Analyse du film matrix (premier volet de la trilogie, 1999)
Avant de lire cette analyse du premier volet de la trilogie matrix, il est fortement conseillé d’avoir lu l’avertissement préalable.
7:02 : « Réveille toi Néo, la matrice te tient. »
Remarquez que c’est exactement ce que j’essaie de faire pour vous. J’essaie de vous réveiller. Et il y a immédiatement une multitude de question que vous devriez vous poser :
Pourquoi est-ce que je fais cela ? Dans quel but ? Y a t’il un risque que je sois moi-même un agent ? Avec un but particulier comme par exemple vous déstabiliser ? Si vous lisez ces mots mais alors pourquoi « la matrice » n’a pas réussi ou n’a pas voulu l’empêcher si elle est si puissante ? Que cherche-elle, qu’escompte-elle en me laissant publier ce texte ? Quel est mon but profond, inconscient, le fondement de mon agir ? Quelle est le but profond, inconscient au fondement de l’agir de la matrice ? C’est en vous posant ces questions que vous pourrez avancer.
Au début du film, Néo est un petit informaticien le jour et un hacker la nuit. Il fait des petites combines pour de l’argent et à ce titre, on nous le présente comme un « nihiliste » (un mot écrit sur le livre dans lequel il met l’argent). Il est probable que tous les tempéraments rebelles non réveillés sont perçu par « la matrice » comme des nihilistes au sens populaire du terme : ne croire en rien, s’intéresser à son intérêt propre et guère plus. Quelque chose qui pourrait ressembler à cela :
Cette personne ne croit plus dans les institutions, les valeurs ou les règles communes et cherche essentiellement à les détruire, sans proposer de véritable ordre alternatif.
Bien entendu, cela a été voulu et codé par la matrice elle-même, bien-sûr, car un nihiliste est faible et facile à détruire ou à retourner.
08:29
Pourquoi Néo va commencer à avoir des problèmes avec les agents ? Parce qu’il a un problème avec l’autorité. Parce qu’il ne se conçoit pas comme le maillon d’un tout [la société] qu’il faut chercher à faire fonctionner coûte que coûte.
12:08
« L’autorité vous pose un problème. Vous vous croyez différent et vous enfreignez le règlement. Vous vous leurrez. Notre entreprise est des plus performantes car chaque employé sait qu’il fait partie d’un tout. Donc, si un employé a un problème, l’entreprise a un problème. » [avec en fond, quelqu’un qui lave la vitre c’est à dire qui rend les choses transparentes]
Vous croyez vraiment que ce gros plan sur la raclette est le fruit du hasard ?
J’ai moi-même commencé à être approché par des agents à Paris en 2014 suite à une apparente tricherie dans un article scientifique et ma fréquentation du milieu anarchiste. Il semble que de leur points de vue, j’ai franchit une ligne…
Puis rapidement des agents arrivent pour arrêter Néo.
15:55 : Néo se dit à lui-même la phrase ci-dessous en tentant de s’échapper :
« c’est insensé, pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je ne suis personne. J’ai rien fait. »
C’est un peu en contradiction avec le début du film où il échange une disquette contre 2000 dollars et demande à rester incognito montrant par-là une activité quelque peu suspecte. Alors pourquoi avoir choisi de garder ce dialogue ? Car c’est exactement le ressenti qu’on a tous eu quand les agents se présentent à nous pour la première fois « Pourquoi moi? Je ne suis personne, je n’ai rien fait. »
Dans la salle d’interrogatoire, les agents sortent un gros dossier : ils savent tout sur lui et sont apparemment gênés par le fait qu’il mène une double vie : informaticien tranquille le jour, hacker la nuit. C’est peut-être également une cause de l’arrivé des agents : le système supporte mal les individus qui jouent double-jeu dans leur coin et ce même système voit donc une occasion en or de leur dévoiler qu’il fait de même depuis toujours… mais avec un temps d’avance…
19:15 : « les autorités tiennent cet homme pour le plus dangereux au monde ». Ici ce n’est pas « Ben Laden », ni tel ou tel « dictateur de tel état voyous » mais l’homme capable d’en sortir un autre de la matrice qui est jugé le plus dangereux au monde : Morpheus. Le système/la matrice dissimule ses vrais ennemis et ses vrais ennemis sont ceux qui parlent, refusent d’obéir ou réussissent à prévenir/réveiller ceux qui « dorment ».
