Zen et Védanta

(deuxième lecture)

p18

si vous n'avez pas résolu la question de votre relation avec le monde manifesté, si vous n'avez pas découvert le secret de ce monde manifesté, l'essence derrière l'apparence, vous vous fatiguerez en vain à pacifier votre esprit. Vos méditations seront des méditations non pas de détente mais d'effort: je m'épuise à rester immobile, à ne pas bouger, à pacifier mon esprit, autrement dit à faire silence au milieu du vacarme.

Certains disent: « Cherchez directement la Réalité ultime et quand vous aurez découvert cette "vie éternelle", le monde entier perdra sa fascination pour vous. » L'approche pratique est inverse: quand le monde phénoménal aura perdu sa fascination pour vous, vous serez mûr pour l'illumination intérieure. Quand tous les désirs sont tombés, le Soi se révèle, exactement comme les fruits se détachent de l'arbre quand ils sont parvenus à maturité.

p30-31

Vous ne pouvez pas faire l'économie de ce que Seng-Ts'an nomme si justement la profonde signification des choses, des choses que vous aimez, des choses que vous n'aimez pas, des choses qui vous fascinent, des choses qui vous font horreur. Ce que vous niez ou refusez tant soit peu garde son pouvoir sur vous. Vous renforcez ce à quoi vous résistez, ce que vous tentez de nier.

Si vous vous arrachez au phénomène, c'est-à-dire si vous refusez ce qui ne vous convient pas, y compris en utilisant des techniques de méditation, de concentration, ou des exercices de respiration car la respiration permet techniquement d'arrêter l'engrenage des pensées - le phénomène vous engloutit. Plus je refuse ce monde limité, soumis au temps et à l'espace, plus je suis emporté malgré moi.

Le mot « Vide» pour les taoïstes ou les bouddhistes est un terme qui revêt un sens aussi fort que l'expression «Royaume des Cieux » pour les chrétiens. Il tente, parmi bien d'autres, de pointer vers la Réalité Suprême, le «non-né, non-fait, non-devenu, non-composé». Comprenons-le d'abord comme « vidé de », vidé de tout ce qui est en trop. Quand le vent a emporté les nuages, l'immensité de l'espace et la lumière du soleil se dévoilent dans toute leur splendeur. Ce vide (shunyam) est plénitude (purnam).

P37

On distingue souvent l'apparence et l'essence. Nous pouvons dire aussi la surface et la profondeur, la périphérie et le centre. De chaque manifestation, de chaque phénomène, en nous et hors de nous, nous pouvons chercher la source, la racine, l'essence - l'essence ultime, l'essence de l'essence si je puis m'exprimer ainsi, étant le Soi, l'atman, la nature-de-Bouddha. Si vous vous contentez de la sur-face, vous n'obtiendrez jamais la profonde compréhension des choses. Derrière manifesté, il y a un non-manifesté et c'est ce non-manifesté qui est réel. tout

Swami Prajnanpad disait aussi: « Deal with the cause, not with the effect», occupez-vous de la cause, pas de l'effet. C'est un principe qui s'applique à tous les niveaux, y compris dans les relations humaines. Trop souvent, nous ne traitons avec les autres que de surface à surface. Nous croyons nous comprendre mais nous ne nous comprenons pas parce que

nous réagissons au comportement de l'autre, à ce qu'il dit, à ce qu'il fait, à ce qu'il manifeste au dehors, sans nous préoccuper de ce qui se cache derrière l'apparence. L'autre, de son côté, en fait autant avec nous, ce qui aboutit au dialogue de sourds parce que personne ne s'intéresse à la cause latente dont le comporte-ment n'est qu'un effet. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne l'éducation des enfants: un enfant capricieux, difficile, agressif est avant tout un enfant malheureux dont les besoins profonds n'ont pas été entendus et pris en considération.

