Analyse du film Matrix révolution (troisième volet de la trilogie, 2003)

Avant de lire cette analyse du troisième volet de la trilogie matrix, il est fortement conseillé d’avoir lu l’avertissement préalable ainsi que les analyses des volets 1 et 2.

Au début de Matrix révolution, Néo se retrouve dans le coma après avoir réussi à stopper les machines par la pensée ce qui ne devrait pas être possible vu que les machines sont censées être dans « la vraie » réalité. Néanmoins, son pattern cérébral ressemble étrangement à ceux qui sont connectés à la matrice et de fait, il est dans une autre matrice : ici on voit que ce qui est réel et irréel est brouillé : Zion peut être compris comme une forme de résistance mais intégralement sous contrôle de la matrice comme l’avait expliqué l’architecte.

Dans les limbes

Néo se retrouve dans une sorte de station de métro nommée « mobil ave » : Mobil peut être reconstitué en « limbo » qui signifie limbe en anglais : un espace de transition, suspendu entre deux mondes. Un endroit où des programmes/personnes peuvent être bloqués ou en transit, ni vraiment dans la matrice, ni dans le monde réel. « Mobil ave » semble donc « limbe » à l’envers : une sorte de monde inversé. Il se pourrait que je sois bloqué dans les limbes :  un faux monde inversé où tout le monde vous viole et vous ment, où toutes les valeurs sont inversées : le faux est encensé, la méchanceté commune, aucun amour d’aucune sorte etc. Mais peut-être que je transpose trop par rapport à ma situation et les limbes pourraient correspondre à autre chose. Dans ces limbes, Néo y retrouve Sati : une petit fille qui attend avec ses parents : les trois sont des programmes, pas des humains et je ne comprend pas bien cette subtilité. Néanmoins, cette station de métro apparaît bien comme un espace de type prison psychique dans lequel le pouvoir en place (le mérovingien) peut maintenir quelqu’un. Et il n’y a qu’un SDF sous contrôle du mérovingien qui puisse accepter de faire sortir Néo.

Analysons une partie du discours du père de Sati :

Rama-Kandra : Tout le monde connaît l’Oracle. Je l’ai consultée avant de rencontrer le Français. Elle m’a promis qu’elle s’occuperait de Sati après nos adieux.

Neo : Des adieux ? Tu ne restes pas avec elle ?

Rama-Kandra : Ce n’est pas possible. Notre accord avec le Français ne concernait que notre fille. Ma femme et moi devons retourner dans notre monde.

Neo : Pourquoi ?

Rama-Kandra : C’est notre karma.

Neo : Tu crois au karma ?

Rama-Kandra : Karma n’est qu’un mot. Comme « amour ». Une façon de dire : « ce que je suis ici pour accomplir ». Je n’éprouve aucun ressentiment envers mon karma — j’en suis reconnaissant. Reconnaissant d’avoir une femme merveilleuse, une fille magnifique. Ce sont des cadeaux. Et donc, je fais ce que je dois faire pour les honorer.

