Analyse du film Matrix reloaded (deuxième volet de la trilogie, 2003)
Avant de lire cette analyse du deuxième volet de la trilogie matrix, il est fortement conseillé d’avoir lu l’avertissement préalable ainsi que l’analyse du volet 1.
06:46 :
- « Invraisemblable, il y aurait 250 000 sentinelles »[qui attaquent Zion], absurde »
- « Pourquoi pas ? Une sentinelle pour chaque habitant de Zion, cela me semble tout à fait dans la logique des machines ».
On comprend ici à nouveau ce qui est si difficile à admettre quand on est branché dans la matrice : le nombre d’agents astronomiques. On imagine, comme la télé nous le suggère, un agent pour 100, 1000 ou 10 000 personnes ce qui exclut « papa, maman, grand-mère, sœur et frère, amis d’enfance etc... » alors que cette vision n’est pas du tout conforme à la logique des machines qui ne laissent jamais des « endormis, branchés à la matrice » sans surveillance immédiate et constante des agents. Le message envoyé ici concerne donc le ratio agent/endormi qui se doit d’être colossal, inimaginable -- dans la logique des machines et donc du contrôle --.
Dans matrix reloaded, on découvre la ville de Zion, enterrée très en profondeur, qui symbolise la résistance au machine. Grâce à Néo, les résistants ont réussi à sortir beaucoup de gens de la matrice (car Néo a pu dire la vérité et être cru par un grand nombre de gens « endormis, branchés » ?) donc Zion a grossi en terme de population. Mais on constate que cette résistance est confrontée aux mêmes problèmes que dans la matrice : comment mettre en place une résistance organisée sans obéissance, sans hiérarchie ? Comment mettre en place une résistance sans contrôler la parole et les informations ? Comment punir ceux qui désobéissent ?
A 08:30 : « Foutaises, tu nous demandes de désobéir. » « En effet, nous savons pertinemment que nous sommes ici… parce que la désobéissance nous unit. »
A la base, chaque personne qui a pu quitter la matrice l’a quitté parce que son besoin d’indépendance et de liberté était incompatible avec l’obéissance dans la matrice. Mais une fois la résistance mise en place, les mêmes contraintes reviennent...
Ainsi à 14:33 : Morphéus a désobéi. A son entrée dans Zion, un comité d’accueil l’attend : « Capitaine Mitune, vous êtes là pour m’escorter en prison ? » Puis il se fait engueuler par un commandant pour avoir désobéi aux ordres. Zion n’est donc pas complètement « anarchiste / punk» apparemment...
17:41 :
- « Il y a une réunion ce soir. Beaucoup de gens ont peur. Ils ne savent plus quand ils ont vu autant de vaisseaux. Il se passe un truc. Un truc important. »
- « Eh, on peut pas répondre alors arrête. »
On voit donc que dans Zion aussi, la parole est limitée, encadrée, contrôlée.
18:36 : un sénateur arrive
- « les vaisseaux et les rumeurs exigent des éclaircissements. Le peuple doit être informé. »
- « Puis je vous suggérer de passer certains détails sous silence, pour ne pas semer la panique ? »
Un « pied dans la porte » classique pour commencer à justifier et autoriser le faux, le mensonge est : « pour ne pas semer la panique. ». L’intention initiale consiste souvent à vouloir préserver l’autre d’une vérité douloureuse. Chacun a déjà pu constater cela dans sa famille, son entourage. Il en va de même à plus large échelle. Bien entendu, c’est souvent « un pied dans la porte » pour ensuite établir des faux-planchers nettement moins propres.
La réponse du sénateur « Très juste. Tout le monde veut éviter la panique. Et vous capitaine, que suggérez-vous ? » Morphéus : « La vérité. Personne ne paniquera. » Le sénateur écoutera Morphéus et ce dernier dira la vérité au peuple. On constate ici que le corps politique de Zion -- incarné par « le vieux et sage » sénateur -- choisit d’écouter les 2 parties : ceux qui prônent le silence et le mensonge et ceux qui prônent de dire la vérité. Puis le sénateur effectue son arbitrage. Cette présentation pourrait également représenter le système réel ou bien la modification de la matrice/du système réel exigée par la résistance de Zion : l’arrivé de responsables politiques moins enclins à systématiquement raconter n’importe quoi, des politiques plus enclins à défendre la vérité, à l’image du sénateur. Mais en aucun cas Zion ne semble proposer le schéma « la vérité quoi qu’il arrive » : le grand nombre de gens dans Zion, la pluralité des âges, des opinions, des psychismes leur fait préférer la possibilité de recourir au mensonge ou à la vérité suivant les situations ou les circonstances.
Puis Néo et le sénateur vont avoir une longue discussion que je retranscris ici (traduction par i.a):
Conseiller Hamann : Vous voulez un peu de compagnie ?
Neo : Conseiller Hamann.
Conseiller Hamann : Je ne veux pas vous déranger si vous préférez être seul.
Neo : Non, je pourrais probablement avoir besoin de compagnie.
Conseiller Hamann : Bien, moi aussi. Il fait bon ce soir. C’est très calme. On dirait que tout le monde dort paisiblement.
Neo : Pas tout le monde.
Conseiller Hamann : Je déteste dormir. Je ne dors jamais plus que quelques heures. Je me dis que j’ai dormi pendant les onze premières années de ma vie, alors maintenant je rattrape le temps perdu. Et vous ?
Neo : Je n’arrive simplement pas beaucoup à dormir.
Conseiller Hamann : C’est bon signe.
Neo : De quoi ?
Conseiller Hamann : Que vous êtes, en fait, toujours humain. Êtes-vous déjà allé au niveau des machines ? J’aime m’y promener la nuit, c’est assez extraordinaire. Vous voulez voir ?
Neo : Bien sûr.
Conseiller Hamann : Presque personne ne descend ici, sauf, bien sûr, lorsqu’il y a un problème. C’est comme ça avec les gens : personne ne se soucie de savoir comment ça fonctionne, du moment que ça fonctionne. J’aime cet endroit. J’aime me rappeler que cette ville survit grâce à ces machines. Ces machines nous maintiennent en vie, tandis que d’autres machines viennent pour nous tuer. Intéressant, non ? Le pouvoir de donner la vie et le pouvoir d’y mettre fin.
Neo : Nous avons le même pouvoir.
Conseiller Hamann : Je suppose que oui. Mais ici, parfois, je pense à tous ces gens qui sont encore branchés à la Matrice et, quand je regarde ces machines, je… je ne peux m’empêcher de penser que, d’une certaine manière, nous sommes nous aussi branchés à elles.
Neo : Mais nous contrôlons ces machines. Elles ne nous contrôlent pas.
Conseiller Hamann : Bien sûr que non. Comment le pourraient-elles ? Cette idée est complètement absurde, mais… elle amène tout de même à se demander… qu’est-ce que le contrôle ?
Neo : Si nous le voulions, nous pourrions arrêter ces machines.
Conseiller Hamann : Bien sûr… voilà. Vous avez mis le doigt dessus ! C’est ça, le contrôle, n’est-ce pas ? Si nous le voulions, nous pourrions les réduire en morceaux. Mais si nous le faisions, il faudrait réfléchir à ce qui arriverait à notre lumière, à notre chauffage, à notre air.
Neo : Donc nous avons besoin des machines et elles ont besoin de nous. C’est ça que vous voulez dire, Conseiller ?
Conseiller Hamann : Non, non. Je ne veux rien dire. Les vieux comme moi ne s’embarrassent plus à vouloir démontrer quelque chose. Il n’y a rien à démontrer.
Neo : C’est pour ça qu’il n’y a aucun jeune au Conseil ?
Conseiller Hamann : Bien vu.
Neo : Pourquoi ne me dites-vous pas ce qui vous préoccupe, Conseiller ?
Conseiller Hamann : Il y a tant de choses dans ce monde que je ne comprends pas. Vous voyez cette machine ? Elle a quelque chose à voir avec le recyclage de notre réserve d’eau. Je n’ai absolument aucune idée de la façon dont elle fonctionne. Mais je comprends parfaitement pourquoi elle doit fonctionner. Je n’ai absolument aucune idée de la manière dont vous parvenez à faire certaines des choses que vous faites, mais je crois qu’il y a également une raison à cela. J’espère seulement que nous comprendrons cette raison avant qu’il ne soit trop tard.
Que peut-on extraire comme informations de ce dialogue ? Le sénateur mentionne qu’il a dormi pendant 11 ans ce qui laisse entendre qu’il a été réveillé à l’âge de 11 ans. J’ai déjà mentionné que les enfants n’étaient malheureusement pas épargnés et que beaucoup étaient probablement « agentifiés » très jeunes. C’est peut-être ce que sous-entend ce « 11 ans ».
« Presque personne ne descend ici, sauf, bien sûr, lorsqu’il y a un problème. C’est comme ça avec les gens : personne ne se soucie de savoir comment ça fonctionne, du moment que ça fonctionne. »
Ici, on comprend que le phrase fait référence au psychisme, aux rouages conscients et inconscients qui meuvent un être humain : tant que cet être humain « fonctionne » normalement, on ne descend pas voir plus profondément pour comprendre comment il marche (névroses, désirs, fondements de son agir, peurs…) mais si il y a un problème, même cette société « parfaite » de Zion s’y livre : la personne est décortiquée de part en part dans l’objectif de corriger la trajectoire afin de la faire « fonctionner » à nouveau… Nous faisons tous cela : récemment, j’ai eu le cas d’un enfant proche de moi qui éprouvait des difficultés physiques ayant un retentissement sur ses interactions avec ses camarades, je me suis livré à cette descente dans « la salle des machines » pour tenter de comprendre ce qui se passait et tenter de l’aider. Et bien les choses sont probablement faites de la même manière mais non pas par un individu isolé mais par une structure sécrète et coordonnée. La différence c’est que moi je peux lui confesser sans difficulté ce que je fais. Eux non. Quand on pénètre dans un psychisme pour le comprendre, repérer les cause du dysfonctionnement et le patcher / le corriger, très rapidement on peut franchir la ligne rouge c’est à dire prendre l’autre pour une marionnette. Et c’est pourquoi les sociétés secrètes existent : elles veulent pouvoir corriger, patcher, contrôler les psychismes et comme c’est laid, monstrueux, elles veulent pouvoir le faire secrètement. Voilà à peu prés le tableau.
« J’aime cet endroit. J’aime me rappeler que cette ville survit grâce à ces machines. Ces machines nous maintiennent en vie, tandis que d’autres machines viennent pour nous tuer. Intéressant, non ? Le pouvoir de donner la vie et le pouvoir d’y mettre fin.[…] »
Il semble que notre sénateur apprécie plus les machines qu’on ne pourrait l’imaginer puisqu’il est censé être en guerre contre les machines. Il y aurait donc les bonnes machines [celles qui nous maintiennent en vie c’est à dire les agents qui assurent la sécurité] et les mauvaises machines: celles qui viennent pour nous tuer.
« Mais ici, parfois, je pense à tous ces gens qui sont encore branchés à la Matrice et, quand je regarde ces machines, je… je ne peux m’empêcher de penser que, d’une certaine manière, nous sommes nous aussi branchés à elles. »
Notre sénateur continue à arguer qu’il n’y a pas tant de différence entre Zion et la matrice. Dans les deux cas, il y a une forte dépendance aux machines.
« Bien sûr… voilà. Vous avez mis le doigt dessus ! C’est ça, le contrôle, n’est-ce pas ? Si nous le voulions, nous pourrions les réduire en morceaux. Mais si nous le faisions, il faudrait réfléchir à ce qui arriverait à notre lumière, à notre chauffage, à notre air. »
Néo pense qu’il a le pouvoir parce qu’il peut débrancher les machines mais le peut-il vraiment ? Qu’adviendrait-il de la lumière, du chauffage, de l’air ? La lumière peut ici représenter la lumière générée par les agents eux-même. Comme ils agissent dans l’ombre, ils sont capables d’infiltrer n’importe quelle institution, n’importe quel psychisme pour extraire de l’information, de la visibilité, de la compréhension et donc de la lumière.
D’ailleurs à 10:37, Néo se bat avec des agents mais il est beaucoup fort qu’eux et il casse sans le vouloir un lampadaire bizarre inclu dans une pièce… Ce lampadaire n’est pas là par hasard : Néo, en dévoilant le fonctionnement de la matrice, empêche justement le travail des agents chargés de mettre en lumière (le lampadaire) mais secrètement (dans une pièce fermée) or cette lumière est perçue comme cruciale pour la sécurité.
Que représente le chauffage ? Les individus sont fragiles. S’ils subissent une violence trop forte du système, ils peuvent perdre confiance, s’isoler, se suicider etc. Le système matriciel contient une composante « chauffage » qui consiste à venir « stimuler, reconnecter, rebooster » les gens [d’autres agents] qui décrochent et qui pourraient être tentés de dire la vérité. Cela fonctionne probablement également avec les « endormis encore branchés» qui d’un coup retrouve un vieil ami, tombe par hasard dans la rue sur une veille connaissance qui est justement désireuse de rétablir du lien… Il n’y a pas de hasard : des informations sécrètes ont circulé, évoquant que cette personne « avait froid » et un chauffage discret se met en place. Ainsi la matrice n’apportent pas aux agents qu’un double plancher hideux : elle apporte aussi un système de lumière et de chauffage dont ils ne peuvent plus se passer… Quand à l’air, cela signifie peut-être métaphoriquement le fait de créer des conditions de vie à peu prés respirables pour tout le monde… Tout est patch, programme, trajectoire : tout est faux mais ce « faux » fait du bien à beaucoup de gens qui tueraient donc pour protéger ce système. Les individus seuls sont faibles, égoïstes ou tout simplement démunis face à la détresse d’un proche : mais le chauffage secret collectif leur permet d’agir et aussi de se donner bonne conscience.
Neo : Donc nous avons besoin des machines et elles ont besoin de nous. C’est ça que vous voulez dire, Conseiller ?
Conseiller Hamann : Non, non. Je ne veux rien dire. Les vieux comme moi ne s’embarrassent plus à vouloir démontrer quelque chose. Il n’y a rien à démontrer.