Dans notre ashram du Bost, en Auvergne, nous faisions chaque semaine une réunion intime, en petit groupe, où la règle du jeu était d'apporter un ou plusieurs échantillons d'incidents qui s'étaient produits pendant le séjour à l'ashram. Il n'était pas nécessaire que l'incident soit important, il suffisait d'un léger entre deux personnes ou d'une différend

incompréhension qui pouvait paraître sans importance. En laissant chacun des interlocuteurs s'exprimer librement sur ce qu'il avait vécu, il apparaissait très clairement à chaque fois que le comportement extérieur d'une personne avait une source cachée plus profonde qui avait complètement échappé à l'autre personne et, le plus souvent, au sujet impliqué lui-même. Et cette source cachée était en fait toujours une souffrance. Il devenait patent que les conflits de surface n'étaient que l'expression d'une frustration.

Dans un premier temps, quand nous sommes en contact avec le comportement extérieur de quelqu'un, au lieu de tout de suite juger, tentons d'être en communion avec la surface, quoi que l'autre puisse dire, quelles que soient l'expression de son visage, la vibration de sa voix, l'absurdité scandaleuse à nos des mots qu'il prononce. Cherchons plus profond, allons plus profond, de l'apparence à l'essence, nous ne risquons jamais de nous tromper en tentant cette approche nouvelle.

Retournez à la racine, vous obtiendrez le sens; courez après les apparences, vous vous éloignerez du principe. La réalité unique se manifeste sous forme d'apparences multiples. Si vous vous contentez de la surface des phénomènes, de la surface des êtres, c'est-à-dire de leurs réactions, et si vous n'êtes pas un avec l'apparence afin que celle-ci soit la porte ouverte vers l'essence, vous tournez le dos au principe fonda-mental de la réalité unique. Et quand vous commencerez à découvrir la profondeur derrière ces apparences, vous verrez qu'il y a des essences de plus en plus profondes. La Réalité ultime est neutre, réconciliant le positif et le négatif. La réalité relative en est l'expression multiple et changeante et nous pouvons en faire l'expérience à condition que nous la considérions comme neutre.

Si, pour un bref instant, nous retournons notre regard introspectivement, nous dépasserons le vide des choses de ce monde. Revoici la même idée: même la découverte du vide qui est relativement accessible à ceux qui méditent plusieurs heures par jour parce qu'ils ont rejoint un monastère et parce que le contexte s'y prête même la découverte de ce vide, de ce silence, ne doit pas nous arrêter en chemin jusqu'à ce que nous ayons fait la vraie découverte, à savoir qu'il n'y a pas de différence irréductible entre le vide et la forme. Selon la parole célèbre du mabayana: le samsara est le nirvana, le nirvana est le samsara, le silence est le bruit, l'immobilité est le mouvement... Nous dépasserons le vide des choses de ce monde, c'est-à-dire nous irons plus loin que la vision ou la réalisation de la vacuité. Nous atteindrons la suprême non-contradiction.

P45

[...] qui partent en Inde dans la chaleur en quête de vérité mais qui ne mettent pas en cause leurs vues fausses et qui, année après année, continuent à ne pas « voir » leur propre femme, leurs propres enfants ou leurs propres parents, à « penser » au lieu de « voir ». Un jour où j'utilisais devant Swami Praj-nanpad l'expression très connue en Inde seeker of truth, chercheur de vérité, Swamiji m'a interrompu: « Nonsense! Don't be a seeker of truth, Arnaud. Be a seeker of untruth », ne soyez pas un chercheur de vérité, soyez un chercheur de la non-vérité. Une fois que vous aurez vraiment découvert une non-vérité, celle-ci disparaîtra sous vos yeux, cédant la place à la vérité sous-jacente. Si, ayant aperçu de loin, au crépuscule en Inde, un morceau de corde, je l'ai pris pour un serpent, je peux toujours chercher la vérité: tant que je «  saurais » qu'il y a un serpent, je ne découvrirai pas la corde..

P50

La dualité existe en raison de l'unité. S'il n'y avait pas l'océan, il n'y aurait pas de vagues. Vous pouvez concevoir un océan sans vagues mais non des vagues sans océan. Ne vous attachez pas à l'océan comme différent des vagues, opposé aux vagues. Ne vous attachez pas à cette unité. Ce texte s'adresse à des moines qui ont l'habitude de rester plusieurs heures en méditation et une propension naturelle à l'intériorisation. Mais cette mise en garde ne concerne pas seulement les méditants assidus qui courent le risque de s'attacher à l'unité. Elle concerne tous ceux qui rêvent du Un par peur du multiple, qui n'ont pas « réglé leurs comptes » avec ce multiple.

