoin de demander et de recevoir et pour qui entendre la demande et donner demeure toujours difficile. Non pas que Maurice ne soit pas généreux mais parce que ses propres frustrations pleurent encore en lui. Ceci dit, quand je vous écris à vous, je n'écris pas à Maurice et quand je vous écris à vous, ce n'est pas la libération de Maurice qui m'importe mais la vôtre. Et pour le moment, entendez « libération » comme paix, sérénité non dépendante et possibilité d'aimer, d'aimer sans cesse, d'aimer toujours, d'aimer d'une manière qui devienne un jour absolue.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
Delphine,
Vers, le 29 octobre 1990
Une fois encore, je suis amené à vous dire que votre lettre est extrêmement claire et lucide.
Vous avez bien vu un point important, c'est que l'émotion découle des pensées - la pensée fondamentale étant : cela ne devrait pas être. Plus de pensée, plus d'émotion. Maintenant quand l'émotion est née, il nous est toujours possible d'être plus conscient des pensées qui émanent de cette émotion et de nous souvenir que, du fait même de l'émotion, elles ne peuvent pas correspondre à la vérité. On ne peut pas, à la fois, être tant soit peu ému et voir la réalité telle qu'elle est.
Un des « oui » les plus précieux à dire, c'est le oui à l'état de fatigue. Si nous pouvons accepter à 100% que notre organisme nous trahit, que notre corps nous lâche, nous faisons l'expérience de la conscience absolument libre. Mais pour cela, il faut effet que notre adhésion soit à 100%, pas à 99%.
Vivez au jour le jour. Nous ne savons pas comment vous serez située dans deux ans ni comment Maurice le sera. Nous ne savons même pas quels sont les évènements qui vont secouer la planète d'ici là. À chaque jour suffit sa peine.
[...]
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p213
Delphine,
[...]
Vers, le 26 février 1991
Je veux vous dire que - une fois encore - votre lettre est aussi claire, cohérente, que l'on peut l'attendre d'un disciple.
De toutes les souffrances, dites-vous : C'est mon karma. C'est à moi que cela arrive, c'est cela qu'il m'est demandé d'accepter et de dépasser et non pas les épreuves d'un autre. Oui, accepter et dépasser. Accepter pour dépasser et pour s'établir peu à peu dans cette liberté intérieure et cette paix qui représentent la première manière concrète d'envisager le chemin et d'envisager son propre but.
Je ne reprends pas les différents points de votre lettre parce qu'ils sont tous véridiques et très lucides.
[...]
On ne peut se consacrer aux autres que quand, fondamentalement, on ressent : j'ai fait ce que j'avais à faire, j'ai reçu ce que j'avais à recevoir, j'ai donné ce que j'avais à donner - point sur lequel insistait Swâmiji. En attendant, on peut évidemment partager ce que l'on a compris et assimilé, ce que l'on ne peut pas ne pas mettre en pratique soi-même mais cette aide demeurera forcément limitée.
Que vous soyez physiquement près ou loin de Font d'Isière, la réalité demeure la réalité, la vérité demeure la vérité, l'atman demeure l'atman et la réalité lumineuse vous attend au cœur de vous-même où que vous soyez.
En communion avec vous.
Arnaud
p228
Christine,
Vers, le 4 août 1988
J'ai lu votre lettre et je comprends votre désarroi. [...]
Plus important que tout, interdisez-vous de projeter le passé sur le futur. Vous avez eu des échecs en matière de relations avec les hommes mais, si vous grandissez intérieurement, la situation changera complètement. Par ma propre expérience, j'ai su ce que c'est que de réussir dans des domaines où l'on avait pendant si longtemps toujours échoué. Ce qui a été vrai pour moi sera vrai pour vous.
Je suis en communion avec vous.
Arnaud
p231
Christine,
26 juin 1994
L'attirance mutuelle (qui peut aller jusqu'à ce que Swâmiji appelait la fascination) est différente de l'amour calme, serein, fondé sur la confiance et la facilité de la relation mutuelle. Souvenez-vous des cinq critères de Swâmiji, ils sont si vrais dans leur simplicité.
La vie de couple a pour fonction d'être une aide dans l'existence et, tout simplement, d'être l'élément heureux de notre vie. Pourquoi tant de relations fondées sur le doute, l'émotion, l'agitation, la division - en un mot une forme ou une autre de souffrance et de frustration ? Où la pensée intervient-elle pour fausser la vision de la vérité?
Cherchez à être heureuse, naturellement heureuse. Cela n'a rien d'égoïste. Plus vous saurez trouver vous-même la paix et la plénitude, plus vous serez disponible pour diminuer la souffrance des autres autour de vous.
Je vous souhaite un compagnon adulte, unifié, solide, capable d'amour non égoïste. C'est à vous de voir en toute lucidité dans quelle mesure tel ou tel homme peut jouer ce rôle auprès de vous.