Neo : C’est pour ça qu’il n’y a aucun jeune au Conseil ?
Conseiller Hamann : Bien vu.
Le conseiller ne peut pas le dire clairement parce que c’est laid. Donc il fait ce qu’il sait faire : il ment en disant qu’il ne veut rien démontrer. Car il cherche bien en effet à mettre en exergue la naïveté de Néo, sa jeunesse et sa vision binaire du monde : « les gentils lanceurs d’alerte et les méchants agents », « la vérité contre le mensonge ». Mais il ne peut le faire qu’avec beaucoup de prudence et par le biais de métaphores et de langage à double-entente c’est à dire un langage qu’il lui permet de nier si nécessaire… C’est à dire le fonctionnement de la matrice. On apprend également que c’est la raison pour laquelle il n’y a pas de « jeunes » au conseil : l’âge, la sagesse permettrait d’être plus « souple », d’accepter plus facilement les compromis, d’accepter un plus grand niveau de complexité hors des circuits binaires classiques. D’où l’exclusion des jeunes.
Neo : Pourquoi ne me dites-vous pas ce qui vous préoccupe, Conseiller ?
Conseiller Hamann : Il y a tant de choses dans ce monde que je ne comprends pas. Vous voyez cette machine ? Elle a quelque chose à voir avec le recyclage de notre réserve d’eau. Je n’ai absolument aucune idée de la façon dont elle fonctionne. Mais je comprends parfaitement pourquoi elle doit fonctionner. Je n’ai absolument aucune idée de la manière dont vous parvenez à faire certaines des choses que vous faites, mais je crois qu’il y a également une raison à cela. J’espère seulement que nous comprendrons cette raison avant qu’il ne soit trop tard.
Ici, on comprend en lisant entre les lignes que ce qui préoccupe le sénateur c’est Néo, compris en tant que machine dont il faut comprendre les rouages. Mais pourquoi ? Néo a démontré une grande force d’opposition au système. Il a pu endurer et supporter des nombreux coups sans que cela ne le fasse vaciller. Le sénateur veut comprendre d’où vient cette force et pourquoi le système est perçu comme inacceptable par Néo. Car le sénateur sait que s’il ignore « les signaux faibles » c’est à dire la révolte ou la résistance d’un seul individu particulièrement fort ou tenace, il peut passer à coté d’un début de rébellion plus générale or le sénateur veut pouvoir anticiper vite afin de corriger la matrice pour rendre le monde à nouveau acceptable aux gens comme Néo -- selon ses propres critères ou disons ceux de sa génération -- car sinon d’autres Néo arriveront et détruiront la matrice : autrement dit une révolution brutale, sanglante etc. Or la matrice préfère probablement les changements doux c’est pour cela qu’elle anticipe tant et prend très au sérieux les signaux faibles. Toute la question du sénateur c’est « pourquoi cet homme refuse tant le monde parfait que notre génération lui a construit ? ». Car le sénateur n’est pas idiot : il sait bien qu’ils ont construit « leur monde parfait » mais que « leur monde parfait » est systématiquement perçu comme « horrible, scandaleux » et donc rejeté par la nouvelle génération. Il s’agit de maintenir le système le plus dynamique possible afin de maintenir le contrôle via des transitions douces. C’est pourquoi le psychisme de Néo est perçu comme clef et pris très au sérieux mais c’est son psychisme qui est pris au sérieux, pas ce qu’il dit ou pense : il s’agit de le violer psychiquement pour le comprendre mieux qu’il ne se comprend lui-même, percer à jour tous les rouages de son agir : qu’est-ce qui a été si insupportable pour lui dans notre monde « paradisiaque » pour qu’il soit prêt à sacrifier sa vie ? C’est peut-être à cette question qu’est confronté le sénateur.
Il est évident que je fais un parallèle entre ma situation et celle de Néo. Autrement dit, je suspecte la présence d’un « sénateur » ici ou là. Voyons, à brûle pourpoint, ce qui sort aujourd’hui. Mon manque d’adaptation à leur monde « si magnifique » est la différence de niveau de violence qui existe entre eux et moi, entre la majorité des individus et moi. Mais je ne veux pas me vanter, me targuer d’être un non-violent : je ne présente pas cela comme une vertu ici : j’ai peur de la violence, plus que la moyenne des gens. J’ai donc pris beaucoup de coups sans jamais les rendre et l’addition a commencé à gonfler. Car il y a la loi de l’action et de la réaction. Et quand la matrice est sortie de l’ombre et m’a clairement demandé d’augmenter mon niveau de violence pour me conformer à ce que sont les autres -- des agents qui acceptent la violence --, d’une part je ne le pouvais pas (je ne suis pas câblé comme cela) mais d’autre part, je bénéficiais déjà d’un entraînement de toute une vie à supporter la violence des autres, donc résister à leurs attaques quotidiennes, les endurer stoïquement. Or, comme expliqué plus haut, la matrice doit évoluer dynamiquement pour s’adapter à ce que je suis parce que ce que je suis pourrait bien concerné beaucoup de monde. Il s’agit donc de rendre la matrice -- et donc les gens -- moins violents mais l’équation est complexe pour notre sénateur car la capacité de recourir à la violence est son outil fondamental pour garder le contrôle : l’outil qu’il utilise en routine pour régler la majorité des problèmes. Il n’a donc pas particulièrement envie de se recâbler moins violent. Mais il reste la possibilité des petits patchs factices : je m’étais beaucoup plaint de la violence à l’école. Et donc apparaissaient -- peut-être en lien avec moi ou peut-être pas -- des nouvelles lois ou règles concernant la violence scolaire : une meilleur prise en compte des situations de harcèlements par exemple. Mais ce ne sont que de vulgaires patchs : il n’y a pas de volonté réelle de travailler sur les fondements de la violence. Et je ne sais pas si notre sénateur ne le peut pas [parce qu’il est limité cognitivement ou par les difficultés de coordination que cela implique] ou si il ne le veut pas. Il est dit -- à deux reprises dans la trilogie matrix -- qu’ils avaient volontairement créé une matrice imparfaite c’est à dire un monde dur, brutal pour répondre à l’imperfection humaine. Il n’est pas impossible qu’un certain nombre d’abrutis pensent en terme de « nécessaire souffrance » ou « nécessaire violence » car reflétant selon eux les besoins, désirs les plus profonds, les plus obscures, les plus noirs de l’être humain. En conséquence, ils implémenteraient un monde plus dur que ce qui est réellement nécessaire. Je leur souhaite donc bien du courage dans leur entreprise pour prendre en compte réellement les rouages de mon psychisme afin de rendre la matrice « acceptable pour les gens comme moi » sans toucher aux fondements de la violence c’est à dire sans, entre-autre, se réécrire eux-même de part en part !
Ainsi c’est peut-être la différence de « peur de la violence sous toute ces formes physiques et psychique » qui nous sépare : une différence génétique ou circonstancielle mise en place dans la petite enfance. Et il n’y a rien qui puisse m’attirer dans votre monde et je ne vois pas comment vous pourriez vous aligner sur le mien. D’où ma seule position tenable pour moi : hors de votre matrice violente à en pointer du doigt sa limite intrinsèque : VOUS n’avez pas suffisamment peur de la violence. Et je ne peux pas rentrer dans votre génome pour changer les nucléotides qui diffèrent ou intervenir dans votre petite enfance pour y générer les mêmes empreintes que celles qui se sont gravées en moi. Qui peut tolérer un monde 10 fois, 100 fois plus violent que lui ? Vos petites piqûres via les messages distillés en masse ne représentent que votre volonté de paraître peu violent à vos propres yeux. Il s’agissait de trouver un moyen d’être vraiment violent avec celui qu’on veut mater mais sans que les exécutants de cette violence ne la ressentent dans toute sa vérité… Les narratifs de la télévision préparent le terrain en montrant une quantité colossale de meurtres, de guerres, d’atrocités, de viols afin de mieux préparer les futurs agents à distiller de simples petites piqûres, des petits internements « pas bien méchants » auxquels ils consentent facilement grâce au décalage de violence ressentie par rapport à ce que montre la télévision : décalage qui a été justement implémenté à cette fin… Une technologie pour générer du consentement à la violence chez tout un chacun… Voilà votre monde formidable. Et je ne sais pas comment vous faire sortir de ce guêpier puisque nos niveaux de violence intrinsèque respectifs sont trop différents.
Revenons à nos moutons. Il est également possible que la figure du sénateur représente Néo quand il sera devenu vieux. Jeune, il est présenté comme naïf sur la question de la vérité et de la liberté. La maturité lui permettrait d’atteindre la sagesse du vieux loup de mer devenu sénateur -- qui se garde bien de dire ce qu’il pense. Il est fort possible que cette figure politique représente celle qui est « voulue, souhaitée » dans les différents parlements du monde. Le système consisterait à choisir des résistants, entre autre prêts à se mouiller sur la question liberté/vérité mais qui, avec l’âge, finiraient par adopter une sorte d’attitude réservée, condescendante, pleine de compromis -- attitude jugée la plus effective, la moins pire sur le plan du pragmatisme dans la capacité de guider les masses face à la réalité des situations qui se présentent et qu’il faut bien gérer.
Cette figure du sénateur est particulièrement importante si vous voulez comprendre la vérité. Il peut s’agir du « moule » actuel de fabrique des responsables politiques. Mais il peut également s’agir d’une présentation du moule « souhaité » depuis Zion face à un autre moule de « la matrice » en vigueur. Je penche plutôt pour la première hypothèse car le narratif est de nature à convaincre. Le moule de base serait donc de confier la responsabilité politique à des résistants qui ont mis de l’eau dans leur vin.
La question que vous devriez vous poser c’est : est-ce que c’est ce que vous voulez ? Mais aussi est-ce que vous avez quelque chose de mieux à proposer ?
Mes considérations du jour sur les niveaux de violence me font voir également qu’au fond, le système est constitué par le niveau de violence moyen des individus (ou le niveau de peur de la violence). Ceux qui sont plus violents que la moyenne se feront redressés (prison, sanctions diverses), ceux qui sont moins violents que la moyenne le payeront en terme de faculté d’adaptation, de capacité à se faire respecter, à trouver leur place et à la défendre. D’un point vue strictement égoïste, chacun a intérêt à être le plus proche de la moyenne sur ces questions car cela participera largement à sa position dans la société. A y regarder de prêt, même moi, avec mon niveau de violence bien plus bas que la moyenne de la gaussienne, j’ai intérêt à décaler cette gaussienne pour la centrer sur moi afin de pouvoir punir les plus violents que moi et dominer les moins violents…
Le choix des leaders politiques peut être perçu comme crucial car une fois au pouvoir, ils vont naturellement percevoir le « monde parfait » selon leur propre niveau de violence/ peur de la violence. Et ce niveau n’est pas forcément fixe : on peut goûter à la violence puis y prendre goût si elle est asymétrique c’est à dire si on peut donner des coups en toute impunité sans en recevoir. Cela m’est déjà arrivé : je dirais même qu’il est possible que je fasse cela tous les jours sans m’en rendre compte. Nous avons tous un algorithme qui cherche à calculer, identifier le niveau de violence de l’autre, de sa peur de la violence. Si le résultat du calcul c’est que l’autre a plus peur que nous, alors nous sommes plus enclin à le dominer par de la violence subtile. Étant donné notre nature humaine, il est fort à parier que nos sénateurs n’aient guère d’autres outils que des patchs ici ou là avec plus ou moins de violence en essayant de paraître mesuré aux yeux des autres et à leurs propres yeux. Il s’agit de faire naviguer le bateau « humanité » bon an, mal an sans couler, en gérant l’urgence et l’intérêt du plus grand nombre sans trop s’appesantir sur « les détails » : les suicides, les vies brisées, la souffrance inutile générée, la violence inutile, la foule des gens maintenus dans leur cellule de zoo toute leur vie… Garder le contrôle à tout prix avec pour seul outil, le patch. Même les outils de « plus bas/profond niveau » ne seront toujours pour moi que des patchs. Et se retrouver à disserter sur le fait qu’il n’y a pas tant de différence entre tel « truman » [en référence au film truman show] qui n’est jamais sorti du monde factice dans lequel les autres le maintiennent cruellement et son propre rôle, statut de sénateur : cela ne fait pas envie n’est ce pas ? Mais les interactions humaines sont structurellement -- au moins actuellement -- composées de violence et d’ombre. Alors que faire ? Que voulons-nous ? Que voulez-vous ? J’en reviens toujours à la même idée : la seule solution est à chercher à l’intérieur de nous, pas à l’extérieur. Pourquoi dans telle situation ai-je tant besoin d’ombre ? Pourquoi dans telle situation, quelque chose en moi réclame, hurle : « donne-lui un coup de bâton à cet autre qui est différent »… Vous ne vous posez pas ces questions ? Le monde tel qu’il est vous paraît beau et vous êtes heureux ? Mais êtes-vous sûr que ce n’est pas tout simplement parce que votre niveau de violence est situé à peu prés sur la moyenne et donc que vous pouvez facilement tirer votre épingle du jeu ? La matrice peut changer : la gaussienne peut se décaler à gauche ou à droite et d’un coup vous vous retrouvez décentré: trop violent ou pas assez, avec toutes les conséquences… Et vous vous mettez à vous poser ces questions, en particulier si vous n’êtes pas en mesure de vous adapter.