Quand l'esprit s'unifie... L'esprit s'unifie quand il n'y a plus coupure entre le conscient et l'inconscient, quand les tendances contradictoires qui nous composent ne tirent plus à hue et à dia mais surtout quand nous cessons d'être ballottés entre l'attraction et la répulsion, quand nous pouvons être le témoin non affecté de la multiplicité des états d'âme qui se succèdent en nous. L'unification de l'esprit n'existe qu'au centre, dans l'axe du balancier qui n'est plus soumis aux oscillations du « j'aime», « je n'aime pas». Quand l'esprit s'unifie sans s'attacher à l'un, c'est-à-dire sans cette obsession du silence et de la sérénité contre les difficultés de l'existence, les dix mille choses sont inoffensives. Les dix mille choses signifient bien sûr la multiplicité. Il n'est pas écrit: les dix mille choses disparaissent - ce qui correspondrait à l'état de samadhi ordinaire mais les dix mille choses sont inoffensives: elles ne peuvent plus nous faire souffrir, elles n'ont plus de pouvoir sur nous y compris ce que nous appelons les épreuves ou les tragédies. Dieu sait avec quelle sérénité un maître tibétain comme Kangyur Rinpoché, réfugié en Inde, pu vivre dans la misère pendant plusieurs Années sans en être affecté.

P56

Le védanta nous enseigne l’importance sur la voie de ce que nous appelons la position du « témoin » ou « conscience témoin » qui consiste à considérer une émotion, une pensée, une angoisse comme un phénomène que nous pouvons voir et reconnaître au lieu d'être complètement «pris » par lui. Mais même cette distinction du sujet et de l'objet («je suis le sujet qui voit les objets»), qui a d'abord sa place sur le chemin, doit être transcendée jusqu'à ce que la réalité apparaisse vraiment comme une. Le but est de dépasser toutes les dualités, y compris la perception erronée qui nous fait distinguer l'océan et les vagues, le silence et les bruits, l'immobilité et le mouvement. Non: l'océan-vagues au singulier, un seul mot pour les deux, une seule réalité. Le sage a dépassé la conscience duelle limitée, il ne se perçoit plus comme séparé du reste du monde. «Le sage a pour corps l'univers entier. »

p62

Comprendre signifie inclure. Dépasser l'étroitesse, la mesquinerie, devenez toujours plus vaste, jusqu'à contenir l'univers entier dans votre cœur, dans votre amour, dans votre propre « Soi» (atman).

En elle, rien n'est facile, rien n'est difficile Dépassez aussi cette dualité de ce que vous ressentez comme facile ou difficile. Combien souvent il s'agit d'une qualification à priori Et les choses apparaissent ce que nous avons nous-même décidé qu'elles sont.

Les rues mesquines sont hésitantes et irrésolues: plus on pense aller vite, plus on va lentement. Visez haut. Ne cherchez pas de petites améliorations. Aspirez à la grande, la radicale transformation. Quant à l'impatience, c'est un obstacle sur lequel presque tous les chercheurs ont buté. Si vous voulez dépasser le temps et découvrir l'éternité, soyez déjà un peu moins impatient. Ici, maintenant, je fais ce qui m'est possible. Un pas devant l'autre, un pas après l'autre. On verra ensuite. Faites bien votre sixième, vous passerez tout naturellement en cinquième. Celui qui nage vers l'autre rive du lac repousse l'eau vers l'arrière exactement là où il se trouve.

P76

A partir d'un certain niveau de détachement, l'illumination peut naître et, fondamentalement, définitivement, l'attachement et l'aversion vont disparaître. Où réside la différence? Jusque-là, le dépassement de l'attachement et de l'aversion nous demandait un certain effort, l'effort de nous souvenir de l'enseignement et l'effort de le mettre en pratique. Et, après l'illumination, il n'y a plus d'effort en ce sens que la compréhension nous a touchés jusqu'à la dernière fibre de notre être et que nous ne pouvons plus ne pas mettre l'enseignement en pratique ou, si vous préférez, que celui-ci se met de lui-même en pratique. Avant le satori (j'emploie à dessein le terme japonais) ó combien il est encore possible de ne pas mettre l'enseignement en pratique et de rester dans les vieilles erreurs! Une vigilance aiguisée nous est donc demandée. Après le satori, il y a encore à mettre l'enseignement en pratique mais il devient impossible de trahir celui-ci. Enfin nous avons vu et nous savons. Il n'est plus possible de dire non à ce qui est et de créer nous-même une dualité et un conflit. La vérité est toujours «une-sans-un-second » et le mental crée et projette ce « second » - ce qui devrait être, ce qui aurait pu être - sur ce qui est.