20:10 « vos méthodes de facho ne m’effraient pas, je connais mes droits, je veux mon appel téléphonique »
Tant qu’on n’est pas réveillé, la représentation qu’on se fait de l’autorité, du pouvoir en place, de la police est celle qui est distillée par les médias, les proches, la télévision. C’est une image factice « Bisounours » d’une gentille police respectueuse des précieux « droits ». Et donc nous sommes tous sûrs de notre fait que nous ne risquons au fond pas grand-chose… Mais c’est parce que nous ignorons la vérité. Le pouvoir en place, par définition, peut forcer : forcer à se taire, à obéir et faire usage de la violence pour cela. C’est ce que Néo découvre quand il voit sa bouche disparaître progressivement : une métaphore pour montrer ce que signifie être réduit au silence.
Les techniques pour faire taire les gens sont connues et utilisées par tous les pouvoirs depuis toujours. Le bâton et la carotte. Le bâton c’est quoi ? Le pouvoir va vous faire peur et vous faire mal. En l’occurrence il m’a fait interner dans un asile psychiatrique parce que je refusais de me taire. Les semaines d’internement passaient, je persistais dans mon discours, ils augmentaient la camisole chimique : j’ai compris que pour sortir, la seule solution consistait à répéter pendant des semaines « pardon, maintenant je m’en rends compte, j’ai dû délirer, je suis malade ». C’est très douloureux comme expérience. Vous voyez que cela n’a rien à voir avec le gentil / la gentille commissaire de police du feuilleton sur telle ou telle chaîne.
Néo finit par être récupéré par Morpheus qui commence à lui expliquer ce qu’est la matrice.
27:28 « Sais-tu pourquoi tu es ici ? Tu sais quelque chose, tu ne te l’expliques pas, mais tu le ressens. Tu as toujours ressenti que le monde ne tournait pas rond. C’est en toi, comme une écharde dans ton esprit. Ça te rend fou. C’est cela qui t’a mené jusqu’à moi. »
Pour ma part, je n’avais pas vu les choses arrivées. Je ne m’en doutais vraiment pas. Il y a néanmoins deux choses que je ressentais comme ne tournant pas rond. Enfant, quand j’ai appris que la peine de mort par la guillotine n’avait été abolie en France qu’en 1980, j’ai été profondément choqué. Idem quand j’ai découvert que la peine de mort existait encore aux US. Le fait en lui-même me choquait mais ce qui me choquait le plus c’était le peu d’indignation de mes proches. Plus tard, je m’indignais du sort d’esclave des caissières. Mes proches me contraient en disant qu’elles étaient parfaitement heureuses etc. puis quand je leur faisais remarquer qu’ils faisaient tout pour que leur enfants ou petits-enfants réussissent à l’école afin d’éviter de devenir caissière, je mettais à jour leur contradiction. Mais là, au lieu de reconnaître le paradoxe, ils stoppaient la conversation sous un prétexte quelconque : « on ne peut jamais discuter avec toi »… Ce n’est pas leur positionnement politique qui me gênait (chacun ses opinions ma foi) mais le fait qu’acculer dans une position intenable, ils soient contraints à la mauvaise foi : leur rôle d’agent leur impose cela : ils doivent défendre une image factice d’eux-même (mensonges, rôles): si la contradiction devient trop apparente, un bug dans la matrice apparaît…
« La matrice est partout, elle nous enveloppe, même dans cette pièce. Tu peux la voir depuis ta fenêtre ou quand tu allumes la télévision. Tu sens sa présence quand tu pars travailler, quand tu vas à l’église, quand tu paies tes impôts. C’est le monde qu’ils ont mis devant tes yeux pour te cacher la vérité. Quelle vérité ? Tu es un esclave, Néo. Tu es né en captivité, dans une prison que tu ne peux ni sentir, ni toucher. Une prison pour ton esprit. »
Tout est faux : ce qu’on nous raconte à l’école, à la télévision etc. n’est qu’une prison pour notre esprit. Nous formater « faible » initialement de manière à pouvoir mieux nous retourner plus tard… C’est horrible et c’est pour cela que c’est secret. L’erreur qu’on fait tous est de penser que les services secrets, la CIA, la DGSE etc. cela doit être cool… C’est une idée qui a été implantée dans notre esprit via les films, les « James Bond » etc. Le secret ce n’est pas quand c’est cool c’est quand c’est horrible. Nous sommes enfermés dans des prisons psychiques. Respirez, allez marcher dans l’herbe, aller voir le soleil. Relativisez.