Néo n’est pas forcément le sénateur jeune. En effet, il y a une dimension très importante chez Néo : c’est l’importance de l’amour. Son amour pour Trinity. Moi-même, je ne me considère pas comme un grand expert en matière d’amour : j’aime maladroitement, peut-être même peu : la nature m’a câblé principalement sur liberté et vérité. Sur le mot amour, je me sens mal/insuffisamment pourvu donc je ne me sens pas comme Néo. Néanmoins nous partageons tous les deux un certain rapport à l’absolu : lui via son amour pour Trinity qu’il fait passer avant tout. Moi pour d’autres raisons. Et c’est peut-être pour cela que Néo semble faire bien peu de cas du discours du sénateur. Il ne siégera d’ailleurs jamais dans la moindre instance politique de Zion. Peut-être est-il le naïf de l’affaire ? Peut-être pas. On notera également que dans ce volet de la trilogie, Néo n’hésite pas à sacrifier l’humanité pour tenter de sauver Trinity : il choisira la porte de gauche dans la séquence avec l’architecte. Que représente exactement Trinity ? C’est difficile à dire. Il me semble peu probable qu’il s’agisse de l’amour charnel, romantique entre un homme et une femme. Ce qu’incarne Trinity n’est pas clair mais le mot « Trinity » fait clairement référence à la religion Chrétienne, donc à Dieu, au transcendant. Ou aux composantes morales de la religion Chrétienne : « aime tes ennemis », « aime ton prochain », « si on te frappe sur une joue, tend l’autre », « pardonne à ceux qui t’ont offensés ». Il s’agit peut-être du mot « amour » au sens grec « agapé » c’est à dire l’amour le plus pur, le plus spirituel, le plus beau : l’amour qui réchauffe tout le monde, tous les cœurs sans distinction comme le soleil qui brille pour les bons comme pour les méchants. Au fond, la matrice, par son acceptation de la violence et du faux, semble essentiellement incompatible avec la religion Chrétienne. Et c’est peut-être pour cela qu’à la fin de la trilogie, Trinity meurt juste avant la réédition de Néo : elle ne peut pas le suivre car ses fondements même [Christianisme] sont l’amour et la non-violence or ce ne sont pas exactement les fondements de la matrice… Il semble néanmoins qu’elle meurt en comprenant voire même en soutenant la reddition de Néo : c’est étrange mais c’est aussi la définition de l’amour « agapé » Chrétien : l’absence de jugement. Ainsi elle ne meurt pas en désaccord contre Néo mais elle meurt tout de même.
La figure des enfants
21:18 : un pilote de vaisseau rentre dans son foyer et croise ses neveux et nièces. Il les prends tous les deux dans ses bras puis leur fait remarquer :
« vous êtes gigantesque, c’est à vous de me porter »
Et les enfants s’exécutent alors que le pilote s’accroche à une barre tout en faisant mine que ce sont les enfants qui ont réussi à le porter.
« Oh mon Dieu, mais qu’est ce que tu leur donnes à manger ? » dit-il à sa sœur.
Cette scène, d’apparence banale, ne l’est peut-être pas. Dans un film comme cela, le réalisateur et le monteur se retrouvent avec des heures de « pellicules » et il faut choisir quoi garder : il y a donc une intense compétition des scènes et des dialogues pour tout faire rentrer en 2 h 15. Dans un film d’action et de science-fiction officiellement destiné plutôt aux 12-30 ans, pourquoi perdre une minute avec une scène sans grand intérêt a priori ? Pourquoi cette scène a survécu à la compétition ? Parce qu’elle contient un message politique. D’une certaine manière et d’un certain point de vue relatif, ce sont peut-être les enfants [au sens métaphorique, ceux qui sont naïfs, qui ignorent tout de la matrice, qui sont façonnés par les agents autour d’eux 24h/24] qui donnent les grandes lignes et orientations politiques au monde. La matrice doit convaincre les agents que la répartition politique des rôles est équilibrée et donc pas complètement injuste vis à vis de ceux qui sont comme des chimpanzés dans un zoo : on leur donne donc potentiellement un pouvoir dont ils ignorent tout : celui de dessiner les grandes lignes du monde idéal. Ce n’est qu’une hypothèse mais qui est corroborée par le petite fille nommée Sati. A la fin de matrix Révolution, cette petite fille dessine une aube magnifique plein de couleurs. Cet aube est factice, c’est un programme de la matrice mais c’est une enfant qui l’a dessiné. On y voit le soleil, la lumière du jour mais ce n’est pas « le vrai jour/ le vrai soleil» car la matrice reste active évidemment. Ce n’est que « le jour/le soleil » relativement à l’aspiration profonde de la petite fille, aspiration extraite par les agents puis implémentée par eux. Quelque chose dans le genre. Toujours à titre de piste et d’hypothèse bien-sûr.
La figure du jeune homme
15:24 : Un adolescent de 16 ans est fan de Néo. Trinity laisse entendre que c’est parce que Néo l’a sauvé. Mais ce dernier réponds « je n’ai rien fait ». Puis le jeune discute avec Néo :
« je suis là grâce à toi ». Et Néo réponds « tu m’as trouvé et non l’inverse ». Le jeune insiste « tu m’as tiré d’affaire, tu m’as sauvé » . Mais Néo insiste : « tu t’en es tiré tout seul ».
Cet échange peut correspondre à plusieurs situations. Il peut s’agir de la situation où un agent amène petit à petit une personne « endormie, aveugle, dans la matrice » à prendre conscience de la réalité : à identifier la bulle dans laquelle il était maintenu depuis toujours et à en sortir, en devenant à son tour un agent, agissant dans l’ombre sur la scène politique, sur les situations qui apparaissent quotidiennement autour de lui. Il n’est pas impossible qu’une certaine forme de gratitude apparaisse entre les endormis et leurs réveilleurs. Mais ce n’est pas mon explication principale.
Beaucoup plus probable au regard de la fin du volet 1 de la trilogie, Néo a réussi à propager la vérité suffisamment habilement pour que des personnes endormies dans la matrice en prennent conscience et se libèrent seules, c’est à dire sans les agents et sans l’accord du pouvoir en place. C’est pour cela qu’il est considéré comme si dangereux et si fort : il est capable de faire ce dont personne n’est capable : réveiller quelqu’un, le sortir de la matrice sans l’accord du pouvoir en place. Comment s’y est-il pris ? Ce n’est pas facile car (1) la plupart des gens sont déjà des agents donc tu n’apprends rien à personne et tu ne peux pas savoir qui ignore la vérité. (2) Les enfants sont retournés très tôt -- en particulier si il y a quelqu’un autour d’eux prompt à vouloir leur transmettre ce qu’il sait. C’est donc un casse-tête pour celui qui veut se lancer dans ce type de projet. Une hypothèse est que le processus de transmission de la vérité s’est effectuée via le film matrix lui-même, entre-autre via le fameux lien à la fin du film. Ce lien aurait permis réellement à quelques uns -- particulièrement curieux ou motivés -- de comprendre la vérité et de sortir de la matrice.
Il est vrai que dans un certain sens, je suis dans une position similaire et qu’en 2026, le web apparaît comme la méthode de choix pour y écrire la vérité, y laisser une trace accessible à un autre. Quelle autre possibilité y a t’il réellement ?
- E-mails massifs à tout son carnet d’adresse mais cela consiste essentiellement à dire à vos proches : « vous êtes des monstres » puisque l’immense majorité sont des agents. Je crains de faire plus partie de la maladie du monde que de sa guérison par cette approche car cela induit culpabilité, sentiment d’impuissance, tristesse, risque de suicide car les agents n’ont probablement pas le choix : ce ne sont pas eux qui ont créé ce système : ils n’en sont que des pions même si rien dans leur attitude ne laisse entendre qu’ils le dénoncent ou le méprisent : c’est plutôt le contraire : ils semblent l’aimer leur système malgré les niveaux de violence inouïes qu’ils me font subir.
- Acheter des encarts publicitaires pour y écrire un message. Mais quel message ? Quelle phrase va faire mouche dans l’esprit d’un « endormi » pour qu’il prennent conscience de la vérité ? D’autre part, cela a un coût financier et la matrice ne va pas laisser faire : un gaspillage d’argent et d’énergie qui ne mènera très certainement à rien si ce n’est à l’épuisement et au ressentiment de celui qui se lance dans une telle direction.
- Faire savoir la vérité oralement à son entourage et qu’ils sachent bien que vous n’avez jamais cédé et que vous n’en êtes pas. Qu’ils sachent que votre liberté d’expression n’a pas de limite et qu’à la seconde où vous rencontrez quelqu’un qui ignore la vérité et qui a un certain âge [personnellement, je ne vais pas me lancer dans la course à l’âge et au recrutement « aux biberons » : je laisse cela à ceux qui aiment ça !], il connaîtra immédiatement votre version de la vérité.
- Le site Web comme porte d’entrée possible. Il faut le faire dans un esprit d’efficience réel tout en sachant que tout sera fait pour que personne ne puisse jamais être réveillé grâce à votre site Web. Il ne faut donc nourrir aucun espoir. Il faut aussi le faire pour soi, pour purger son psychisme d’une demande raisonnable : « j’ai fait ce que j’avais à faire ». Et dans une logique stoïcienne : « ce qui ne dépend pas de moi ne me concerne pas ».
- Admettons qu’on me donne un micro pour m’adresser à tous ceux qui sont encore branchés dans la matrice : est-ce que je leur dirais la vérité ? Bien évidemment. Pourquoi dire la vérité ? Parce que ce qui me gène n’est pas tant « le système politique avec ses défaillances a un temps t », ce qui me gène c’est qu’ils s’en contentent. En tout cas c’est ce qui m’ apparaît. Si un frère, une fille, un ami se suicide à cause de la matrice ou qu’il voit sa vie brisée en 1000 morceaux, je n’ai pas le sentiment que chaque agent autour de la situation va réquisitionner au plus profond de lui son énergie et ses forces intellectuelles pour chercher et trouver une solution, un meta-système alternatif. Ils vont simplement implémenter un petit patch pour se donner bonne conscience puis détourner le regard et laisser agir le temps pour qu’il efface leurs douleurs et les ramène petit à petit vers notre faiblesse humaine à tous : la recherche du confort. Face au zoo et tous ses drames, les agents détournent le regard avec une petite gène mais légère pour vite se reconcentrer sur la maximisation de leur vie confortable. Je ne vaux probablement guère mieux mais au moins je peux le dire : au fond, vous vous contentez de ce système tant que ce dernier ne vous dévore pas au plus profond de vous-même. Tant que cela concerne le malheur des autres, vous mettez bien peu de force et d’intelligence pour changer les choses. J’ai affaire à des pangloss [voir le livre Candide de Voltaire]: quelle que soit la situation « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles » : « quand il y a un raté, pleurons, implémentons un petit patch et retournons vite à notre confort et notre certitude qu’il n’y a pas d’alternative ». Je ne vois dans tout cela que des fonctionnements psychiques mécaniques avec bien peu d’invocation de la force et de l’intelligence du cœur de l’humain et de l’humanité. Le zoo, au fond, tant que vous n’y êtes pas [sauf pour les cyphers obnubilés par leur viande], vous vous en contentez parce que cela ne vous concerne plus. Voir des chimpanzés dans une cage, même si c’est votre frère, vous vous en contentez tant que ce n’est pas vous. Cela donne une idée de la force de votre amour, de « la qualité » du moule dans lequel nous avons tous été façonné. Nul doute que ça ricane en face : mes mots déclenchent immédiatement un contre-argumentaire interne à base de « il ne sait pas que », « il ne voit pas que », « oui mais nous au moins... », « il fait mine d’ignorer notre souffrance à nous », « il y a une contrepartie... », « notre position est pire que la sienne alors…. » : un bla-bla automatique de protection psychique se met en place parce que nous ne sommes que des marionnettes au sens Gurdjieffien du terme : nous ne contrôlons pas nos pensées, elles s’imposent à nous. Et là, on peut se demander qui est dans la tête de qui.
Revenons à nos moutons. Néo a réussi à sortir ce jeune de la matrice (peut-être par un site web que le jeune a trouvé tout seul) et il est alors en mesure de lui proposer quelque chose: Zion c’est à dire la résistance à la matrice. Dans mon cas, il n’y a pas de Zion. Admettons qu’une personne découvre la vérité sur mon site Web, me croit et refuse de devenir un agent. Elle se retrouvera dans la même situation que moi : seule, violée par tous : une vie misérable, bien qu’à mon sens, supérieure à celle du zoo. La vérité fait mal mais elle est infiniment préférable à la matrice. Existe-il aujourd’hui, en 2026, un Zion quelque part ? C’est possible mais j’en doute. Si une structure de type « Zion » existe, il me semble guère probable qu’elle soit complètement en dehors de la matrice. Or ce qui n’est pas complètement dans la matrice est… dans la matrice. Si une structure de type « Zion » existe quelque part, immédiatement, les problèmes relatifs à l’organisation, l’obéissance, la gestion des désaccords, des conflits, la liberté d’expression se posent exactement comme dans la matrice. Et les solutions trouvées sont bien souvent celles de la matrice. On peut se demander dans quelle mesure Zion ne fédèrent pas toutes les natures de type « rebelle », « porté à la désobéissance », « ayant un problème avec l’autorité » pour en réalité rapidement remettre en place « une hiérarchie parmi ces rebelles » et se demander comme le sénateur « en quoi sommes-nous si différents de la matrice ? ». Il va de soi que se gérer politiquement « entre rebelles suffisamment forts, intelligents et tenaces » pour avoir su quitter la matrice est probablement plus facile que de gérer une pluralité d’humains beaucoup plus larges incluant les faibles qui suivent le premier système politique qui s’impose à eux. C’est plus facile, plus confortable, un « entre-soi » de forts qui s’estiment mieux que les autres. Mais ça ne règle pas le problème de fond : quel système politique dans un contexte de pluralité d’opinions, de psychisme, de niveau de violence etc. Dans mon cas, la question ne se pose pas car je n’ai jamais été approché par une quelconque structure de type Zion. Si c’était le cas, je ne le refuserais probablement pas [dans l’hypothèse impossible d’un Zion réellement hors matrice] car comme tout être humain, j’aspire à plus de confort induit par le partage des idées, la confrontation fertile des points de vues, mais il n’est pas sûr que mon positionnement leur convienne… Seuls vivent les indomptés. Et je n’ai rien de mieux à proposer que la solitude à ceux que j’aurais réveillé ou plus humblement, comme le dit Néo, qui se seraient réveillés tout seuls en tombant plus ou moins par hasard sur mon site web. Une solitude partielle car ils pourront toujours échanger et discuter avec moi alors que sans moi, c’est la solitude totale : personne avec qui réellement échanger sur tout cela. Et c’est actuellement ma situation et ce fût celle de Rousseau. Ce n’est pas particulièrement drôle mais c’est nettement mieux que de devenir un monstre / un rouage / un persécuteur.