p79

Être, c'est être libre de l'avoir sous toutes ses formes, des plus grossières aux plus subtiles. « Le vrai et le faux », c'est notre avoir mental le plus précieux, le plus chéri, le mieux protégé. C'est le monde des opinions qui se heurtent avec violence - il suffit de regarder n'importe quel débat télévisé -, chacun étant persuadé qu'il est dans le vrai et que l'autre se trompe.

Nous sommes appelés à la liberté, au non-attachement, y compris le non-attachement à ce qui est le plus raffiné mais qui n'en est pas moins néfaste pour autant, ce que nous considérons comme orthodoxe et ce que nous considérons comme hérétique. Rester crispé dans son attachement à la vérité et dans son hostilité à «l'erreur» est souvent la pire, parfois l'ultime servitude.

P83

Ne cherchez pas le pourquoi des choses vous tomberiez dans le domaine du comparable. Lorsque l'arrêt se met en mouvement, il n'y a plus de mouvement, lorsque le mouvement s'arrête, il n'y a plus d'arrêt.

Ne cherchez pas le pourquoi des choses. Il est bien sûr nécessaire de comprendre pourquoi une émotion, une peur se lève en nous, pour-quoi nous sommes à nouveau fascinés par la multiplicité, oubliant toute idée d'une sagesse suprême. Que se passe-t-il? Mais il y a une limite à la vertu du pourquoi. Le pourquoi vous conduit jusqu'à un certain seuil au delà duquel la raison est transcendée. Ce que l'on découvre alors n'est pas « déraisonnable » mais supra-rationnel. L'intellect, la buddhi, l'intelligence elle-même doivent être dépassés. Dans les états de samadhi ou d'extase des mystiques, il n'y a plus de pourquoi.

Rappelez-vous que la première question à vous poser, ce n'est pas la question « pourquoi?», c'est la question: «est-ce que? » Avant de vous demander: «Pourquoi suis-je triste?», demandez-vous: « Est-ce que je suis triste, oui ou non? » «  Oui. » Alors je suis ce que je suis, ici et maintenant, sans division, sans conflit, sans dualité. Répondez d'abord oui ou non (« Que ton oui soit oui, que ton non soit non») à la question «est-ce que? » pour être établi dans la vérité de ce que vous êtes, dans l'instant, au niveau relatif, conditionné et changeant.

Lorsque l'arrêt se met en mouvement, il n'y a plus de mouvement; lorsque le mouvement s'arrête, il n'y a plus d’arrêt. Ces paroles paradoxales nous appellent au dépassement du monde de la logique qui ne peut percevoir les choses qu'en termes de mouvement ou d'immobilité.

Si l’esprit est harmonieusement uni à l’identité, toute activité s’apaise en lui. Si l’esprit perçoit l'essence unique de tous les phénomènes, toute agitation, donc le penser superflu qui rajoute sans cesse un commentaire de son cru à la réalité, disparaît. L'intellect demeure capable de fonctionner si c'est nécessaire et la mémoire reste à sa disposition. Mais il s'agit d'un fonctionnement utile et non plus de pensées mécaniques et compulsives qui s'imposent à nous et devant lesquelles nous sommes la plupart du temps impuissants si nous n'avons pas mené loin un réel travail de purification et de transformation.

P89

Nous ne réalisons à quel point nous sommes habités par le doute. Même nos convictions qui semblent les plus solidement enracinées sont très facilement remises en cause y compris nos croyances religieuses. Il suffit de voir comme nous sommes vite déstabilisés si quelqu'un émet des opinions contraires aux nôtres, à quel point nous avons dans ce cas-là besoin de convaincre pour mieux faire taire nos propres doutes. Celui qui est établi dans la certitude n'a plus besoin de «convaincre » à tout prix autrui de la justesse de ses convictions. Le sage est conscient de ce qu'il ne sait pas mais il demeure unifié et paisible dans un climat d'inébranlable certitude.