« Je te dois des excuses, nous avons une règle de ne jamais libérer un esprit après un certain âge. C’est risqué. L’esprit ne lâche pas prise. C’est déjà arrivé. Je suis désolé. Je l’ai fait parce que il le fallait. »
On peut imaginer que Néo a 25-30 ans et c’est considéré comme déjà trop tard car Morphéus semble avoir fait une exception. J’ai été « réveillé » vers 32 ans et je n’ai jamais accepté de rejoindre leur secte… Peut-être que mon esprit s’accroche. Si 25-30 ans c’est déjà tard, alors cela signifie que beaucoup de gens sont réveillés beaucoup plus jeunes. Entre 10 et 18 ans je dirais. Un enfant de 10 ans me dira « je suis plus informé que certains adultes », un agent de 35 ans me dira -- plus ou moins de manière codée -- qu’il était un agent « depuis toujours » sous-entendu bien-avant qu’on se connaisse à l’adolescence. Il est possible que le système les réveille tôt justement pour éviter que les gens comme moi ne ne les devancent en prévenant tôt les jeunes de ma connaissance. Tous les systèmes politiques sont confrontés à cette question « quand réveiller/retourner les gens ? » : trop tôt c’est compliqué mais trop tard c’est trop tard si quelqu’un est arrivé avant… Et donc ils les prennent au berceau…
56:48 : « la matrice est un système. Il est notre ennemi. Qu’y a t’il à l’intérieur ? Des hommes d’affaires, des professeurs, des avocats, des charpentiers. Des esprits qu’on tente de sauver. En attendant, ils font partie de ce système et cela en fait nos ennemis. Ils ne supporteraient pas d’être débranchés. Certains sont si amorphes et tellement dépendants du système, qu’ils se battraient pour le protéger. Tu m’écoutais, Néo ? Ou tu regardais la femme en rouge . Regarde ! Arrêt sur image. Ce programme a été créé pour t’enseigner une chose. Tu es soit avec nous, soit avec eux. Toute personne qui n’est pas débranchée est un agent en puissance. Dans la matrice, ils sont tout le monde et personne. On a survécu en les fuyant. Mais ils sont les gardiens. Ils détiennent les clefs des portes. »
Ce qui est difficile à comprendre c’est qu’ils sont tous des agents, même ceux qui apparaissent comme les plus improbables. Pour insister sur cette idée, le film va même jusqu’à montrer un quidam dans la rue qui se transforme en agent. Puis un SDF qui se transforme en agent. Puis une « mamie » qui se transforme en agent.
Le quidam dans la rue: 1:59:23
Le SDF à 1:54:09 :
2:00:37 :La mamie :
Une telle insistance vise à vous montrer que « l’agent » c’est TOUT LE MONDE. Et je sais que notre esprit ne peut pas le croire ? Quoi mon frère ? Ma mère ? Ma grand-mère ? Mon meilleur ami ? Un juge ? Un policier ? Un sdf qui fait la manche devant moi ? N’importe qui pris au hasard dans la rue ? OUI. Ce sont des agents. Mais alors me direz-vous : « pourquoi pas moi ? ». Et je n’ai pas la réponse à cette question. Une partie de la population pourrait avoir été garder hors du secret justement pour pouvoir extraire des points de vue « naïfs », « vrais » : comme ces personnes ne savent pas que tout est faux, il est facile d’extraire leur point de vue, de les faire parler, disserter sur tel ou tel thème et d’orienter peut-être ensuite certaines décisions politiques à partir de leur point de vue. C’est une de mes hypothèses : la contrepartie de les maintenir dans l’obscurité serait leur influence politique à leur insu. Notez bien que ce n’est qu’une hypothèse. Une autre hypothèse est que nous sommes maintenus dans l’obscurité car jugé trop servile, trop gentil, trop faible, trop sensible « il ne le supportera pas » : ils accepteraient donc qu’une sous-partie de la population soit traitée comme des moutons et maintenus dans une prison psychique qu’ils estiment probablement « dorés » comme dans le film « Truman show ».