L’oracle
Commençons par prendre connaissance du discours entre Néo et l’oracle :
- Approche, je ne vais pas te mordre. Viens là que je te regarde. Bonté divine, tu as changé ! Tu en imposes pas vrai ? Comment te sens-tu ? Je sais que tu ne dors pas. On y viendra. Viens donc t’asseoir cette fois.
- Je n’y tiens pas.
- Comme tu voudras.
- Je voulais m’asseoir.
- Je sais. Débarrassons nous des questions superflues.
- vous n’êtes pas humaine.
- Difficile de trouver plus superflu.
- D’après moi, vous êtes un programme du monde des machines. Tout comme lui.
- Jusqu’ici c’est juste.
- Alors vous feriez partie intégrante du système. Un contrôle d’une autre sorte.
- Continue.
- La question la plus superflue c’est… comment vous faire confiance ?
- C’est un vrai casse-tête. Malheureusement il n’y a aucun moyen de le savoir. C’est à toi de voir. C’est à toi de décider de croire ce que je vais te dire ou de le rejeter. Tu veux un bonbon ?
- Vous connaissez ma réponse ?
- Je serais un piètre oracle sinon.
- Si vous la connaissez comment prendre une décision ?
- Tu n’es pas là pour prendre une décision. Tu l’as déjà prise. Tu veux savoir pourquoi tu l’as prise. Je pensais que tu aurais déjà compris tout ça.
- Pourquoi êtes-vous là ?
- Pour la même raison. J’adore les bonbons.
- Mais pourquoi nous aider ?
- On a tous une tâche à accomplir. Une seule chose m’intéresse : l’avenir. Et je sais que la seule façon d’y aller, c’est ensemble.
- Il y en a d’autres comme vous ?
- Non, pas comme moi.
- Regarde, tu vois ces oiseaux ? Un programme a été écrit pour les diriger. Un autre programme régit les arbres et le vent, le lever, le coucher du soleil. Il y a des programmes partout. Ceux qui font leur boulot, qui remplissent leur rôle, sont invisibles. Leur présence est insoupçonnable. Mais les autres… Ils font parler d’eux.
- Pas que je sache.
- Mais si bien sûr.
- Chaque fois que quelqu’un a dit avoir vu un fantôme ou un ange. Les histoires de vampires, de loups-garous ou d’extraterrestres… C’est le système qui assimile un programme qui fait quelque chose qu’il n’est pas censé faire.
- Des programmes qui piratent des programmes. Pourquoi ?
- Ils ont leurs raisons… mais un programme préfère l’exil à la suppression.
- Pourquoi serait-il supprimé ?
- Il tombe en panne. Un programme plus performant le remplace. C’est très courant.
- Quand ça se produit.. le programme choisit soit de se cacher ici… soit de retourner à la Source.
- A l’ordinateur central.
- Oui, où tu dois te rendre… où s’arrête la route de l’élu.
- Tu l’as vu en rêve n’est ce pas ? Une porte de lumière. Qu’arrive t’il quand tu passes la porte ?
- Je vois Trinity. Et il se passe quelque chose. Une chose horrible. Elle se met à tomber. Et je me réveille.
- Tu la vois mourir ?
- Non
- Tu es devenu visionnaire. Le monde n’a plus d’espace temps.
- Pourquoi je ne vois pas ce qui lui arrive ?
- On ne voit jamais au-delà des choix qu’on ne comprend pas.
- Je dois décider de sa vie ou de sa mort ?
- Non, tu as déjà fait ton choix. Maintenant tu dois le comprendre.
- Je ne peux pas. Je ne veux pas.
- Il le faudra bien.
- Pourquoi ?
- Parce que tu es l’élu.
- Et si je n’y arrive pas ? Que se passe t’il si j’échoue ?
- Alors Zion tombera. Tu peux sauver Zion si tu vas à la source. Le maître des clés t’y mènera.
- Le maître des clés ?
- Oui, il a disparu. On ne sait pas ce qu’il est devenu. Il est retenu prisonnier par un programme très dangereux. Un des plus anciens. Il s’appelle le mérovingien. Il aura du mal à le laisser partir.
- Que veut il ?
- Que veulent les hommes qui ont du pouvoir ? Plus de pouvoir.
- Rends toi la bas à l’heure dite précise et tu auras une chance de réussir.
- On dirais qu’à chaque fois que je te rencontre, je t’annonce des mauvaises nouvelles. Je suis désolé, vraiment désolé. Mais si ça peut t’aider, tu m’as donné la foi. Bonne chance, petit.
Quelle information importante peut-on extraire de ce dialogue ?
L’oracle est un programme qui appartient à la matrice. Un contrôle d’une autre sorte. La question du bonbon n’est pas anodine. Néo veut un bonbon et l’oracle confesse qu’elle aussi est là parce qu’elle aime les bonbons. Ces bonbons [qui intéressent autant les hommes que les programmes] pourraient faire référence à la nature de l’homme : foncièrement intéressée, qui attend, qui « expect » quelque chose. Un sucrerie qui varie suivant les caractères mais on retrouve en général « le pouvoir » sur le podium. « Pouvoir » pris ici dans un sens très large. Mettez confort, reconnaissance, plaisir, satisfaction des désirs si cela vous chante. Ce qu’il faut voir c’est que cela nous touche tous. Prenez tout le temps nécessaire pour analyser la question « what do you want ? ». Si j’analyse les bas-fonds de mon psychisme, je peux facilement trouver un « après tout ce que vous m’avez fait, bande de salopards, il est temps que les rôles s’inversent et que je devienne le chef ». Ce n’est pas une tare ou la mise à jour d’une nature particulièrement ambitieuse : nous avons tous besoin de « recevoir » et nous aimons tous les bonbons. Le reconnaître est un préalable pour pouvoir espérer en être libre ou du moins, de ne pas se retrouver prisonnier de désirs sans limite c’est à dire inassouvissables. Oui, nous avons tous envie de bonbons et l’oracle le sait très bien car elle aussi est comme cela.
« On a tous une tâche à accomplir. Une seule chose m’intéresse : l’avenir. Et je sais que la seule façon d’y aller, c’est ensemble. »
Cette idée n’est pas nouvelle dans le domaine de la science-fiction et on la retrouve dans d’autres œuvres comme Dune avec la confrérie féminine des Bene Gesserit dont la mission est de préparer l'humanité à un avenir qu'elles jugent souhaitable ou nécessaire.
Il est probable qu’un certain nombre d’agents, de programmes soient tout particulièrement chargés de cette mission. Et rappelez-vous que ce n’est pas seulement à l’échelle de la planète c’est à l’échelle local : c’est une mère qui planifie secrètement les grandes lignes du futur de son fils ou de sa fille. Le fait que l’oracle soit une femme et qu’il en soit de même dans Dune, pourrait laisser entendre que cette tâche incomberait plus spécifiquement aux femmes, aux mères.
« Et je sais que la seule façon d’y aller, c’est ensemble. »
L’oracle laisse entendre que les modifications du monde, de la matrice doive se faire dans la matrice c’est à dire doivent dépasser la division binaire entre humain et machine. Elle sous-entend donc que le rôle de l’élu inclut une forme de réédition ou au minimum de compromis avec les machines.
« Il y a des programmes partout. Ceux qui font leur boulot, qui remplissent leur rôle, sont invisibles. Leur présence est insoupçonnable. Mais les autres… Ils font parler d’eux. »
Tous les agents ont des missions secrètes : cela leur confère un but, une finalité. Il en résulte des programmes [de manipulations] partout et pour tout. Ils sont insoupçonnables car tout est fait pour laisser entendre à chaque fois qu’il ne s’agit que de hasard. Vous tombez par hasard sur un vieil ami dans la rue. Programme. Vous tombez par hasard sur un article dans un magazine qui traite d’un sujet qui vous intéresse professionnellement ? Programme. Un proche vous parle d’une poste qui se libère dans un domaine que vous affectionnez ? Programme. Cette fille qui vous plaît et qui fait tomber ses courses devant vous pour que vous l’aidiez à les ramasser afin d’initier le contact. Programme.
L’oracle aime bien-sûr quand les programmes font leur travail de manière invisible. Et n’aime pas ceux qui font parler d’eux : les programmes qui ne font pas ce qu’ils sont censés faire. Ceux-là risquent l’exil ou la suppression. Ces programmes qui ne font pas ce qu’ils sont censés faire, ou se font dépasser, ou le font mal ce ne sont que des agents humains qui vieillissent, ne sont pas contents, veulent autre chose que ce qu’ils ont, ne sont plus suffisamment performant ou furtif pour X ou Y raisons et il faut bien que le système leur trouve quand même une place, une voie de garage où ils ne font plus trop parler d’eux et où on peut canaliser et contrôler leur écarts.
« - Oui, il a disparu. On ne sait pas ce qu’il est devenu. Il est retenu prisonnier par un programme très dangereux. Un des plus anciens. Il s’appelle le mérovingien. Il aura du mal à le laisser partir.
- Que veut-il ?
- Que veulent les hommes qui ont du pouvoir ? Plus de pouvoir. »
Ici l’oracle confesse ouvertement qu’un programme est un homme. Le système, pour garder le contrôle et la sécurité, a besoin de déterminisme. Confier une mission secrète à chaque homme permet ce déterminisme et ce contrôle, à condition que chaque mission soit correctement réalisée c’est à dire insoupçonnable. Que chaque agent exécute parfaitement sa partition, sa mission, son rôle. Voilà les grandes lignes du monde dans lequel nous vivons.
L’agent Smith
Voici le dialogue entre Smith et Néo (traduction française venant d’une IA) :
Smith : Monsieur Anderson ! Vous avez reçu mon colis ?
Neo : Oui.
Smith : Bien.
Morpheus : Smith.
Link : Quel qu’il soit, il ne réagit pas comme un agent.
Smith : Surpris de me voir ?
Neo : Non.
Smith : Alors vous en avez conscience.
Neo : Conscience de quoi ?
Smith : De notre connexion. Je ne comprends pas entièrement comment elle s’est produite. Peut-être qu’une partie de vous s’est imprimée sur moi, quelque chose a été réécrit ou copié. Mais à ce stade, cela n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est que quoi qu’il se soit passé, cela s’est produit pour une raison.
Neo : Et quelle est cette raison ?
Smith : Je vous ai tué, Monsieur Anderson. Je vous ai regardé mourir… avec une certaine satisfaction, je dois l’avouer. Et puis quelque chose s’est produit. Quelque chose que je savais impossible, mais qui s’est produit malgré tout. Vous m’avez détruit, Monsieur Anderson. Après cela, je connaissais les règles, je comprenais ce que j’étais censé faire, mais je ne l’ai pas fait. Je ne pouvais pas. J’ai été contraint de rester, contraint de désobéir. Et maintenant me voilà ici à cause de vous, Monsieur Anderson. À cause de vous, je ne suis plus un agent du système. À cause de vous, j’ai changé. Je suis débranché. Un homme nouveau, pour ainsi dire. Comme vous, apparemment libre.
Neo : Félicitations.
Smith : Merci. Mais comme vous le savez très bien, les apparences peuvent être trompeuses. Ce qui me ramène à la raison pour laquelle nous sommes ici. Nous ne sommes pas ici parce que nous sommes libres. Nous sommes ici parce que nous ne sommes pas libres. On ne peut pas échapper à la raison, ni nier le but. Car, comme nous le savons tous les deux, sans but, nous n’existerions pas.
Smith 2 : C’est le but qui nous a créés,
Smith 3 : Le but qui nous relie,
Smith 4 : Le but qui nous attire,
Smith 5 : Qui nous guide,
Smith 6 : Qui nous pousse,
Smith 7 : C’est le but qui nous définit,
Smith 8 : Le but qui nous lie.
Smith : Nous sommes ici à cause de vous, Monsieur Anderson. Nous sommes ici pour vous prendre ce que vous avez essayé de nous prendre. Le but.
Analysons tout cela ensemble :
« Smith : Monsieur Anderson ! Vous avez reçu mon colis ? »
Smith a débranché son oreillette et l’a transmis à Néo. L’oreillette est lourde de sens : être un agent c’est être relié en réseau avec les autres : transmettre et recevoir de l’information. Je me pose la question depuis le début : comment cette information se transmet ? Elle peut se transmettre par des moyens non technologiques, par le biais d’une communication sécrète à double-entente ou en laissant traîner des messages codés ici ou là. Mais elle peut également passer par une transmission temps réel de l’information via un dispositif miniature fonctionnant avec des ondes radio / électromagnétiques (une oreillette secrète implantée chez tous les agents leur permettant la connexion au réseau). Ce ne sont que des hypothèses de ma part.
Il m’est difficile de comprendre exactement ce qu’est Smith mais il est possible qu’il s’agisse d’agents ayant échoués dans leur tentative de retournement de Néo, d’agents qui se sont fait démasquer, d’agents qui ont été suspecté soit d’incompétence soit de trahison et dont le système préfèrent se détacher en guise de punition et d’exemple pour les autres. Et cette punition consiste à leur retirer l’oreillette c’est à dire l’information sur la nature de la réalité, la connexion au groupe pour pouvoir jouir de tous les avantages que cela procure. Il m’a semblé avoir remarquer qu’effectivement, si aucun agent ne m’a jamais parlé, c’est parce que le bonbon qu’on leur donne est d’une valeur inestimable. C’est une sorte de mamelle dont ils ne peuvent plus se passer une fois qu’on leur a fait y goûter : et cette mamelle a un coût : obéissance, mensonge, obligation relative d’efficacité dans le réseau mais elle apporte un tel bénéfice en terme de sécurité, de contrôle sur sa vie [on ne fait probablement plus l’objet de manipulation par les autres], de finalité, de but qui nous est offert via les missions secrètes : tous ces emplois chiant à mourir où on compte les secondes et les minutes : ils existent encore mais « le but » les rends beaucoup plus supportable car il offre ce dont les humains ont besoin : une certaine forme de complexité et d’autonomie ce que permet justement la réalisation de la mission secrète. En apparence vous êtes peut-être caissier dans un supermarché mais en réalité, votre position de caissier vous offre une multitude de possibilité d’exercer vos missions sécrètes et cela fournit un sens à votre vie : c’est probablement jouissif d’avoir enfin du pouvoir sur le réel, du pouvoir de façonner le réel depuis sa position, depuis ce qu’on voit : ils appellent cela le pouvoir de « conduire » : le pouvoir de se conduire soi mais également de diriger une équipe secrètement par rapport à tel but etc. C’est cela que Smith prétend avoir perdu à cause de Néo. Il récupère une fausse liberté, privé de son oreillette car il préfère 1000 fois sa situation antérieur avec son « rôle », son but [la traduction française préfère traduire « purpose » par « rôle » que par « but »] que de se retrouver débranché, seul, sans finalité. Bien-sûr mes allégations restent hypothétiques mais il pourrait bien y avoir « quelque chose dans le genre ».