Vous pouvez considérer que la Voie c'est le passage du doute à la certitude. Ne cherchez pas la certitude tant que vous êtes encore assailli par les doutes. Dissipez chaque doute l'un après l'autre, il ne restera plus que la certitude. Pas les certitudes mais la certitude, un état d'être stable.

Plus rien de demeure, rien qu'il faille se remémorer. C'est la liberté par rapport au passé. Vous êtes, neuf, vierge, spontané pour assumer chaque situation qui est toujours elle-même neuve, vierge, spontanée. Libre par rapport au passé, libre par rapport à l'éducation, y compris la «bonne éducation», et même libre par rapport à toutes les doctrines. Vous n'entrerez pas au Royaume des Cieux avec vos livres sous le bras.

p94

Il s'agit ici du dépassement de la dualité de base, le moi et le non-moi, le sujet et l'objet. Les hindous interprètent la célèbre parole du Christ: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » par « comme étant toi-même ». C'est ce qu'illustre aussi l'affirmation «Le sage a pour corps l'univers entier. » Swami Prajnanpad avait à cet égard prononcé une étonnante parole: «Personne n'a jamais agi autrement que pour lui-même. » Qu'en est-il alors du saint qui ne vit que pour les autres ou de tous ceux qui se dévouent pour soulager la souffrance dans le monde? Personne, saint ou sage, n'a jamais agi que pour lui-même. Vous ne pouvez rien faire, jamais, pour « un autre». Le sage, le saint n'agit que pour lui-même mais il reconnaît tout autre, «ami ou ennemi», comme étant lui-même, comme n'étant pas un autre que lui. Par conséquent, tout ce que le sage fait pour l'autre, il le fait pour lui-même, comme le plus fieffé des égoïstes. Mais au lieu que son « lui-même » se limite à sa petite personne, il est devenu vaste comme l'humanité entière. Rien ni personne ne lui est étranger. Cette manière de s'exprimer, nous le sentons, dépasse complètement les catégories habituelles du mental.

P104

Un maître à qui l'on demande: « Que vous a apporté une vie d'ascèse? » répond: «Quand j'ai faim, je mange; quand j'ai sommeil, je dors.» «Mais moi aussi! Non! Vous mangez mais ça ne s'appelle pas manger; vous dormez mais ça ne s'appelle pas dormir. »

(première lecture)

La phrase du Christ : « Ne cherchez pas les trésors que la rouille peut détruire et que les voleurs peuvent dérober. » Ne pourchassez pas les joies, les satisfactions qui, étant causées par certaines conditions, peuvent être détruites par des conditions adverses.

Si par hasard vous êtes doués pour la méditation, ne prenez pas l'habitude d'une méditation sereine et silencieuse qui exclut les phénomènes. La réalisation doit être, comme on dit en Inde, all embracing, embrassant tout, n'excluant rien. Méfiez-vous de la dualité entre le Royaume des Cieux, le silence profond de la méditation, la sérénité que vous retrouvez dans votre petite chapelle personnelle et le monde ordinaire. C'est une erreur que de nombreux maîtres ont dénoncée, qui consiste à faire deux parts : le silence divin de la méditation et ce monde « merdique » fait de problèmes, d'ennuis, de difficultés. Si j'insiste sur ce thème, c'est parce que c'est un piège dans lequel tombent de nombreux chercheurs. Tant que la réalisation exclura le monde habituel avec tous ses « problèmes », tant que vous n'aurez pas découvert la profonde signification des choses (y compris de votre déclaration de revenus), vous n'êtes pas sur la grande Voie.

Swâmi Prajnânpad disait : « Intérieurement, soyez activement passif », c'est-à-dire une passivité vigilante, « et extérieurement, soyez passivement actif » c'est-à-dire soyez actif non pas à partir de vos demandes égocentriques et de votre désir de réussir coûte que coûte mais à partir d'un état que dans un langage complètement différent on appellerait « soumission à la volonté divine ».

Un enfant capricieux, difficile, agressif est avant tout un enfant malheureux dont les besoins profonds n'ont pas été entendus et pris en considération.