Nous avons été conditionné à penser que la politique, la sécurité, c’est loin, c’est l’ONU etc. Non ! La sécurité est basée sur le contrôle et le contrôle n’existe que si chaque individu obéit, dit et fait ce qu’on lui dit de dire et de faire en échange d’un peu d’influence. C’est exactement comme dans une salle de classe : les enfants obéissent et se taisent parce qu’il y a le professeur qui peut les punir si nécessaire. L’ordre en classe vient de là. Et bien c’est pareil en politique : l’ordre et la sécurité ne viennent pas de nulle part : il vient du fait que la plupart des gens sont des agents-secrets coordonnés et obéissants. La seule différence avec la salle de classe c’est que c’est secret. Il faut se représenter un système secret qui fonctionne avec des autorisations de parler (on lève poliment le doigt !), des « possibles » qui se déverrouillent grâce à des clés. De leur point de vue, la sécurité exige de ne pas laisser les gens dire et faire ce qu’ils veulent. Et donc tout un tas de règles existent pour définir qui peut dire quoi, qui est autorisé à agir ou à faire ceci ou cela, le tout secrètement et donc dans l’obscurité : c’est vraiment une société secrète. Et c’est le système tel que je le comprends. Face à tous ces loups qui agissent de manière coordonnée dans notre dos et dans l’obscurité, nous ne sommes que des marionnettes. Nous croyons disposer de libre-arbitre et de faire nos propres choix mais il n’en est rien : là où nous vivons, qui nous fréquentons, les études que nous faisons, le travail que nous choisissons, notre conjoint, la possibilité ou non de se reproduire, tout cela est organisé pour nous par d’autres. C’est horrible mais c’est la vérité. La trajectoire de notre vie est directement contrôlée par cette société secrète composée par nos proches. Mais pourquoi ? Pour le contrôle. La sécurité vient de la prévisibilité. Si on sait précisément à l’avance ce que va devenir quelqu’un, ce qu’il pense, comment il réagit dans telle ou telle situation, alors il n’y a que très peu d’incertitude et il en résulte la sécurité. La sécurité repose sur la prévision des comportements et cela suppose d’encadrer strictement la trajectoire de vie des gens. Soit tu es un agent et tu es contraint d’obéir, soit tu es une marionnette ballottée par les agents : une marionnette qui n’a que l’illusion du libre-arbitre. Voilà les grandes lignes de ce qu’est probablement la matrice.
1:09:00 : L’oracle : « Elle est âgée et nous soutient depuis le début de la résistance […] débarrasse toi des notions de vrai et de faux. C’est notre mentor. Elle t’aidera à trouver le chemin. […] « Je peux te montrer la porte, mais c'est toi qui dois la franchir. ».
Le terme « chemin » est régulièrement utilisé en référence à l’oracle. Or c’est un terme à forte consonance spirituelle. L’oracle orientera Néo vers la phrase de l’oracle de Delphes chère à Socrate : « connais toi toi-même ». L’aventure dans laquelle Néo est embarquée est aussi une aventure intérieure. La solution et le chemin passent par une plus grande connaissance de soi, une plus grande maîtrise de son calme, de ses émotions, de ses pensées. La véritable force est la force de l’esprit et c’est pourquoi l’accent est mis sur l’histoire de la cuillère qui se tord. Dans cette opération de secours, j’accorde énormément de place et de valeur au chemin spirituel. Il représente ce que j’appelle « couleur », le contre-poison à toute ces conneries de matrice, de monde factice, de société secrète qui nous font tant souffrir. Mais « couleur » représente également le contre-poison à mes propres limites, émotions, colère, aveuglement, volonté de puissance, tout le ressentiment que je peux avoir et que j’évacue aussi à dessein via cette opération de secours.