Le mot Karma signifie « ce qui résulte de tes actes » et, plus largement, la loi de causalité morale qui relie les actes à leurs conséquences. Mais le père de Sati redéfinit Karma comme « ce qui je suis ici pour accomplir » or cela raisonne mieux avec le mot indien Dharma : ce qui constitue ton devoir, ta voie, ton rôle juste, c’est-à-dire ce que tu es appelé à accomplir conformément à ta nature et à l’ordre du monde. Le terme karma pourrait avoir été préféré dans une superproduction occidentale car il est plus connu que le terme dharma : les réalisateurs auraient néanmoins pris soin de le redéfinir en dharma. Pourquoi tout cela est important ? Parce que Sati va partir dans un autre monde [un autre niveau de réalité ? un accès autorisé à un savoir plus étendu?] alors que les parents vont devoir rester dans leur monde, plus limité, plus restreint en terme d’expérience de la vérité ou de la réalité. Pour un occidental, ces deux planchers sont scandaleux car nous partons du principe que l’accès à la vérité, à la réalité doit être le même pour tous. Ceux qui pensent comme cela, comme Néo, restent coincé dans les limbes et risquent, comme le mentionne le Papa de Sati, de ne plus jamais revoir un visage humain [ cela ressemble fortement à mon expérience où je n’ai affaire qu’à des machines-agents depuis 12 ans]. Mais dans la mentalité Hindoue, cela est acceptable : on y retrouve en filigrane la logique des castes maintenues partiellement par des concepts tel le « dharma » : il ne faut pas envier les niveaux supérieurs mais accomplir correctement le rôle que la société nous a attribué et se contenter de ce qu’on a : la reconnaissance du cadeau d’ «  d’avoir une femme merveilleuse, une fille magnifique » par exemple. Ce que semble révéler ce dialogue, c’est que la matrice préfère la mentalité Indienne : « tu as ton rôle que tu joues correctement et tu y restes sans jalousie ni ressentiment et donc sans convoiter les places du dessus ». Il est beaucoup plus facile de gouverner une société quand le moule de base des individus gouvernés leur implante cette idée dés leur plus jeune âge. Mais gouverner avec des gens qui ne sont jamais contents et, quand ils sont à la position N, ne rêvent que de la position N+1 est un casse-tête. Voilà à peu prés le message tel que je le comprend. Donc le système a dû implémenter une parade pour que les gens apprennent à accepter leur place, leur position, leur rôle. Et cette parade, c’est le choix avant même la naissance de ce que sera la place / le rôle du futur adulte. L’enfant ignore tout du rôle qui lui a été assigné mais par le jeu de la manipulation, les parents et le système l’y amène doucement mais sûrement tout en lui laissant entendre qu’il s’agit de ses propres choix. Bien-sûr il y a probablement une marge de manœuvre, des dérogations mais avec cette idée qu’une ligne de vie pour l’individu est pré-tracée dés le départ de manière à maintenir un très fort déterminisme et donc un très fort contrôle sur ce que deviennent les gens. C’est assez monstrueux et c’est pour cela que c’est secret. Je ne dis pas que c’est le cas, je dis que c’est ce qui ressort de ma compréhension des dialogues qui insistent sur ce thème à deux reprises :

Et il y a ce « vous ne comprenez pas » qui laisse entendre que dans le monde d’où vient Néo et d’où je viens, c’est impossible à comprendre.


Le discours de l’oracle

Nous allons maintenant analyser le discours entre Néo et l’oracle :

Oracle : Voilà. C’est ça, le secret. Il faut y mettre les mains.

Sati : Pourquoi ?

Oracle : Les biscuits ont besoin d’amour, comme tout le reste.

Sati : Neo !

Oracle : J’espérais avoir fini avant que tu n’arrives. Tant pis. Sati, ma chérie, je crois qu’il est temps de goûter. Apporte le saladier à Seraph et vois s’ils sont prêts.

Sati : D’accord. à Neo : Je suis contente que tu sois sorti.

Neo : Moi aussi.

Oracle : Alors, tu me reconnais ?

Neo : Une partie de toi.

Oracle : Oui, c’est comme ça que ça marche. Certains morceaux, tu les perds, d’autres, tu les conserves. Je ne reconnais pas encore mon visage dans le miroir, mais… j’aime toujours autant les bonbons. Elle tend à Neo un bonbon rouge.

Neo : Non, merci.

Oracle : Tu te souviens de ce que tu étais quand tu as franchi ma porte pour la première fois, nerveux comme un hanneton ? Et maintenant, regarde-toi. Tu m’as vraiment surprise, Neo. Et tu continues à me surprendre.

Neo : Vous aussi, vous m’avez réservé quelques surprises.

Oracle : J’espère que je t’ai aidé.

Neo : Vous m’avez aidé à arriver jusqu’ici, mais ma question est : pourquoi ? Où cela mène-t-il ? Où cela se termine-t-il ?

Oracle : Je ne sais pas.

Neo : Vous ne savez pas, ou vous ne voulez pas me le dire ?

Oracle : Je te l’ai déjà dit. Personne ne peut voir au-delà d’un choix qu’il ne comprend pas. Et je dis bien personne.

Neo : Quel choix ?

Oracle : Ça n’a pas d’importance. C’est mon choix. J’ai les miens à faire, tout comme tu as les tiens.

Neo : Cela inclut ce que vous choisissez de me dire et de ne pas me dire ?

Oracle : Bien sûr que non.

Neo : Alors pourquoi ne m’avez-vous pas parlé de l’Architecte ? Pourquoi ne m’avez-vous pas parlé de Zion, des Élus qui m’ont précédé ? Pourquoi ne m’avez-vous pas dit la vérité ?