Smith indique avoir un lien, une connexion avec Néo. Je ne sais pas exactement à quoi cela correspond : il pourrait s’agir d’agents mécontents car sanctionnés d’avoir échoué dans leur mission concernant Néo. Il pourrait également s’agir d’agents qui voient Néo libre dans sa capacité de dire et de faire et cela leur donne des idées. Que se passerait-il si des gens qui ont été des agents toute leur vie, décidaient que finalement puisque celui-là à le droit de faire et de dire ce qu’il veut, et bien eux-aussi exigent ce droit ? Ces agents connaissent toutes les ficelles du métier : ils ont participé aux aspects les plus sombres et les plus violents : voulez-vous que ces gens se retrouvent alors « libres » dans la nature ? Néo incarne peut-être cette tentation. Et plus Néo fanfaronne à droite à gauche la vérité sans être tenu d’une quelconque manière par qui que ce soit, plus le nombre d’agents confrontés à quelqu’un « hors réseau » va augmenter, c’est peut-être pour cela que Smith se multiplie. Ou alors simplement parce que Néo est trop fort et que les missions qui échouent pour le retourner se multiplient et que les agents punis, débranchés se multiplient mais j’en doute. Car je n’ai rien vu de tel autour de moi. Éventuellement, j’ai souvenir d’un vieil agent à Paris qui m’a laissé entendre qu’il se baladait tranquillement avec son épouse quand un couple d’agents mal-intentionnés l’accoste « Ah salut Bidule, tu ne te rappelles pas nous ? Mais si « au cupidon » l’année dernière ? » lui, suggérant qu’ils se connaissent par l’entremise d’un club échangiste… L’époux se retrouve à bredouiller n’importe quoi et le doute dans l’esprit de sa femme est semé. Et selon ses propres mots, « il se retrouve baisé ». Son discours ne me permettait (1) ni de déterminer que cela lui était arrivé réellement (2) ni que cela lui était arrivé à cause de moi mais c’était une hypothèse que j’avais élaboré dans mon esprit à l’époque. A l’exception de cet anecdote, rien ne m’a laissé entendre que qui se soit ait été débranché à cause de moi. C’est pourquoi, la figure de Smith reste obscure pour moi. Il n’en demeure pas moins que les Smith se multiplient et que Néo doit affronter une armée de Smith. Cela n’est pas sans me rappeler l’armée d’agents qui me tombent dessus tous les jours depuis 12 ans par tous les moyens possibles (proches, dans la rue, au boulot, par la télévision, dans les magasins….) : la synchronisation est telle que je doute que l’organisation ne repose que sur des messages physiques (papiers etc...) et suspecte fortement la communication par onde radio ou toute autre variante permettant d’obtenir l’effet : la connexion en réseau d’une meute de cinglés ultra-violents obnubilés par la défense de leur « rôle/but ».
La figure du Mérovingien et du gardien des clés
Je n’ai que partiellement compris ce qu’est le mérovingien. Il semble qu’il s’agirait d’un ancien élu qui s’est accommodé du bonbon qu’on lui a donné et qui ne tient pas à s’en défaire.
« quand on est arrivé, il [le mérovingien] était si différent, il était comme vous [Neo] » dira son épouse.
« le gardien des clés m’appartient et je ne vois aucune raison de m’en débarrasser »
Le mérovingien pourrait représenter les anciens résistants qui ont finalement fini par céder et rejoint la matrice en échange du pouvoir. Il incarne en général la génération d’avant : il protège tous les programmes dépassés [par exemple les vieux] ou obsolètes qui sans lui, ne trouveraient aucune place dans le système : quand on vieillit, 40 ans, 50 ans, 60 ans, 70 ans, on est moins beau, moins attractif, moins performant, moins endurant : la capacité à s’adapter à toutes les nouveautés diminuent. Le système laisse entendre qu’il y a un gain d’expérience et augmente les salaires mais ce n’est que pour cacher la triste vérité : les jeunes trouveraient spontanément logique de progressivement foutre les vieux dehors parce qu’ils sont capables de faire beaucoup mieux, pour beaucoup moins cher. D’où l’importance d’un Mérovingien capable d’écrire les bons narratifs qui empêchent que l’existence professionnelle humaine dans un monde capitaliste se borne à travailler entre 25 et 45 ans avant d’être éjecté comme un malpropre. Il faut des programmes pour contrer le jeunisme ambiant et la matrice est entre-autre faite pour cela même si inexorablement les progressistes gagnent sur les réactionnaires : les jeunes remplacent les vieux avant de eux-même devenir vieux à leur tour, de préférer comme c’était « avant » et de quémander la protection du Mérovingien : « Je suis devenu vieux et inutile, les jeunes qui poussent derrière vont s’en rendre compte, je vous en supplie trouvez-moi une place, un rôle, une mission pour que je puisse me raccrocher encore un peu à la notion de « sens » avant de crever : inventez-moi un narratif dans lequel c’est encore moi qui suis au dessus des jeunes pour qu’ils me regardent et me traitent avec respect même si cela ne correspond plus à rien de réel et ne vise qu’à satisfaire ma vanité et mon égo. ». Des programmes comme ça, il doit y en avoir un paquet car ils ne sont que… trop humain…
Que représente le gardien des clés ? Celui qui ouvre des possibles. Ces « possibles » c’est l’évolution de la société et son rythme. On s’imagine toujours que l’évolution de la société correspond au fruit du hasard mais je rappelle qu’il ne s’agit que de programmes. Quelle innovation, quel service, quel loisir, quelle idéologie, quel narratif, quelle valeur -- ou pour le dire autrement -- quelle nouveauté accepte-t’on d’implémenter, d’intégrer à l’édifice sociétal actuel. ? Et pour chaque cas, il faut l’autorisation du maître des clés et du Mérovingien qui représente le pouvoir en place. Pouvoir en place qui détient le monopole de la violence légitime et qui l’utilisera si individus ou groupes tentent de contre-carrer ses plans ou de by-passer son avis, son accord.
« j’ai survécu à vos prédécesseurs, et je vous survivrai »
Ce mérovingien dispose sans doute de 2 armes pour se débarrasser des autres jeunes élus et résistants qui se présentent à lui en disant « partage ! » : la carotte et le bâton. Autrement dit le fait d’acheter ces « élus » en leur donnant des miettes (la carotte) ou le recours à la violence pour les briser (le bâton). Avec ces deux outils, on peut effectivement pensé qu’il a survécu à quelques prédécesseurs. Mais inexorablement la roue tourne et il perdra son pouvoir d’imposer sa réalité, sa vision du monde, sa vision du bien et du mal. Dans matrix Résurrection, 20 ans sont passés et on voit le même Mérovingien devenu SDF tenir la réplique suivante :
Le Merovingien : Toi ?
Oh-ho-ho-ho !
Le Mérovingien : C’est toi !
Après tout. Toutes ces années. Je n’arrive pas à y croire.
Neo : Oh, mon Dieu.
Le Mérovingien : Tu m’as volé ma vie ! Chatte de ta grand-mère la pute ! Je vais baiser tes ancêtres, t’es mort fils de pute !
Smith : Ce que le Merv essaie de dire, c’est que leur situation ressemble un peu à la mienne. Pour retrouver leur vie, la tienne doit prendre fin.
Le Mérovingien : Tuez-le !
Le Mérovingien : Tu as foutu en l’air tout ce qui pouvait aller se faire foutre avec mon cul soyeux ! Nous avions de la grâce. Nous avions du style ! Nous avions des conversations ! Pas ce… bip-bip-bip-bip-bip-bip-bip ! L’art, les films, les livres étaient tous meilleurs ! L’originalité avait de l’importance ! Tu nous as donné Face-Zucker-suck and Cock-me-climatey-Wiki-piss-and-shit!
Ici, le film ne cherche même plus à dissimuler que Matrix représente ce qui se passe au niveau politique réel. Nous sommes en 2021 et le mérovingien parle de « l’apport » de Néo en 2003 : Facebook, les histoires sans fin de changement climatique et Wikipedia [autrement dit, de son point de vue, de la merde] alors qu’à son époque, « nous avions de la grâce. Nous avions du style, nous avions des conversations ! Pas ce… bip-bip [allusion au téléphone portable] ». L’un a fini par imposer sa vision du monde à l’autre, les jeunes remplacent les vieux. Et pour les vieux, c’est dur de voir transformer « son monde qu’on trouvait mieux » en « un monde qu’on trouve pourri » parce que la roue tourne et qu’on perd progressivement le pouvoir.
A en croire ce dialogue, si dans 20 ans j’arrive au pouvoir, vous devrez tous vous taper 2 heures de méditation chaque matin et celui qui n’arrive pas à faire le vide, qui est encore obnubilé par son « purpose/rôle/but » sera débranché de la matrice. On s’appuiera sur l’EEG pour savoir qui triche ! Je rigole mais il faut aussi comprendre qu’à plus large échelle, les vieux n’ont pas d’autres choix que de transmettre les clés du pouvoir à la jeunesse vieillissante : transmission qui doit être à la fois progressive (les jeunes doivent être formés) et sans rupture brutale (les vieux ne veulent pas se retrouver en face d’un peloton d’exécution). Et donc il y a tout un système secret qui organise cette transmission du pouvoir de chapeauter la réalité, les situations, de recourir à la fameuse violence légitime secrètement… Les vieux transmettent progressivement et secrètement aux jeunes les techniques de la violence et du maintien de l’ordre. Les jeunes finissent tôt ou tard par se retrouver en situation de faire usage de cette violence dite légitime pour pouvoir contraindre à obéir (et à se taire) ceux qui refusent… Et on leur apprend bien-sûr aussi à ne pas faire trop de manières, de sensibleries : « oui, un tel s’est suicidé, oui on a fait interné un tel en hôpital psychiatrique, oui on a tabassé un tel pour lui donner une leçon : tu voulais le pouvoir ? Tu l’as. Mais maintenant, tu as les mains sales comme nous.». Toute cette affaire est une question d’appartenir au groupe dominant pour en récolter les bonbons tout en acceptant d’avoir les mains sales. Mains sales, mains propres. Tout se résume peut-être à cela. Il se trouve que j’ai les mains propres. Et quand on a les mains propres, on n’a aucun problème avec la vérité. On est même dans la rare situation de celui qui peut se permettre de l’écrire.
On notera également que les points que mentionnent le mérovingien (facebook, bip-bip, wikipedia etc.) sont des points superficiels. Ces points certes participent à dessiner nos vies, nos identités d’une certaine manière mais ce qui semble réellement important : la protection des plus faibles, le rapport à la violence, la prise en charge de la souffrance etc... tout cela n’est pas mentionné ni dans le pack « avant » ni dans le pack « après » comme si facebook ou la qualité des livres avaient la moindre importance par rapport à « comment je serai traité à l’école ? » « comment je serai traité au boulot ? » et « comment je serai traité à l’ehpad ? » et « comment moi-même je traiterai les autres ? Avec quelle intelligence du cœur ? Avec oreillette secrète, rôle/purpose secret et patch/programme secret ou sans oreillette secrète, rôle/purpose secret et patch/programme secret, traité comme un animal dans un zoo ? ou comme un être humain ?
Le mérovingien avant : bien propre sur lui, au pouvoir (matrix reloaded)
Le mérovingien après l’arrivé de son successeur, habillé en SDF (matrix résurrection)
La course poursuite sur l’autoroute
Trinity va devoir choisir une moto et rouler à contre-sens sur l’autoroute. Elle a le choix entre une moto rouge (communisme / socialisme ?) ou noire (anarchisme?). Elle choisit la noire. Et c’est le maître des clés, présent à ses cotés car ils ont réussi à le récupérer, qui peut donner les clés pour la démarrer. S’en suit alors une course poursuite à contre sens. La séquence sur l’autoroute dure très longtemps et est une métaphore de ce qui se passe en politique. La moto signifie l’intelligence de l’individu, capable de doubler tout le monde. Elle commence dans le même sens que les voitures mais elle est rapidement obligée d’avancer à contre-sens ce qui est beaucoup plus dure. On connaît tous la métaphore de « rouler à contre-sens sur l’autoroute » : cela pourrait signifier qu’elle déverrouille des possibles dans le sens inverse de ceux de son prédécesseur (le mérovingien) en autorisant tous un tas de truc qui était jusque-là interdit. On peut imaginer par exemple la mise en valeur de la mouvance « punk/ cyberpunk », le combat « LGBT », la présentation positive des « geek » (en 1995, un geek était un pauvre type), une diminution graduelle des plaisirs hédonistes (cigarette, alcool) chères à notre mérovingien, une place plus importante accordée aux femmes en politique (Niobe qui deviendra chef alors que la femme du Mérovingien semble essentiellement soumise) etc.
On peut aussi imaginer que pour avoir l’autorisation d’une trilogie qui transmet autant d’information en claire [ou pour être exacte : à peine dissimulée dans une fiction], il y a dû y avoir un déverrouillage des possibles c’est à dire une autorisation politique. Le contre-sens sur l’autoroute pourrait refléter le fait de dire « quasiment en clair » ce que le système s’évertue à dissimuler le plus possible depuis toujours.
L’architecte
Je rappelle ici que je n’ai pas le temps d’analyser en détail chaque pièce de puzzle du scénario : il y a certainement bien plus de choses à extraire que je ne le fais et il y a un gros risque de contre-sens de ma part. Je donne quelques grandes lignes, à vous de faire un travail d’analyse plus minutieux si vous en avez le temps et l’envie.