Je sais que pour beaucoup de gens, ces histoires de spiritualité ne sont que des foutaises et peut-être que s’en est. En effet, qui m’a fourgué ces conneries de chemin spirituel si ce n’est la matrice ? D’ailleurs Morpheus insiste la dessus dans la phrase déjà citée « Tu sens sa présence [de la matrice] quand tu pars travailler, quand tu vas à l’église, quand tu paies tes impôts ». Néanmoins en ce qui me concerne, la spiritualité me permet de souffrir moins et de prendre du recul. Chez moi cela marche et c’est cela qui compte. Choisissez ce qui marche pour vous. Ce qui vous permet de tenir, de résister dans l’adversité. Forgez-vous une structure intérieure. Apprenez à mieux vous connaître pour être le capitaine à bord de votre propre navire, moins ballotté à droite à gauche par les émotions et les pensées. Car bien-sûr, « l’empire sur soi-même est le plus grand de tout les empires ».
Néo : « Je ne suis pas l’élu. »
L’oracle : « Désolé. Tu en as l’étoffe mais tu restes dans l’expectative [c’est à dire dans l’attente de quelque chose]. Dans une autre vie peut-être, qui sait ? Ce sont des choses qui arrivent. »
Depuis 12 ans que je suis dans cette situation horrible de viol constant quotidien par tous les autres, j’ai remarqué que je suis aussi dans une forme d’expectative. Une part de moi attend quelque chose : quelque chose de l’ordre d’une fin, d’une récompense, d’un pouvoir : je ne sais pas précisément car c’est flou mais il y a une attente qui s’impose à moi : une expectative c’est vraiment le mot. Cette expectative était très forte au début et a diminué fortement avec le temps. Je ne saurais même pas dire si elle est encore présente : ce n’est pas quelque chose de conscient ou volontaire : cela s’impose à moi et cela s’imposera certainement à vous car apparemment cela s’imposait aussi à Néo. Il n’y a rien à attendre. Le chemin spirituel est également une bonne direction pour diminuer l’expectative et se contenter du réel tel qu’il est, ici et maintenant. Si vous êtes victime de cette expectative « flou et involontaire », essayez de traiter en profondeur la question « what do you want ? ». Il n’y a que par la connaissance de vous-même que vous progresserez et diminuerez la souffrance.
Puis Néo va partir affronter la matrice dans son propre QG pour sauver Morphéus. Il est devenu beaucoup plus fort et gère facilement les défenseurs. Il prend l’ascenseur avec Trinity en forçant son esprit à se concentrer sur la cuillère (sous entendu, ce n’est qu’une matrice). Il sauve Morphéus, sauve Trinity, « arrose » les agents à la mitrailleuse depuis un hélicoptère. Il gagne encore en force et en contrôle sur lui-même en étant capable d’arrêter les balles. Puis il se bat avec un agent Smith. Il finit par plonger en lui et à le faire littéralement exposer en lumière. On apprend aussi que l’agent Smith aimerait bien quitter cette matrice en enlevant symboliquement son oreillette. Néo semble être devenu l’Élu : il est capable de tenir tête au système, à la matrice qui ne peut apparemment plus l’arrêter. Je ne vais ni ne peux expliquer précisément ce qu’il y a symboliquement derrière tous ces actes mais une chose est sûre : tout est signifiant. A la fin, Néo est suffisamment fort pour faire une chose simple : dire la vérité à ceux qui l’ignorent et voici son discours final :
« Je sais que vous êtes là. Je sens votre présence. Je sais que vous avez peur. Vous avez peur de nous. Le changement vous fait peur. Je ne connais pas l’avenir [et on voit « system failure » apparaître à l’écran] , je ne suis pas venu vous raconter la fin, je suis venu vous raconter le début. Je vais raccrocher ce téléphone et montrer à ces gens ce que vous les empêchez de voir. Un monde débarrassé de vous. Un monde sans lois ni règles sans limites ni frontières. Un monde où tout peut arriver. Ce qui en découlera, à vous d’en décider. »
Ce discours a une apparence fort sympathique : Néo va dire la vérité dans l’objectif de suppression de la matrice. Il en résulte « un monde sans lois ni règles sans limites ni frontières » : l’anarchie au sens négatif du terme. Potentiellement la jungle, la loi du plus fort. La matrice organisait l’oppression, le droit à la parole, les clés pour débloquer tel ou tel « possible » : Néo dégage tout cela et chacun dit et fait ce qu’il veut. Ne croyez pas que ceux qui ont écrit ce discours pensent que « c’est cool » : ils pointent du doigt la naïveté de Néo. Ce dernier, selon eux, rase toute possibilité de prédiction, de contrôle et donc de sécurité et de paix. « tout peut arriver » : le meilleur comme le pire car il n’y a plus de règles auxquelles les humains sont obligés de se conformer : la liberté sans limite accordée à tous, le droit de tricher, de hacker, de contourner n’importe quelle règle. Pour tous.