Oracle : Parce que tu n’étais pas encore prêt à la connaître.

Neo : Qui a décidé que je n’étais pas prêt ?

Oracle : Tu sais qui. Elle désigne l’inscription « TEMET NOSCE [Connais-toi toi-même] » au-dessus de la porte.

Neo : Moi. L’Oracle acquiesce.

Neo : Alors je pense qu’il est temps que j’en sache un peu plus.

Oracle : Moi aussi.

Neo : Dites-moi comment j’ai pu séparer mon esprit de mon corps sans me connecter. Dites-moi comment j’ai pu arrêter quatre Sentinelles simplement en y pensant. Dites-moi ce qui est en train de m’arriver, bon sang.

Oracle : Le pouvoir de l’Élu s’étend au-delà de ce monde. Il remonte d’ici jusqu’à l’endroit d’où il vient.

Neo : Où ça ?

Oracle : La Source. C’est ce que tu as ressenti lorsque tu as touché ces Sentinelles. Mais tu n’étais pas prêt pour cela. Tu devrais être mort, mais apparemment, tu n’étais pas prêt pour ça non plus.

Neo : L’Architecte m’a dit que si je ne retournais pas à la Source, Zion serait détruite avant minuit ce soir.

Oracle : lève les yeux au ciel S’il vous plaît… Toi et moi ne sommes peut-être pas capables de voir au-delà de nos propres choix, mais cet homme, lui, est incapable de voir au-delà de quelque choix que ce soit.

Neo : Pourquoi ?

Oracle : Il ne les comprend pas — il ne le peut pas. Pour lui, ce sont des variables dans une équation. Une par une, chaque variable doit être résolue et contrebalancée. Voilà son rôle : équilibrer une équation.

Neo : Et vous, quel est votre rôle ?

Oracle : La déséquilibrer.

Neo : Pourquoi ? Qu’est-ce que vous voulez ?

Oracle : Je veux la même chose que toi, Neo. Et je suis prête à aller aussi loin que toi pour l’obtenir.

Neo : La fin de la guerre.L’Oracle acquiesce.

Neo : Est-ce qu’elle va prendre fin ?

Oracle : D’une façon ou d’une autre.

Neo : Zion peut-elle être sauvée ?

Oracle : Je suis désolée, je n’ai pas la réponse à cette question. Mais s’il existe une réponse, il n’y a qu’un seul endroit où tu pourras la trouver.

Neo : Où ?

Oracle : Tu sais où. Et si tu ne trouves pas la réponse, alors j’ai bien peur qu’il n’y ait peut-être pas de lendemain pour aucun de nous.

Neo : Qu’est-ce que cela signifie ?

Oracle : Tout ce qui a un commencement a une fin. Je vois la fin approcher. Je vois les ténèbres se répandre. Je vois la mort. Et tu es tout ce qui se dresse sur son chemin.

Neo : Smith.

Oracle : acquiesce. Très bientôt, il aura le pouvoir de détruire ce monde. Mais je crois qu’il ne s’arrêtera pas là ; il ne le peut pas. Il ne s’arrêtera que lorsqu’il ne restera absolument plus rien.

Neo : Qu’est-ce qu’il est ?

Oracle : Il est toi. Ton opposé, ton négatif, le résultat de l’équation qui cherche à retrouver son équilibre.

Neo : Et si je ne peux pas l’arrêter ?

Oracle : D’une façon ou d’une autre, Neo, cette guerre prendra fin. Ce soir, l’avenir des deux mondes sera entre tes mains… ou entre les siennes.

Analysons tout cela.

Oracle : Voilà. C’est ça, le secret. Il faut y mettre les mains.

Sati : Pourquoi ?

Oracle : Les biscuits ont besoin d’amour, comme tout le reste.

Sati : Neo !

Oracle : J’espérais avoir fini avant que tu n’arrives. Tant pis.