Bien sûr, je comprends que vous vouliez aider quelqu'un avec qui vous vous sentez des affinités. Et vous savez que si jamais
[petites notes]
Les cinq critères de Swâmi Prajnânpad qui sont les fondations d'un couple réussi :
- feeling of companionship, le sentiment d'être des compagnons.
- at easeness, aisance dans la relation.
- complete trust and confidence, une foi et une confiance complètes.
- two natures which are not too different, deux natures qui ne soient pas trop différentes.
- strong impulse to make the other happy, forte impulsion à rendre l'autre heureux.
Pour explorer ce sujet, voir le livre d'Arnaud Desjardins, Pour une vie réussie, un amour réussi, éditions de La Table Ronde.
p234
Christine,
Hauteville, le 27 juin 1996
Je trouve votre lettre à mon retour du Québec, juste avant l'Assemblée Générale, et je ne peux vous répondre que brièvement.
Vous connaissez la phrase de Swâmiji : « To be free, is to be free from father and mother". » C'est une longue entreprise. La vraie liberté dans ce domaine est un retournement complet de la situation, c'est-à-dire la capacité de voir notre père et notre mère non plus comme la suite du papa et de la maman d'autrefois mais comme un être humain avec son passé, ses propres souffrances, ses propres blessures mal cicatrisées, son inconscient, son mental. C'est le but. Et je sais combien d'années il m'a fallu pour accomplir cela à l'égard de mon propre père.
Quel que soit le comportement que vous décidiez d'avoir par rapport à votre mère, que ce comportement soit le plus lucide possible, c'est-à-dire essayez vraiment, consciemment, de prévoir toutes les conséquences prévisibles de vos attitudes, afin que (pour employer un vocabulaire que vous connaissez bien) votre action soit vraiment une action et pas une réaction. Que vous vouliez prendre une distance, je le comprends parfaitement. Mais il y a différentes manières de présenter cette décision à votre mère. La fermeté peut être juste, la dureté ne l'est jamais.
En communion avec vous.
Arnaud
p241
Marielle,
10 avril 2000
La sensation de vitalité dans l'enracinement (le « centre vital dans l'abdomen ») fait contrepoids à l'hégémonie de la tête et des pensées. (Je ne sais pas si vous avez lu le livre Hara de Dürckeim, consacré à ce thème). Vous êtes à la fois corps, cœur et intellect.
Je vous rencontrerai en mai. Vous pouvez en effet envisager les lyings. Un livre va paraître début juin sur ce sujet (œuvre collective) qui vous aidera à situer ceux-ci dans l'ensemble d'une stratégie de transformation.
Je suis en communion avec vous. À bientôt.
Arnaud
p251
Aline,
1er janvier 2009
Je trouve votre lettre après quelques jours loin d'Hauteville. Bien sûr, il y a une peur en nous : peur du changement, peur du non-connu. Mais je vous promets que cette peur peut être dépassée. Il faut commencer par l'apprivoiser donc : « N'ayez pas peur de votre peur. » Reconnaissez-la, ne la refusez pas, n'entrez pas en conflit avec elle, rassurez-la.
La voie proposée par Swamiji est une voie progressive, non violente. La peur elle-même est une émotion parmi d'autres lorsqu'elle se manifeste. C'est donc un phénomène à la surface de la conscience.
Sous la surface, la profondeur, la vraie nature de l'esprit, la réalité divine « en laquelle nous avons l'être, le mouvement et la vie » (Saint Paul), votre vraie nature-de-Bouddha.
Je suis en communion avec vous.
Aline,
Il est vrai que je ne peux plus entretenir de correspondance. Mais je vous dis ceci : n'envisagez pas seulement l'accomplissement spirituel que vous souhaitez atteindre, voyez aussi les symptômes de non-sagesse dont vous voulez guérir: peurs, anxiétés, jalousies, manques d'amour, etc.
« Veux-tu guérir? » est la question simple et décisive que pose Jésus à un paralytique.
Je suis en communion avec vous.
p256
Pierre,
26 mars 1999
Pierre,
L'amour dans le couple est au cœur du choix : être ou avoir. En Inde, j'ai entendu : « On ne se marie pas par amour, on se marie pour aimer. »
Avant tout : la vérité, la simplicité de la vérité. « Être attiré » et « aimer » sont différents. Si la vérité est que je suis attiré, je le vois et je le reconnais. Dans la rencontre avec une femme, est-ce une attirance réciproque ou un amour véritable?
« Voyez. Voyez vos attentes. Voyez si l'autre y répond ou non. Le « chemin de la sagesse » c'est l'existence elle-même, avec les deux grandes lois de la différence (l'autre est un autre) et du changement. La dualité consciemment vécue conduit à la non-dualité, à la communion, à l'effacement progressif et naturel de l'égocentrisme.
En communion avec vous.
Arnaud
Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.
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