Il faut essayer de réfléchir aux conséquences et donc je vais prendre des exemples depuis « notre monde factice » pour vous faire prendre conscience de ce que cela implique.
La liberté d’expression totale ? Oui mais est-ce qu’on l’accorde aussi à un caporal dans l’armée qui n’est pas content parce qu’il n’est pas passé « sergent » et qui publie sur son blog personnel les codes d’accès de l’armurerie qu’il connaît et donc l’accès potentiellement pour tous aux fusils d’assaut, grenades etc. Vous êtes « pour » ? Ou est-ce qu’il y a des restrictions dans les droits de ce caporal de transmettre les informations dont il a connaissance ? Si vous êtes « pour » les restrictions, cela signifie que lui ne dit pas ce qu’il veut mais vous vous devriez conserver ce droit parce que « c’est différent » ? Prenons un deuxième exemple : vous êtes infirmière dans un hôpital, vous avez une aventure avec le médecin de votre service qui est déjà marié et il vous plaque brutalement ce qui vous déplaît. Bien-sûr vous avez eu le temps d’accéder aux coulisses du métier et donc d’accumuler « quelques dossiers », « quelques bavures » et vous les utilisez pour détruire sa réputation ou vous prévenez sa femme. Faisons les comptes : on avait une institution / la médecine / le service en question a peu prés fonctionnel (forcément imparfait) et on se retrouve avec un médecin discrédité, en dépression, en instance de divorce, forcé à s’en aller, avec une certaine probabilité que le service en fasse les frais et donc les patients également… Les institutions sont toujours imparfaites et donc perfectibles et elles sont fragiles (sapeur-pompier, hôpital, boulangerie du village, telle petite association qui participe au vivre-ensemble etc. à toutes les échelles…) : on peut donc facilement les déstabiliser si l’on est un peu habile ou bourré de ressentiment. La question c’est : quand vous ferrez le 18 parce qu’il y a le feu : est-ce que vous voulez des pompiers qui arrivent dans les 10 minutes ? ou bien un institution fragilisée où tout le monde s’engueulent et se volent dans les plumes au point que les pompiers arrivent 2 heures plus tard ou jamais…? On veut tous dire ce qu’on veut mais avons-nous toujours conscience des conséquences possibles ? Si nous attaquons sans cesse le médecin du village parce que c’est « un chaud lapin » : sommes-nous prêts à courir le risque qu’il parte et qu’il n’y ait plus de médecin ? La matrice est probablement là, entre autre, pour « organiser » la liberté d’expression même si je ne sais pas exactement comment. Si il y a organisation de la liberté d’expression (comprenez si il y a « entrave » à la liberté d’expression) alors cela signifie qu’il faut disposer d’un moyen secret de sanctionner, de punir ceux qui ne respectent pas ces règles sécrètes : l’oppression, les persécutions, la violence pointent alors le bout de leur nez. De leur point de vue, pour pouvoir garder des institutions à peu prés fonctionnelles, pour pouvoir garder « le contrôle », « la sécurité » et « la paix », les gens sont prêts à obéir à un système secret, à se taire et à persécuter, à violenter les opposants. Voilà à peu prêt le « bordel » dans lequel on se trouve. Mais à la fin de premier volet de la trilogie matrix, Néo n’en est pas encore là dans sa réflexion. Il a vu et subit la violence, il a vu et subi la manipulation, le mensonge, l’esclavage qui découle forcément de son ignorance de la présence de cette société secrète dans l’ombre et il n’a qu’une possibilité juste d’action possible : la résistance, la dénonciation, la mise en lumière de cette matrice et de toute l’horreur qui y est associée.