Effectivement, un des secrets de la politique c’est l’amour. Les enfants ont un besoin d’amour énorme, les adultes aussi ont besoin d’amour mais l’adversité leur apprend souvent à s’en passer. Les dettes en amour sont en grande partie responsable de la souffrance et de la violence. Dans notre société, amour et non-amour sont présents à tous les coins de rue et ne sont bien souvent que des programmes de la matrice. L’oracle semble dire que c’est elle qui a pris en charge la partie « amour » dans la matrice c’est pourquoi on lui donne l’apparence d’une grand-mère bienveillante qui fait des gâteaux. Elle incarne l’amour mais avec Néo, elle a échoué. C’est ce qu’on peut suspecter avec la phrase « J’espérais avoir fini avant que tu n’arrives ». Néo se retrouve dans une position de combattant à cause d’une dette abyssale de « non-amour ». Ce n’est pas seulement l’amour des proches mais l’amour du système. Ce n’est qu’une hypothèse que je formule à partir de moi-même : les épreuves, les coups, les faux-planchers, l’esclavage, les prisons psychiques qui mènent à l’automutilation, le tout résumable en 1 mot : violence (ou non-amour): l’addition finit par dépasser largement la capacité d’intégrer le système et la résistance se met en place. Notez bien que les systèmes politiques aiment se déguiser derrière l’apparence de l’amour pour retourner les gens. Ils contrôlent la distribution des bonbons c’est pourquoi ils peuvent facilement tenter de se faire passer pour « l’amour ».

Neo : L’Architecte m’a dit que si je ne retournais pas à la Source, Zion serait détruite avant minuit ce soir.

Oracle : lève les yeux au ciel S’il vous plaît… Toi et moi ne sommes peut-être pas capables de voir au-delà de nos propres choix, mais cet homme, lui, est incapable de voir au-delà de quelque choix que ce soit.

Neo : Pourquoi ?

Oracle : Il ne les comprend pas — il ne le peut pas. Pour lui, ce sont des variables dans une équation. Une par une, chaque variable doit être résolue et contrebalancée. Voilà son rôle : équilibrer une équation.

Neo : Et vous, quel est votre rôle ?

Oracle : La déséquilibrer.

Ici on en apprend plus sur l’oracle et l’architecte : ils forment le couple qui structure la matrice : ordre/désordre. L’ordre pour le contrôle et la sécurité. Le désordre pour laisser un petit peu de liberté, de libre-arbitre aux gens car ils en ont besoin pour être heureux même si bien souvent ce n’est que l’illusion de la liberté. Il faut bien comprendre que dans Matrix, le système politique est essentiellement présenté comme contenant deux pôles essentiels : l’ordre et le désordre. Non pas l’un contre l’autre mais l’un avec l’autre car le désordre sert tout autant l’objectif de contrôle que l’ordre. Car l’ordre seul, ça ne marche pas : l’humain est malheureux et le système se grippe.

Oracle : Je veux la même chose que toi, Neo. Et je suis prête à aller aussi loin que toi pour l’obtenir.

Neo : La fin de la guerre.

[…]

Neo : Smith.

Oracle : acquiesce Très bientôt, il aura le pouvoir de détruire ce monde. Mais je crois qu’il ne s’arrêtera pas là ; il ne le peut pas. Il ne s’arrêtera que lorsqu’il ne restera absolument plus rien.

Neo : Qu’est-ce qu’il est ?

Oracle : Il est toi. Ton opposé, ton négatif, le résultat de l’équation qui cherche à retrouver son équilibre.

Neo : Et si je ne peux pas l’arrêter ?

Oracle : D’une façon ou d’une autre, Neo, cette guerre prendra fin. Ce soir, l’avenir des deux mondes sera entre tes mains… ou entre les siennes.

Oracle : Tout ce qui a un commencement a une fin. Je vois la fin approcher. Je vois les ténèbres se répandre. Je vois la mort. Et tu es tout ce qui se dresse sur son chemin.

On trouve ici un dialogue plutôt angoissant. Ce n’est plus Néo qui doit dire la vérité à tous les gens (matrix 1) ni Néo qui prend conscience que sa résistance était anticipée et contrôlée par la matrice (matrix reloaded) mais Néo qui veut la paix. L’ennemi, ce ne sont plus les machines mais Smith et le risque de destruction du monde. Smith ici est présenté comme étant… Néo… dans sa version « négatif/opposé ». Nous reviendrons plus tard sur Smith mais nous voyons que le cadre de la guerre, de la discussion a complètement changé. En fait, matrix Revolution est l’histoire d’une réédition : Néo va se rendre aux machines, tuer le Smith qui vit en lui et permettre à la matrice de survivre tout en la modifiant en prenant en compte un certain nombre de caractéristiques chères à Néo. Autrement dit, à la fin, la matrice évolue un petit peu dans le sens voulu par Néo, grâce à Néo (et sa faculté de résistance) mais suite à sa reddition aux machines et à la destruction de Smith.