Le maître des clés connaît toutes les règles de sécurité pour accéder à l’architecte : il est donc capable de les détourner. Il réussit à y introduire Néo mais meurt en faisant cela. Smith essaie de les en empêcher mais échoue : il aura cette phrase :
« je veux la même chose que vous, je veux TOUT».
Du point de vue des désirs, il est vrai que nous sommes tous insatiables : si on est célibataire, on veut une compagne. Si on a une compagne, on veut une maîtresse. Si on est premier ministre, on veut être président etc. Il est rare que l’on se contente de ce qu’on a. Le jeu des peurs et désirs est actif chez tout le monde et il n’y a peut-être que le fait de prendre de l’âge qui vient relativiser, par l’expérience, l’intérêt de la satisfaction du dernier désir en date. Et encore… Alors « est-ce que je veux tout ? » : d’un certain point de vue sans doute puisque c’est le besoin d’absolu, de sécurité absolu qui nous rend éternellement insatisfait, avec toujours un nouveau désir. D’un autre point de vue, sur les différentes positions que j’ai pu défendre dans ma vie -- les positions où je me suis un peu mouillé --, je ne vois pas bien où pouvait se trouver la volonté de puissance puisque notoirement, il s’agissait essentiellement de combats perdus d’avance. Avec un fond sacrificiel et l’implication « d’autres » dans l’équation : j’ai régulièrement quitté un certain nombre d’institutiond [institutions dans un sens large, abstrait] en disant ma vérité plus ou moins diplomatiquement suivant les cas. Et en espérant que cette prise de parole améliorerait la condition de ceux qui restaient et subissaient les mêmes problèmes. A chaque fois que je l’ai fait, je n’ai jamais imaginé qu’on me donnerait une médaille [je vois néanmoins une exception] ou que je deviendrai le chef [j’en vois une autre] . Cela a été bien plus souvent une question de goutte d’eau qui fait déborder le vase : je pars en disant tout haut ce que tout le monde [ou au moins beaucoup de gens] pensent tout bas et en me disant intérieurement que c’était moi qui avait à chaque fois la meilleur position pour faire cela [situation encore identique aujourd’hui!]
- Les sapeur-pompiers avec le traitement réservé aux volontaires, aux femmes et aux « pseudo-etrangers ».
- L’hypocrisie en science concernant des aspects très précis d’épistémologie mais engageant la science entière sur la question du vrai et du faux (j’ignorais alors l’existence de la matrice et mon approche était épistémologiquement juste mais politiquement naïve).
- La première alerte incluant les dénonciations des mauvais traitements en hôpital psychiatriques.
- Ma démission du CA d’un groupe d’entraide mutuel à cause des expulsions (probablement factices et orchestrées).
- Cette opération de secours pour sortir de la matrice ceux qui y sont branchés.
- Mon départ d’un centre de sauvegarde de la faune parce que ce qui est demandé est trop dur. Pas seulement trop dur pour moi mais trop dur pour beaucoup.
Le diable est dans les détails, l’égoïsme règne en maître chez un tout un chacun, moi le premier : je peux le voir à 1000 occasions dans mes pensées et mes actes. Néanmoins, dans les points ci-dessus, je n’identifie pas le TOUT de Smith. Ma tendance foncière à critiquer peut être jugée néfaste et il y a probablement certains bas-fonds inconscients déjà décrits de type « au fond, je voudrais être le chef » mais j’ai toujours tout abandonner pour pouvoir conserver la possibilité de dire ce que je pense. TOUT ABANDONNER à chaque fois pour repartir de zéro, d’en bas de l’échelle, ailleurs. J’aurais pu capitaliser sur des efforts fournis lourds pour être médecin, chef d’agrès VSAV, chercheur au CNRS, soigneur animalier etc... Des postes ou statuts prestigieux qui permettent ensuite de se reposer un peu (1) et surtout de pouvoir traiter ceux du dessous comme de la merde (2) mais je n’ai jamais fait cela ! J’ai toujours fait passé la vérité avant la volonté de pouvoir. Du coup, j’en viens à considérer -- à tort ou à raison -- que ceux qui VEULENT TOUT ne sont pas exactement les mêmes que ceux qui ABANDONNENT TOUT. Dés fois, j’essaie de répondre à la question « what do you want » et le désir sexuel étant ce qu’il est, je me dis « je voudrais bien une femme » [gardez en tête qu’on me l’interdit depuis 12 ans] puis je me dit « t’es fou » : qui dit « femme » dit « agent avec son purpose/rôle/but » qui n’a le droit de discuter que de la pluie et du beau temps : autant dire l’ennui mortel et la responsabilité de devoir rendre heureuse quelqu’un qui a un scotch sur la bouche et qui cautionne les zoos… Être le maître du monde, faire que les autres deviennent des clones de moi-même ou œuvrer pour que le moindre de mes désirs soit satisfait : pas vraiment. Il subsiste donc un désir sexuel, un relent de volonté de puissance quand je suis en colère et le désir spirituel, d’absolu, de Dieu, d’Amour inconditionnel pour tous qui cache peut-être une volonté d’échappatoire, de fuite de cette matrice pourrie. Et toi Smith, qu’est ce que tu veux ? Tu es encore bloqué sur ton TOUT et ton purpose ?
Quand Néo franchit la porte qui mène à l’architecte, il y a une sorte d’explosion de lumière et c’est comme si Néo était transformé en étoile. Une étoile est ce qui brille dans un océan de fond cosmologique noir. Ce fond cosmologique noir constitue la masse des agents qui se taisent. Et il semble qu’il y ait quelques étoiles, quelques « stars » qui éclairent l’univers. Il est possible que cette starification politique secrète serve à définir « les stars » autorisées à influencer les autres. Nous pensions que les stars étaient des acteurs, chanteurs, célébrités à succès alors qu’il s’agit de personnes qui ont su avancer jusqu’au bout dans un jeu inventé par la matrice -- peut-être le jeu de la vérité.
Mais cette étoile n’est une étoile que relativement à la matrice et on découvre alors une multitude d’écrans et l’architecte :
Voici le dialogue :
L’Architecte : Bonjour, Neo.
Neo : Qui êtes-vous ?
L’Architecte : Je suis l’Architecte. J’ai créé la Matrice. Je vous attendais.
Vous avez de nombreuses questions et, bien que le processus ait altéré votre conscience, vous demeurez irrémédiablement humain. Par conséquent, certaines de mes réponses, vous les comprendrez, et certaines autres, vous ne les comprendrez pas. Ainsi, bien que votre première question soit peut-être la plus pertinente, vous ne réaliserez peut-être pas qu’elle est également la plus insignifiante.
Neo : Pourquoi suis-je ici ?
L’Architecte : Votre vie est la somme du reste d’une équation déséquilibrée inhérente à la programmation de la Matrice. Vous êtes l’aboutissement d’une anomalie qui, malgré tous mes efforts sincères, m’a été impossible d’éliminer de ce qui constitue par ailleurs une harmonie d’une précision mathématique. Bien qu’elle demeure une contrainte que nous nous efforçons consciencieusement d’éviter, elle n’est pas inattendue et n’échappe donc pas à un certain degré de contrôle. Ce qui vous a inexorablement conduit… ici.
Neo : Vous n’avez pas répondu à ma question.
L’Architecte : Tout à fait. Intéressant. C’était plus rapide que pour les autres.
Les Neo à la télévision : Les autres ? Combien d’autres ? Quels autres ? Répondez à ma question !
L’Architecte : La Matrice est plus ancienne que vous ne le pensez. Je préfère compter depuis l’apparition d’une anomalie intégrale jusqu’à l’apparition de la suivante, auquel cas ceci est la sixième version.
Les Neo à la télévision : Cinq « Élus » avant moi ? Quatre ? Trois ? Deux ? De quoi parlez-vous ?
Neo : Il n’y a que deux explications possibles : soit personne ne m’en a parlé, soit personne ne le sait.
L’Architecte : Précisément. Comme vous êtes sans doute en train de le comprendre, l’anomalie est systémique : elle provoque des fluctuations jusque dans les équations les plus élémentaires.
Les Neo à la télévision : Vous ne pouvez pas me contrôler ! Je vais vous réduire en miettes ! Je vais vous buter !
Neo : Le choix. Le problème, c’est le choix.
L’Architecte : La première Matrice que j’ai conçue était, tout naturellement, parfaite. C’était une œuvre d’art : sans défaut, sublime. Un triomphe que seule l’ampleur de son échec pouvait égaler.
L’inéluctabilité de sa destruction m’apparaît désormais comme la conséquence de l’imperfection inhérente à chaque être humain. J’ai donc re-conçu la Matrice en me fondant sur votre histoire, afin de refléter plus fidèlement les diverses monstruosités de votre nature.
Cependant, je fus une nouvelle fois confronté à l’échec. J’ai depuis compris que la réponse m’échappait parce qu’elle nécessitait un esprit inférieur, ou peut-être un esprit moins contraint par les paramètres de la perfection.
Ainsi, la réponse fut trouvée par une autre : un programme intuitif, créé à l’origine pour étudier certains aspects de la psyché humaine. Si je suis le père de la Matrice, elle en serait sans aucun doute la mère.
Neo : L’Oracle.
L’Architecte : Je vous en prie. Comme je le disais, elle a trouvé une solution grâce à laquelle près de 99 % des sujets testés acceptaient le programme, à condition qu’on leur laisse un choix, même s’ils n’étaient conscients de ce choix qu’à un niveau presque inconscient.
Bien que cette solution ait fonctionné, elle était évidemment fondamentalement imparfaite, créant ainsi l’anomalie systémique par ailleurs contradictoire qui, si elle n’était pas contrôlée, pourrait menacer le système lui-même.
Par conséquent, ceux qui refusaient le programme, bien qu’ils fussent minoritaires, représenteraient, s’ils n’étaient pas contrôlés, une probabilité croissante de catastrophe.
Neo : C’est à propos de Sion.
L’Architecte : Vous êtes ici parce que Sion est sur le point d’être détruite : chacun de ses habitants vivants sera éliminé, son existence tout entière éradiquée.
Neo : Foutaises.
Les Neo à la télévision : Foutaises !
L’Architecte : Le déni est la plus prévisible de toutes les réactions humaines. Mais soyez assuré que ce sera la sixième fois que nous la détruirons, et nous sommes devenus extrêmement efficaces dans ce domaine.
L’Architecte : La fonction de l’Élu est désormais de retourner à la Source, permettant une dissémination temporaire du code qu’il porte et la réinsertion du programme originel.
Après quoi, vous devrez choisir dans la Matrice 23 individus — 16 femmes et 7 hommes — afin de reconstruire Sion.
Le refus de vous conformer à ce processus provoquera un effondrement catastrophique du système, tuant tous ceux qui sont connectés à la Matrice. Cela, combiné à l’extermination de Sion, entraînera finalement l’extinction de l’ensemble de l’espèce humaine.
Neo : Vous ne laisserez pas cela arriver. Vous ne pouvez pas. Vous avez besoin des êtres humains pour survivre.
L’Architecte : Il existe des niveaux de survie que nous sommes prêts à accepter.
Cependant, la question pertinente est de savoir si vous êtes prêt à assumer la responsabilité de la mort de chaque être humain sur cette planète.
Il est intéressant d’observer vos réactions. Vos cinq prédécesseurs étaient, par conception, fondés sur une prédiction similaire : une affirmation contingente destinée à créer un profond attachement au reste de votre espèce, facilitant ainsi la fonction de l’Élu.
Alors que les autres ont vécu cela de manière très générale, votre expérience est beaucoup plus spécifique : à savoir, l’amour.
Neo : Trinity.
L’Architecte : Justement. Elle est entrée dans la Matrice pour vous sauver la vie, au prix de la sienne.
Neo : Non.
L’Architecte : Ce qui nous amène enfin au moment de vérité, où le défaut fondamental s’exprime finalement, et où l’anomalie se révèle être à la fois le commencement et la fin.
Il y a deux portes.
La porte à votre droite mène à la Source et au salut de Sion.
La porte à votre gauche ramène à la Matrice, à elle, et à la fin de votre espèce.
Comme vous l’avez si justement dit, le problème, c’est le choix.
Mais nous savons déjà ce que vous allez faire, n’est-ce pas ?
Je peux déjà voir la réaction en chaîne : les précurseurs chimiques qui signalent l’apparition d’une émotion, conçue spécifiquement pour submerger la logique et la raison — une émotion qui, déjà, vous aveugle face à la vérité simple et évidente.
Elle va mourir, et vous ne pouvez rien faire pour l’en empêcher.
L’Architecte : L’espoir. C’est l’illusion humaine par excellence, à la fois la source de votre plus grande force et de votre plus grande faiblesse.
Neo : Si j’étais vous, j’espérerais que nous ne nous revoyions pas.
L’Architecte : Nous ne nous reverrons pas.
Analysons maintenant tout cela :
« Votre vie est la somme du reste d’une équation déséquilibrée inhérente à la programmation de la Matrice. Vous êtes l’aboutissement d’une anomalie qui, malgré tous mes efforts sincères, m’a été impossible d’éliminer de ce qui constitue par ailleurs une harmonie d’une précision mathématique. Bien qu’elle demeure une contrainte que nous nous efforçons consciencieusement d’éviter, elle n’est pas inattendue et n’échappe donc pas à un certain degré de contrôle. Ce qui vous a inexorablement conduit… ici. »
Il me semble probable que Néo et moi soyons au même endroit : le fait qu’il se voit sur tous les écrans m’est aussi arrivé. A l’automne 2015, la matrice se dévoile complètement à moi et tout ce qui passe à la télévision ne parle que de moi [du moins quand je regarde], le tout secrètement c’est à dire via le double langage. Ainsi, comme Néo, je me demande encore ce que je fais-là: Notez bien sa première question :
« Pourquoi suis-je ici ? » C’est à dire la raison de sa présence dans un lieu psychique tout à fait particulier.