Il est bientôt temps pour nous de passer à la deuxième partie de la trilogie. Mais avant cela, je voudrais revenir sur le générique de début et de fin. Dés la toute première seconde du film, le générique de Warner Bros est déjà modifié pour y intégrer des éléments qui rappellent la matrice (la musique, les couleurs, les scintillements). Le message est clair : le film que vous allez voir, dépasse les frontières de la fiction et traite donc de la réalité.
A la fin du film, après un générique étrangement long de plus de 7 minutes, les spectateurs ont pu voir une URL avec un mot de passe « steak ». Je sais que cette URL menait quelque part. Y avait-il dévoilement partiel ou total de la vérité via cette URL ? C’est probable tout comme la possibilité d’un fake ou d’une voie sans issue.
Mais à quoi fait précisément référence le mot « steak » ? A la trahison de Cipher qui vend « Zion » pour retrouver une place confortable dans la matrice.
1:04:37 :
- « Marché conclu Mr Reagan ? » [référence à un président des États-Unis qui était aussi un acteur ?].
- « Vous savez, je sais que ce steak n’existe pas. Lorsque je le mets en bouche, la matrice dit à mon cerveau qu’il est tendre et savoureux. Au bout de 9 ans, j’ai compris une chose : « l’ignorance est une bénédiction ». Alors nous avons un marché. Je veux me rappeler de rien. Rien vous comprenez ? Et je veux être riche, quelqu’un d’important comme un acteur. »
- « Ce que vous voulez Mr Reagan. »
Le fait que le mot de passe de l’URL soit « steak » laisse entendre clairement que ce film matrix traite également de trahison. Peut-être que ceux qui l’ont réalisé confessent à demi-mot avoir fini par céder et rejoint la matrice. L’appel du steak c’est à dire du confort, d’une petite vie tranquille « comme tout le monde, dans le système » est fort et tout le monde n’a pas la carrure, les épaules pour résister toute sa vie. Cipher a tenu 9 ans. N’oubliez pas que le film matrix n’a aucune chance d’être diffusé sans l’autorisation de la matrice elle-même, c’est à dire sans l’autorisation du pouvoir en place. Donc forcément à un endroit ou à un autre, il y a eu une « trahison » envers ceux qui sont sciemment maintenus la tête sous l’eau, ignorant que le monde qui est mis devant leurs yeux est factice de part en part. Certes, le film matrix nous dévoile tout ou partie de la vérité mais cette insistance sur le mot « steak » nous signale qu’il nous la dit depuis la matrice c’est à dire en parfaite accord, en parfaite soumission avec le pouvoir en place.
A ce stade, il est normal que vous vous posiez la question de la trahison pour « moi » et cette opération de secours… Et bien sachez que je suis végétarien…
Néanmoins, je soupçonne également fortement « la matrice » de me laisser faire parce que tel a toujours été son objectif. Selon ce scenario, je ne ferais que jouer une partition pré-écrite pour moi depuis des lustres c’est à dire encore et toujours l’illusion du libre-arbitre. Tous les coups, tous les messages, toute la violence n’auraient pas tant pour but de me faire taire que de me faire parler. Tous les scénarios possibles sont probablement anticipés par la matrice et toute rébellion est elle-même incluse dans la matrice. C’est maintenant ce que nous allons étudier dans le deuxième volet : « matrix reloaded. »
Viafx24, le 12 septembre 2026