Durant la rédaction de ce texte, il faut comprendre que je fais l’objet d’une intense campagne d’intimidation. Ce matin, 3 avions de guerre en escadrille ( des vieux avions de la guerre de 1945 avec un bruit caractéristique) sont passés juste au dessus de ma tête lors de ma balade matinale. Les phrases sur lesquelles on veut me faire réfléchir sont automatiquement mise en gras sans action de ma part (ils contrôlent mon ordinateur depuis toujours), des coups de téléphones inconnus ont lieu à des moments très précis pour que j’établisse le lien / l’insistance sur précisément ce que je suis en train de lire ou d’écrire. Le contexte international présenté par les médias [essentiellement de la propagande] avec la guerre en Iran [je n’ai pas la télé et suis coupé de tout média, j’en entends parler par les gens uniquement] ou la hausse du prix du pétrole vise également à produire un contexte angoissant. L’objectif de tout cela est l’intimidation et je crains que l’objectif de ce troisième volet soit également l’intimidation : « De ton choix va dépendre l’avenir de l’humanité : si tu te soumets et acceptes un cheval de troie dans ton esprit (obéissance, mensonge), l’humanité survivra. Si tu refuses et laisses pulluler Smith, ton anti-toi, nous allons tous mourir ». Voilà à peu prés le contexte dans lequel je rédige ces mots. Une des stratégies d’intimidation ou de déstabilisation mise en place par cette société secrète vise justement à laisser entendre que les Néo comme moi auraient un pouvoir démesuré, que l’avenir de l’humanité serait entre nos mains etc. Il faut savoir garder la tête froide et comprendre qu’il ne s’agit que d’intimidation, de faux… N’oubliez pas qu’après, ils aiment à se moquer des fous « qui se prennent pour Napoléon ». Ils tentent d’insérer dans votre esprit l’idée suivante : « si tu ne deviens pas un robot obéissant, menteur et violent, l’humanité disparaîtra ». Il faut résister à tout cela. Ne pas rentrer ni rester dans la ligne de pensée sur laquelle ils essaient de vous maintenir. Le contrôle de votre esprit est clé pour eux et ils tenteront par tous les moyens de générer une brèche pour vous faire céder. C’est leur jeu favori et c’est la seule chose qu’ils savent faire. En devenant des agents, des robots, d’une certaine manière, ils sont morts. Et rien ne les intéresse plus que votre propre mort, c’est à dire votre réédition. Vous faire passer de la défense de la liberté, de la vérité, de la fraternité à la défense de l’obéissance, du faux et de la violence. Votre retournement du « je choisis » à « j’obéis » comme on le verra dans le combat final entre Smith et Néo. Du point de vue de « l’autre », la sécurité de « l’autre » dépendra toujours de votre obéissance, toujours. Tant que votre obéissance n’est pas acquise, l’autre la ressent comme une incertitude insupportable et c’est pourquoi il veut votre mort. Les messages ne représentent que de la propagande : des armes psychiques, psychologiques utilisées massivement contre vous pour vous faire céder. Pendant plusieurs dizaines de minutes dans matrix révolution, on assiste à un combat dans Zion : les machines tentent d’opérer une brèche dans le toit de la forteresse en utilisant des foreuses. Une brèche dans laquelle s’engouffre ensuite toutes les machines. Vous devez concevoir que ce dôme de Zion c’est votre boite crânienne et que soit vous allez céder et y héberger les machines ce qui fera de vous un agent, soit vous allez tenir et refuser de céder. Et c’est à cette seconde attitude que je vous engage. Cette histoire de brèche est peut-être l’illustration de ce qui est en train de se passer dans la tête de Néo : cette tête qui hébergeait jusqu’à maintenant la résistance est en train de craquer et de laisser entrer les machines.

Bane

Bane est un homme dans Zion qui semble avoir un problème mental : on le voit, dans matrix reloaded, échouer dans une tentative de meurtre contre Néo. Puis on le voit avec une forme d’automutilation : il nous est présenté comme « un fou », un « psychopathe » : à un moment, une femme médecin voudra lui faire une piqûre de « calmant » pour le faire parler mais il réussira à la tuer avant. Puis Bane réussit à se trouver seul avec Trinity et Néo et s’en suit un combat entre Bane et Néo.