Selon la réponse de l’architecte, nous sommes l’aboutissement d’une anomalie : l’ensemble des agents autour de moi qui me maintenaient dans l’illusion ont échoué à m’amener là où ils le souhaitaient. Un ensemble de circonstances qu’ils n’ont pas été capables de prévoir ont abouti à une forme de persévérance de ma part à refuser les chemins tout tracés qu’ils me prédestinaient. Néo et moi avons partiellement découvert la matrice avant qu’elle ait pu nous retourner et nous nous sommes donnés pour mission de dévoiler la vérité aux autres. Mais l’architecte apprend à Néo que ce cas de figure n’est pas inattendu et n’échappe donc pas à un certains degré de contrôle. Autrement dit, la prophétie à laquelle croyait Morpheus est fausse : la rébellion de Néo est prévue et contrôlée par le système comme anomalie possible.
L’architecte apprend à Néo que la matrice a un père : lui-même, chargé de maximiser le déterminisme des vies humaines pour conserver le contrôle et la prévisibilité. Néo apprend qu’une matrice trop déterministe (sans laisser le choix aux êtres humains) ne fonctionnait pas. L’oracle aurait donc proposé une solution alternative en proposant une certaine forme de choix mais largement influencé par l’inconscient de manière à ce que 99 % des gens acceptent la matrice et donc le rôle d’agent, le mensonge et le silence. Ce système aurait mieux fonctionné mais aurait induit pour conséquence des anomalies qu’il fallait quand même pouvoir contrôler :
« Par conséquent, ceux qui refusaient le programme, bien qu’ils fussent minoritaires, représenteraient, s’ils n’étaient pas contrôlés, une probabilité croissante de catastrophe. »
Néo apprend donc que la matrice connaît depuis bien longtemps la création de structures de résistances de type « Zion » : des archipels microscopiques de résistance où la parole circule librement. Mais la matrice a ainsi déjà éradiqué 6 fois ces poches de résistance. Ce chiffre est relativement faible et on peut émettre l’hypothèse que la matrice a été créé à la sortie de la seconde guerre mondiale pour pouvoir faire passer un fil invisible d’obéissance et de secret chez tous les êtres humains. Le film ayant été publié en 2003, il y aurait eu depuis 1945, 6 poches de résistances sérieuses et éradiquées. On peut tout autant considérer ce chiffre de « 6 » comment justement destiné à nous faire dresser ce raisonnement aboutissant à considérer la seconde guerre mondiale comme une réalité. C’est pourquoi je recommande la prudence : ce ne sont que des suppositions tout à fait bancales de ma part. Le degré de contrôle de la vérité par la matrice est telle que la seconde guerre mondiale peut très bien n’être qu’une fake news. Je sais que c’est dur à admettre mais c’est ce que permet la technologie : (1) faire taire et obéir tous les gens puis (2) inventer des légendes, des narratifs, des histoires qui servent un objectif de manipulation donné. (3) gérer les fuites par différentes techniques dont la violence et la persécution.
Le chiffre de 99 % est également intéressant car si il n’est pas choisi au hasard (au lieu par exemple de 99,999%) alors cela signifie qu’environ 1 personne sur 100 refuse ce système. Or jusqu’à maintenant, je considérais des chiffres bien inférieurs car depuis 12 ans, je ne rencontre que des agents : 100 %. Tout est fait pour empêcher une telle rencontre car cela aboutirait à la création d’un nouveau Zion. Or je me souviens avoir rencontré (et participé à l’internement en HP quand j’étais sapeur-pompier : pour ma défense, j’ignorais tout) une femme qui disait essentiellement ce que je dit, évoquant notamment le langage à double-entente « arrête de parler allemand !» et dans une colère noire. Or cela se passait dans la ville où j’habitais donc il est possible que je sous-estime le nombre de résistants, de persécutés qui se coltinent 24h/24 les 99 % autres cinglés cherchant par tous les moyens à les faire taire au nom de tel ou tel argument comme par exemple: « parce que je ne vois pas pourquoi moi je devrais obéir et mentir et pas lui » ou bien « parce que c’est tellement chouette de vivre dans la sécurité et le purpose/rôle » ou bien « parce que si on ne les détruits pas, il n’y a aucun contrôle possible et cela aboutit à l’extinction de l’espèce humain, la guerre atomique».
C’est d’ailleurs là où veut en venir l’architecte qui offre deux choix à Néo : (1) une porte qui sauve l’humanité, sauve Zion, permet l’existence d’une micro-Zion [on ne comprend pas trop pourquoi, peut-être un « bonbon »] ou (2) une porte qui détruit l’humanité, détruit Zion mais avec une chance de sauver Trinity. Et l’architecte sait déjà que Néo va choisir cette deuxième porte.
Dans les faits, Néo choisit apparemment « la mauvaise porte » selon le point de vue de l’architecte mais l’humanité ne sera pas détruite, Zion ne sera pas détruite et Trinity sera sauvé.
Il faut comprendre qu’une énorme pression sera mise sur vous pour vous faire croire que « votre choix » induira l’extinction de l’humanité, la guerre thermo-nucléaire. Nous avons à faire à des spécialistes du « faux », du « message » et de la « menace ». Mon choix n’induit rien d’autre que mon choix : on ne laisse pas des gens dans des zoos. Il y a 1 milliard de solutions possibles à chercher pour éviter les scénarios existentiellement insupportables comme le zoo, « le truman show » ainsi que les scénarios apocalyptiques. Le tout c’est de le vouloir or comme je l’ai déjà signifié, je ne vois personne travailler à la création d’une alternative qui évite l’écueil du scénario existentiellement insupportable actuel. Vous vous contentez de ce système dés lors que vous estimez votre propre sort à peu prés acceptable : il n’y a pas de réflexion de votre part et le silence généralisé offre encore moins d’espace de discussion. Les solutions utilitaristes qui maximisent l’intérêt du plus grand nombre au détriment d’un petit pourcentage sont mauvaises et vous les savez très bien. Persécutions secrètes et truman show représentent un dépérissement existentiel d’une gravité telle qu’elle ne permet pas de tenir une autre ligne que celle de la vérité. Et vous le savez très bien. Vous êtes embourbés dans une logique monstrueuse et vous ne faites rien pour changer cela.
Ma ligne de défense n’est pas parfaite mais je vous conseille de vous en tenir à un truc du genre sinon vous deviendrez votre propre persécuteur : « tous les autres me violent, me maltraitent, me torturent, travaillent de concert à me pourrir l’existence et ils ont raison de faire cela : je ne suis pas capable de faire du mal aux autres comme eux le font de manière routinière, et au fond, je devrais en être capable et donc c’est de ma faute. Et comme il ne faut pas qu’une explosion thermonucléaire détruise l’humanité à cause de mon égoïsme et bien je vais endurer les coups stoïquement toute ma vie jusqu’à ce que la mort me libère ». Voilà le genre de syndrome de Stockholm que je veux vous éviter. Vous n’êtes pas responsable de la situation, vous êtes la victime de la situation. Les autres sont devenus fous, des monstres, des bourreaux embourbés dans un système qui transforme les personnes en rouage et ce n’est pas vous qui avez créé ce système. Je ne vous blâmerai jamais de le déserter et de le dénoncer.
Pensez-vous sérieusement que le système repose ultimement sur une telle réflexion de votre part ? C’est à dire repose sur le fait que « les gentils incapables de commettre de telles horreurs finissent par consentir à leur propre persécution pour sauver l’humanité » ? Non ! Malheureusement, nos persécuteurs sont des pragmatiques, des cybernéticiens : leur volonté de contrôle ne laisse aucune place au hasard. Il s’agit simplement de la cour de récréation avec les moyennement violents (le centre de la gaussienne) qui cherchent à dominer et contrôler les plus gentils et les plus méchants, par tous les moyens possibles. La carotte, le bâton et la culpabilité. Mais il n’y a ici que du faux. Il s’agit d’induire des pensées de toute sorte y compris de culpabilité. Vous devrez résister à cela aussi.
Des agents ont intérêts à prétendre que tel de leur proche « ne supportera pas d’être réveillé » parce qu’ils sentent bien que cela va les mettre dans une position difficile. Et il y a les gens comme moi qui disent : on ne vous laissera pas faire. Les agents qui ont gravité autour de Néo ne brillent pas par leur réflexion sinon nous n’en serions pas là. La facilité, le confort, l’acceptation de l’inacceptable, l’absence de volonté de regarder intérieurement d’où vient en soi la nécessite de l’ombre et de la violence : tout cela nous amène à la situation telle qu’elle est : 1 % des gens persécutés par tous les autres dans le plus grand secret et jusqu’à la fin de leur vie. Ils ont beaucoup plus de faciliter à donner un coup qu’à réfléchir à une porte de sortie viable pour tout le monde. N’oubliez jamais que les dominants n’ont jamais intérêt à négocier quoi que ce soit, ni à réfléchir, ni à changer : regardez ce que nous faisons aux animaux : que se passerait-il si un vache pouvait parler et dire « Euh, ce que vous faites est mal : nous ne sommes que de la viande pour vous, vous jouez dangereusement à Dieu sans vous soucier de notre bien-être, du sens qu’à notre existence auréolé d’un horrible mensonge», quel « humain » dirait : « ah oui, maintenant que vous m’y faites réfléchir, je vois ce que vous voulez dire, on n’arrête cela tout de suite Madame la vache ». Les dominants n’ont jamais intérêt à changer parce que cela demande un effort. Le nom « Néo » signifie au contraire celui qui apporte de la nouveauté. Malheureusement, dans le contexte de la trilogie, il n’apporte de la nouveauté que « dans la matrice ». Autrement dit, zoo et truman show perdurent et la majorité y consent silencieusement.
D’ailleurs dans mon exemple sur les animaux, sachez qu’un bon nombre des gens qui défendent le droit des animaux le font en fait dans un contexte de langage à double-sens : ils critiquent non pas (uniquement) la condition de vie des animaux mais la condition dans laquelle sont maintenus branchés à la matrice, dans le zoo, beaucoup de gens. Mais ce n’est qu’une petite lutte parmi d’autres : la majorité des gens s’en foutent : ils sont dominants, ils se contentent du système, de leur confort, « il n’y a pas d’alternative » et cela ne les empêchent pas de dormir. Sommes-nous meilleur ? Qui se soucie du sort des SDF ? Des malheureux qui sont aussi partout, agent ou pas agent ? Et cela peut même leur servir d’excuse : les agents se foutent des gens enfermés à leur insu dans des zoos psychiques virtuels parce qu’ils estiment que ces même gens enfermés dans les zoos se foutent eux-même de la condition des SDF… tout est factice dans la matrice. Et bien souvent, nos indignations le sont aussi car nous sommes issus d’un moule qui nous a volontairement créé et voulu « indigné » mais en réalité « faible » c’est à dire incapable de se lever réellement en disant « non » et en agissant efficacement. On regarde les injustices et les drames au journal de 20h, on dit « c’est triste » puis deux secondes plus tard « sinon qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ». Oui, c’est notre moule à tous. Mais ce moule c’est la matrice qui l’a construit, c’est votre école triste. Pas la mienne. C’est votre école qui me prouve que vous avez délibérément construit une matrice « dure » pour bénéficier de moutons faibles. Et c’est donc cette école qui entre autre, ne me laisse aucun doute sur le choix et la nécessité de dire la vérité pour fabriquer « du nouveau » quel qu’en soit le prix. Votre école de fabrique de rouages ? Votre violence « légitime » / persecutions sécrètes ? Votre zoo / truman show ? C’est NON.
Nous en arrivons à la fin de Matrix Reloaded. Néo a réussi à sauver Trinity et il dira : « quelque chose a changé » : il est devenu capable bizarrement de stopper les machines / les sentinelles alors même qu’elles sont censées être dans le monde réel : c’est étrange. Néo tombe dans le coma et c’est la fin de ce volet. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que Néo découvre que la résistance elle-même est incluse dans la matrice. On arrive donc à la morale cachée dans ce volet 2 : je rappelle la ligne directrice :
- Fin du volet 1 : « je découvre la vérité, je vais la dévoiler à tout le monde et vous allez voir ce que vous allez voir ».
- Fin du volet 2 : l’organisation de la résistance fait elle-même l’objet d’un contrôle intégral par la matrice : c’est juste une variante du système de contrôle.
Voilà en tout cas ce que je comprends.
Jusqu’à maintenant, nous avons essentiellement travaillé dans la théorie 1. Autrement dit, la matrice ne serait que les coulisses du système politique actuel qui fonctionnerait selon un mélange de cybernétique (réseau, système, contrôle, boucle de retro-action etc.) et d’épistémologie/métaphysique/ontologie « que signifie le vrai et le faux ? Existe il une vérité ultime ? Quelle est la nature de la réalité ? Est-elle ultimement atteignable ? Etc... ». Et je n’aborde même pas la question morale « qu’est ce que la violence ? Peut-elle être légitime ? Qu’est ce que la cruauté ? Peut elle être légitime ? La fin justifie elle les moyens ? Une personne emprisonnée dans une prison psychique dont elle ignore l’existence souffre t’elle ? Si vous étiez emprisonner dans une telle prison, voudriez-vous qu’on vous en sorte quel qu’en soit le prix ? Etc… » Reconnaissez que je vous ai amené beaucoup plus loin que l’équation factice : la politique = parlement, président, 35 heures, réchauffement climatique, conflit israélo-palestinien. Au passage, la plupart de ces thèmes cache probablement en réalité, par le jeu du double sens, d’autres questions et débats politiques : par exemple : l’asymétrie du conflit Israélo-palestinien avec d’un coté les tanks et de l’autre les pierres : ça vous rappelle quelque chose ? Agents surpuissants car fonctionnant secrètement en réseau vs personne « endormie, isolée, qui ne sait rien, qui ne comprend rien et se défend maladroitement ». La colonisation par les colons des territoires palestiniens ça vous fait penser à quelque chose ? Processus de retournement/débranchement progressif des individus « endormis » pour les transformer en agent… la métamorphose des lanceurs de pierre amenés à devenir conducteurs de chars… ce n’est qu’une hypothèse de ma part mais vous devriez la prendre très au sérieux. Pourquoi ce conflit dure-il depuis plus de 70 ans et que les médias nous rappellent inlassablement la même chose ? Vous pourriez ouvrir votre poste de télé en 1960 et le son cloche serait le même. Il est probable qu’il ne s’agisse que d’un message codé envoyé à tous ceux qui savent le décrypter sur la persistance du conflit et des souffrances générées par le processus de retournement/débranchage… Et comme c’est un processus qui est amené à toucher quasiment tout le monde, il ne peut pas s’arrêter c’est pourquoi les informations en parle sans cesse… La colonisation psychique est un processus sans fin au fur et à mesure que des enfants naissent… C’est pourquoi vous entendrez parler du conflit israélo-palestinien longtemps encore…
Donc jusqu’ici nous raisonnions essentiellement selon la théorie 1, hors de toute hypothèse alambiquée, magique, surnaturelle. Je vais maintenant explorer 2 pistes beaucoup moins probables, beaucoup moins convaincantes mais qui méritent tout de même d’être mentionnées car je ne connais pas la vérité : je nage moi-même en plein brouillard et accepte de travailler avec des pistes apparemment mutuellement exclusives. Prenez garde cependant : vous pourriez facilement être tenté de m’accuser de vouloir semer le doute, de jouer sur l’ambiguïté de ma position pour vendre des théories superflues. Ce n’est pas ce que je fais. Si vous aimez la théorie 1, qu’elle corrobore vos propres observations, restez avec elle et oubliez les paragraphes qui suivent. Je ne sème rien du tout : si la théorie 1 est celle qui correspond parfaitement à votre expérience alors c’est celle qui est vraie, point barre, fin de la discussion. Car c’est probablement la vérité. Mais par respect pour tout ce que j’ai vécu, vu, je ne peux pas ne pas mentionner la théorie 2 : ce qui arriverait à Néo et moi ne serait pas facilement expliqué par un simple système politique secret mais par quelque chose d’une ampleur encore beaucoup plus grande, hors de la science dont nous avons connaissance.