Même la découverte du vide – qui est relativement accessible à ceux qui méditent plusieurs heures par jour parce qu'ils ont rejoint un monastère et parce que le contexte s'y prête – même la découverte de ce vide, de ce silence, ne doit pas nous arrêter en chemin jusqu'à ce que nous ayons fait la vraie découverte, à savoir qu'il n'y a pas de différence irréductible entre le vide et la forme.

C'est l'erreur de trop d'êtres sincères – qu'ils soient chrétiens, hindous, européens émerveillés par l'hindouisme – qui vont faire des retraites dans des monastères, qui prient, qui se lèvent la nuit pour assister aux offices ou qui partent en Inde dans la chaleur en quête de vérité mais qui ne mettent pas en cause leurs vues fausses et qui, année après année, continuent à ne pas « voir » leur propre femme, leurs propres enfants ou leurs propres parents, à « penser » au lieu de « voir ».

Un jour où j'utilisais devant Swâmi Prajnânpad l'expression très connue en Inde seeker of truth, chercheur de vérité, Swâmiji m'a interrompu : « Nonsense! Don't be a seeker of truth, Arnaud. Be a seeker of untruth », ne soyez pas un chercheur de vérité, soyez un chercheur de la non-vérité.

Tant que je « saurai » qu'il y a un serpent, je ne découvrirai pas la corde. Chercher la vérité, c'est chercher où est mon erreur, où est mon illusion, où est mon mensonge (mensonge sincère mais je n'en suis pas moins dans l'illusion). Alors j'ai toutes les chances de dépister les vues fausses et la vérité que celles-ci cachaient se révélera.

Lorsque vous ne les détesterez plus, alors vous atteindrez l’illumination.

Rien ni personne n'est nul, n'est moche, n'est immonde, n'est salaud, n'est con. C'est. Lorsque vous ne détesterez plus les objets, alors vous atteindrez l'illumination. Il n'est pas écrit : « Lorsque vous atteindrez l'illumination, les excréments et le bois de santal seront égaux à vos yeux », comme disent les sages hindous. Il est écrit l'inverse : lorsque le bois de santal et les excréments seront égaux à vos yeux, alors vous atteindrez l'illumination.

« Le vrai et le faux », c'est notre avoir mental le plus précieux, le plus chéri, le mieux protégé. C'est le monde des opinions qui se heurtent avec violence – il suffit de regarder n'importe quel débat télévisé –, chacun étant persuadé qu'il est dans le vrai et que l'autre se trompe.

Rester crispé dans son attachement à « la vérité » et dans son hostilité à « l'erreur » est souvent la pire, parfois l'ultime servitude.

Rappelez-vous que la première question à vous poser, ce n'est pas la question « pourquoi ? », c'est la question : « est-ce que ? » Avant de vous demander : « Pourquoi suis-je triste ? », demandez-vous : « Est-ce que je suis triste, oui ou non ? » « Oui. » Alors je suis ce que je suis, ici et maintenant, sans division, sans conflit, sans dualité. Répondez d'abord oui ou non (« Que ton oui soit oui, que ton non soit non ») à la question « est-ce que ? » pour être établi dans la vérité de ce que vous êtes, dans l'instant, au niveau relatif, conditionné et changeant.

Il y a un centre en nous, un centre de conscience de soi qui, lui, est libre de cette opposition entre mouvement et immobilité. Par conséquent, c'est aussi une dualité qui peut être dépassée si vous voulez atteindre le but suprême.

Celui qui est établi dans la certitude n'a plus besoin de « convaincre » à tout prix autrui de la justesse de ses convictions.

Vous pouvez considérer que la Voie c'est le passage du doute à la certitude. Ne cherchez pas la certitude tant que vous êtes encore assailli par les doutes. Dissipez chaque doute l'un après l'autre, il ne restera plus que la certitude. Pas les certitudes mais la certitude, un état d'être stable.

Le monde est à chaque instant ce qu'il ne peut pas ne pas être. Déclarez-lui la paix. Alors seule la compassion sera la source de toutes vos actions.

Citations recueillies par Viafx24 et publiées en juillet 2026.

Retour au portail des citations des ouvrages d’Arnaud Desjardins »