Bane : Monsieur Anderson. Je vois que vous êtes aussi prévisible dans ce monde-ci que dans l'autre.

Neo : Quoi ?

Trinity : Il est complètement cinglé.

Bane : C'est peut-être ce que vous pensez, mais Monsieur Anderson et moi savons que les apparences peuvent être trompeuses. Confus, Monsieur Anderson ?

On découvrira vite qu’il s’agit de Smith qui a réussi à passer dans le monde réel. On peut le suspecter déjà par le fait qu’il appelle Néo « Mr Anderson ». Il est néanmoins étrange que Trinity ne perçoive qu’un psychotique alors que Néo peut comprendre que les apparences sont trompeuses. Selon la théorie 1, on peut considérer que toute personne branchée à la matrice qui écoute le discours d’une personne débranchée, le prendra pour un fou, un psychotique : typiquement le « ce sont tous des agents » passent mal car c’est difficilement croyable: ils ne peuvent pas comprendre, ils ne peuvent pas croire. Mais ici la situation est quelque peu différente alors je ne comprends pas bien et cela me renvoie à la théorie 2 : « ils ne peuvent pas voir ce que je vois » : Néo et moi voyons bien qu’il y a des agents derrière les personnes mais les autres semblent sincèrement surpris quand je m’en plains. C’est comme si j’avais accès à une réalité qu’elles ne perçoivent pas et on en revient éternellement à la même question : « est-ce qu’elles savent ou est-ce qu’elles ne savent pas ? ». La question de l’intentionnalité est vraiment douloureuse. Il y a des moments où 100 % de chaque cellule de mon corps est convaincu qu’ils savent et en même temps 100 % de chaque cellule de mon corps est convaincu qu’ils ne savent pas. C’est épuisant, surtout quand cela dure pendant des années.

Bane : [Ça vous semble étrangement familier, n'est-ce pas ?] Nous avons déjà été ici, vous et moi. Vous vous souvenez ? Moi, oui. Je ne pense plus à rien d'autre.

Neo : Qui es-tu ?

Bane : Vous ne me reconnaissez toujours pas ? Je l'admets, il est difficile de penser, enfermé dans cette enveloppe de chair en décomposition. La puanteur qui s'en dégage emplit chaque souffle, un nuage suffocant auquel vous ne pouvez échapper. [crache du sang] Répugnant ! Regardez comme elle est pathétiquement fragile. Rien d'aussi faible n'est censé survivre.

Neo : Qu'est-ce que tu veux ?

Bane : Je veux ce que tu veux.

[Neo relève la tête, la reconnaissance se lit dans ses yeux.]

Bane : Oui... C'est ça, Monsieur Anderson. Regardez au-delà de la chair, traversez la gélatine molle de ces yeux bovins ternes et voyez votre ennemi.

Neo : Non.

Bane : Oh si, Monsieur Anderson.

Neo : Ce n'est pas possible.

Bane : Il n'y a aucun endroit où je ne puisse aller, aucun endroit où je ne te trouverai pas.

Neo : C'est impossible.

Bane : Pas impossible. Inévitable. Adieu, Monsieur Anderson.

Bane : J'aimerais que tu puisses te voir, Monsieur Anderson. Le Messie aveugle. Tu es un symbole de tous les tiens, Monsieur Anderson. Impuissant, pathétique. Attendant simplement qu'on mette fin à tes souffrances.

Neo : Je peux te voir.

Bane : Ce n'est pas fini, Monsieur Anderson. Ce n'est pas fini.

Bane réussit à rendre Néo aveugle en lui brûlant les yeux avec une sorte de tuyau électrique. Le symbole de la perte de la vision ne peut pas être pris à la légère. Néo réussit néanmoins à voir Smith et a lui trancher la tête mais Smith répète « ce n’est pas fini ».