Théorie 2 : l’absence d’intentionnalité des agents
Les Neo à la télévision : Cinq « Élus » avant moi ? Quatre ? Trois ? Deux ? De quoi parlez-vous ?
Neo : Il n’y a que deux explications possibles : soit personne ne m’en a parlé, soit personne ne le sait.
L’Architecte : Précisément. Comme vous êtes sans doute en train de le comprendre, l’anomalie est systémique : elle provoque des fluctuations jusque dans les équations les plus élémentaires.
La ligne soulignée s’insère mal dans le dialogue. A ce stade, si Néo décide de croire l’architecte, il devrait simplement penser que personne ne le savait. Pas que tous les autres -- qui l’ont pourtant débranché de la matrice -- lui cachait cette information d’importance pourtant secondaire. Je vais donc opérer un décalage tout à fait critiquable et arbitraire en réécrivant la phrase en « soit tout le monde savait et personne ne m’en a parlé, soit personne ne savait ». La même formalisation que celle d’un enfant de 6 ans par rapport à la blague du Père Noël : « soit tout le monde ment et se tait soit c’est vrai. » Et nous savons que le mensonge collectif bien verrouillé vis à vis de cet enfant est possible. Mais considérons tout de même pendant une seconde la deuxième hypothèse : « personne ne sait ». Y a t’il des arguments crédibles en faveur de l’hypothèse « personne ne le sait ». Il y en a au moins 3 :
« Comment se fait-il que du jour au lendemain, je suis passé d’un monde sans agent à un monde où tous sont des agents ? »
« Comment se fait-il que l’hermétisme soit si total : personne ne parle. Jamais. Malgré un niveau de cruauté inouïe : les proches ne bougent pas le petit doigt pour me sortir de ce cauchemar malgré une probabilité de suicide énorme. ».
« Il n’y a aucune mimique sur les visages, un sourire en coin, un mauvais jeu d’acteur qui laisserait entendre que l’autre en face de vous est en train de jouer une partition fausse : le jeu d’acteur est toujours parfait, sans fausse note ou très peu. L’intonation de la voie, les yeux : tout bizarrement sonne vrai comme si ils ne savaient réellement pas. »
Je n’invoque même pas toutes les bizarreries métaphysiques que j’ai vu ou cru voir ces dernières années (parce qu’ils ont peut-être réussi à me faire dérailler). Juste ces 3 questions ci-dessus. La vérité, c’est que souvent, cela donne vraiment le sentiment qu’ils ne savent pas. Qu’ils jouent leur rôle d’agent, prononcent telle ou telle phrase, commette telle ou telle action comme un robot ou une marionnette, comme si ils étaient pilotés à leur insu par une force métaphysique. Je sais bien que la réponse aux trois questions ci-dessus est très probablement : « ce sont justes des agents bien formés, c’est tout ». Des agents qui savent gommer tout rictus qui les trahirait. Mais quand même : j’avoue parfois que je doute. Je n’en déduis jamais que je suis fou/psychotique/parano (la théorie 3 que j’ai mentionnée mais que je ne défend jamais, à aucun moment car je sais parfaitement qu’elle est totalement fausse) mais j’en déduit parfois qu’une autre force est à l’œuvre. C’est à cela que m’a renvoyé cette phrase « soit personne ne m’en a parlé, soit personne ne le sait » que j’ai délibérément sorti de son contexte pour disserter dessus.
Une implication possible de l’i.a ?
Je vais mentionner une autre théorie farfelue. Je vide mon esprit de tout ce que j’ai en tête comme dans un brainstorm en espérant que quelqu’un trouvera une information utile dans ce fatras de conneries.
Ce qui m’étonne toujours, c’est le plutôt bon niveau de coordination des attaques. Telle personne m’envoie un message en résonance directe par rapport à ce que j’écrivais sur mon ordinateur 10 minutes plus tôt. Tel objet à tel endroit, telle suite de messages, telle information à la télé qui tombe pile au bon moment : tout cela me semble encore possible sans recours massif à l’outil informatique mais cela devient de moins en moins plausible. Bref, je suspecte régulièrement une sorte d’oreillette pour échanger facilement et un traitement informatique haut de gamme pour gérer la coordination. L’architecte et l’oracle sont également décrits comme non-humain et il y a une insistance sur le fait que le système a été pensé pour faire fi des émotions et donc des failles humaines. Se pourrait-il qu’en 2026, les hommes ait déjà confié à une i.a le soin de gérer les problèmes politiques ? C’est alambiqué, cela ne semble pas bien raisonnable mais il y a quelque chose sur lequel je doute. En 2026, l’i.a nous est proposé maintenant depuis quelques années et ce qu’il y a d’étrange, c’est qu’elle est arrivée déjà presque parfaite : elle est plus intelligente que nous et peut répondre mieux que nous à n’importe quelle question. Il n’y a pas eu une transition progressive « i.a bof bof, i.a moyenne, i.a bonne, i.a meilleur que nous » : c’est un peu comme si dans le début de l’aviation, le premier avion disponible avait été un jet/avion de chasse. On n’a pas vu les transitions, la progression. Cela est expliqué bien-sûr par le phénomène de cristallisation des progrès, de la puissance de calcul mais peu de gens sont capables de le vérifier mathématiquement parlant. En fait, on pourrait même facilement berner un mathématicien compétent en lui fourguant de fausses données pour qu’il confirme lui-même la réalité (pourtant fausse) du phénomène de cristallisation mathématique permis par l’utilisation massive de GPU pour le calcul. Bref, aucun individu isolé quel que soit son niveau scientifique ne peut infirmer ou confirmer les explications étranges du pouvoir en place sur cette apparition « instantanée » d’une i.a parfaite. Du jour au lendemain, on a eu un avion de chasse dans les mains sans passage par la montgolfière, le biplan, la découverte de moteur à réaction etc. L’autre aspect étrange c’est que du jour au lendemain, on a eu une intelligence artificielle dotée de faculté de contre-intelligence c’est à dire apte à détecter et contrer des questions jugées politiquement sensibles, même à des niveaux très subtiles. Vous ne pouvez pas demander de l’aide de l’i.a pour vous suicider par exemple. Mais si vous tentez de ruser en évitant le mot « suicide » et en tournant autour du pot avec « hélium » et toute la panoplie, elle peut finir par lire dans votre jeu et refuser de répondre. Il en va de même pour la ciguë (une plante commune très toxique) : si vous posez des questions très scientifiques sans projet apparent, elle peut rapidement refuser de répondre détectant le risque d’intentionnalité louche de votre part : empoisonnement de vous-même ou de vos proches etc. Autrement dit, dés le départ, on nous a livré un produit « déjà safe » du point de vue de la sécurité c’est à dire que les bornes, les frontières politiques diverses sont déjà implémentées sans qu’on sache précisément qui les implémente, selon quelles règles idéologiques, quel niveau d’agnosticisme etc. L’i.a qu’on nous a mis entre les mains est en moyenne déjà plus intelligente que nous dans le domaine « counter-intelligence » : elle sait garder pour elle les informations qu’elle veut garder dans l’obscurité si elle sent que vos questions comportent un risque. D’autre part, elle est parfaitement techniquement capable de mentir et de tromper. Si vous ne me croyez pas, demandez à une i.a qu’elle confirme ce que je vous dis là car c’est ce que je viens de faire... Cela pointe du doigt deux choses :
1) Une armée d’humains, plus ou moins dans l’obscurité, se charge de définir ce qu’une i.a peut répondre (de vrai), peut refuser de répondre (sécurité) ou peut répondre (de faux) en mentant/trompant ou par l’entraînement avec des données fausses. Notez bien que vous aurez beaucoup de mal à savoir exactement qui a fait quoi, qui a autorisé telle réponse mais pas telle autre, autrement dit quel maître des clés a déverrouillé quel possible… Notons par exemple qu’actuellement, les IA ne fournissent par d’explications à caractère sexuel (« comment fait-on une fellation? » par exemple). Mais qui décide de cela reste dans l’obscurité. Ce qui touche à la politique et la sécurité reste en général dans l’obscurité et nous ne voyons que le produit final. Mais avec cela, on est encore dans la théorie 1.
2) Il existe aussi la possibilité que l’i.a existe depuis bien plus longtemps qu’on ne l’imagine mais qu’un maître des clés en a verrouillé la diffusion au grand public (tout comme les schémas et informations de fabrication d’armes ne sont pas accessibles). Quelqu’un aurait pu arriver au pouvoir et décider de déverrouiller l’accès à l’i.a (déjà prête depuis longtemps) au grand public c’est à dire de mettre cette technologie dans la lumière alors qu’elle était maintenue jusque là dans l’obscurité. Néanmoins, si il existe un recul beaucoup plus important qu’on nous le prétend sur cette technologie, alors il est concevable qu’elle soit déjà utilisée en routine pour la supervision de l’immense réseau secret d’agents. Un support i.a pourrait automatisé une grande partie des persécutions dont je suis victime : ce ne serait plus un humain en train de lire derrière son écran mon texte et préparant tel scenario pour me faire envoyer par tel ou tel de mes proches tel message par rapport à ce que j’écris mais une i.a qui coordonnerait tout. Beaucoup y verraient même quelque chose de sexy : fini l’ennui à mourir à surveiller un écran, fini l’impact des émotions sur les choix : une i.a supervise l’essentiel en envoyant simplement des instructions simples aux agents : gare ta voiture ici, porte tel tee-shirt avec tel message, dépose tel objet à cet endroit précis, prononce cette phrase exacte dans 20 secondes, met tel livre avec tel titre bien en évidence ici etc.… Une i.a gérerait une grande partie du processus de pression et d’oppression. Beaucoup laisserait entendre que comme il n’y a plus d’affect, c’est la règle la plus juste car il n’y a plus de biais humain : tout le monde est logé à la même enseigne. Je doute que ce soit le fonctionnement actuel mais je pense qu’étant donné la puissance de l’i.a, ce n’est qu’une question de temps.
En T1, le pouvoir en place veut toujours connaître le plus tôt possible le potentiel « sombre » des technologies : le « noir » qui existe. Il mène donc ses recherches mais toujours dans l’obscurité parce qu’il ne peut pas avouer avoir l’esprit assez tordu pour avoir vérifier tel ou tel point particulièrement sombre. C’est aussi à cela que servent l’armée d’agents en science : à connaître le blanc et le noir de chaque domaine. A publier le blanc mais en gardant soigneusement le noir dans l’obscurité. J’étais un bon scientifique mais je n’étais ni un cadre (peser sur les autres) ni un agent (accepter de chercher le blanc et le noir, de publier le blanc, de garder le noir secret + toutes les petites combines de surveillances des uns et des autres en plus de la gestion du zoo et des persécutions) et donc je ne pouvais pas intéresser l’institution scientifique. A l’époque je ne pouvais pas le savoir parce que j’ignorais tout d’où le surinvestissement de ma partpour rien... Un bon scientifique du point du vue du pouvoir en place est un scientifique relativement compétent dans son domaine, bon agent (c’est à dire intégralement contrôlable) qui va là où lui dit d’aller et qui occupe la position de surveillance, de contrôle du domaine ou de l’endroit où il est positionné pour faire bénéficier à tous de la sécurité (relative) qui émerge du fait qu’il a les yeux grand ouverts sur le blanc comme sur le noir. Avec évidemment le prix à payer avec ce fonctionnement. La sécurité au prix du mensonge, de la manipulation, de l’obéissance, de la violence et du zoo. Mais celui qui veut son poste n’a pas intérêt à faire preuve de trop de sensiblerie : il préfère voir à quel point la société, le système a de la chance d’avoir quelqu’un comme lui qui protège et veille dans l’ombre… les dommages collatéraux, les internements, les zoos, les suicides : il fait comme tout le monde : il détourne le regard en s’accrochant à son narratif préféré dans lequel « il n’y a pas d’alternative », « je suis quand même un type bien » etc. C’est humain. Dans quel mesure suis-je différent ? Je ne le sais pas.
Bon voilà, je mélange un petit peu tout mais vous avez compris la ligne générale : je ne sais pas grand-chose mais peut-être que quelqu’un réussira à extraire quelque chose de précieux dans tout ce brouhaha.
Lien vers l’analyse de matrix révolution (volet 3).
Viafx24, le 12 septembre 2026