Comprendre exactement ce que Bane, Smith et Néo incarnent est complexe. Je ne peux pas passer des heures à y réfléchir, je vais donc balancer quelques hypothèses en vrac. Smith représente une certaine partie de Néo. Néo refuse de devenir un agent. En refusant cela, il incarne la possibilité offerte à tous les agents de ne plus être des agents. Or si tous les agents -- qui connaissent toutes les ficelles du métier d’agents (violence, mensonge, manipulation) -- d’un coup deviennent libres, il n’y a plus aucun contrôle possible du système qui devient une jungle : la loi du plus fort. Or que veut un agent débranché ? Il veut TOUT c’est à dire il veut que les autres deviennent lui ou au minimum, lui soit soumis. C’est la volonté de toute puissance qu’on peut retrouver chez chacun : qu’est-ce qui rend les interactions avec autrui si difficile ? Le fait que l’autre n’est pas moi. L’autre est différent et le fait que je dois m’adapter à lui génère un quantum de souffrance. Tout serait beaucoup plus simple si tous les autres étaient « moi » ou obéissaient à « moi ». On peut donc également comprendre Bane ou Smith comme la tentation totalitaire de l’élu. J’ai largement disserté dans cette opération de secours sur le fait que de nombreux messages insistaient sur l’idée que j’obtiendrai un jour une forme de pouvoir ou serais déjà en situation de pouvoir. Je peux même repérer des choses qui laissent entendre que mon influence est déjà active : par exemple, le remboursement des substituts nicotiniques ou la mise en place d’une signalisation anti-cigarette autour d’une école primaire. Ces choses pourraient être (1) le fait de mon influence, (2) pourraient n’avoir rien à voir (hasard ou surinterprétation de ma part) ou (3) pourraient servir d’intoxication : mes persécuteurs lâchant des petites choses sans véritable importance pour m’appâter. Le thème du pouvoir est largement utilisé contre moi et vous devez sentir parfois en me lisant la tentation en filigrane: « vous êtes tous une bande de cinglés et maintenant c’est moi le chef ». Mes ordres de mission sont clairs mais parfois cela suinte à travers moi : c’est le résultat des messages orientés « pouvoir » d’une part mais également des persécutions elles-même : quand on souffre beaucoup, on finit à juste titre par penser qu’on a autorité sur ses bourreaux. Heureusement, « autorité » n’est pas « pouvoir » et je m’astreins à rester dans ma ligne : m’en tenir à donner mon nord.

Quelle est la différence entre l’autorité et le pouvoir ? La différence est celle que je lui donne. Le pouvoir a des conséquences sur la réalité phénoménale : c’est le pouvoir d’ordonner et d’être obéi. L’autorité n’inclut pas la notion d’ordre. C’est au bourreau de décider tout seul comme un grand ce qui est bon pour lui. A lui de choisir s’il préfère suivre des bourreaux ou des victimes. S’ils préfèrent suivre les bourreaux, il vivra dans un monde contrôlé par des bourreaux. Bizarrement, la transformation potentielle des coups que je reçois depuis 12 ans en influence politique n’est pas quelque chose de réellement important pour moi. Et la raison est simple, je n’y ai égoïstement pas intérêt dans le sens où rien de ce que je pourrais « redessiner » ne peut réellement impacté mon propre confort. Peut-être générer un peu de vanité ou d’égo mais cela ne va guère au delà. Écrire une loi, une direction, un nord ne représente pour moi qu’un travail qui me pompe de l’énergie. Ne pas l’écrire et aller observer les oiseaux est tout autant valable comme gestion de mon temps et je dirais même beaucoup plus facile en soi. Ma volonté, mon désir le plus importante aujourd’hui -- et depuis longtemps -- est d’ordre spirituel. La volonté que mes opinions sur ceci ou sur cela « pèse » est très faible. J’exclurai néanmoins la mise à jour de la matrice que je considère comme un devoir et ne pas accomplir ce devoir serait souffrance pour moi. Mais ce n’est pas une mise à jour acharnée où l’échec serait souffrance : c’est simplement accomplir mon devoir de dire la vérité c’est à dire de donner ce qu’on ne m’a pas donné. Bizarrement, il n’y a pas de réussite ou d’échec : il y a un dharma : mon maximum doit être fait. C’est tout.

Pourquoi me vanter ou m’auto-glorifier de tout cela ? Parce que si vous vous retrouvez dans la même situation que moi, votre propre positionnement sur cette question est important. Plus vous serez au clair avec vous-même moins ils auront de prise sur vous. Ils chercheront à vous persuader qu’au fond, il n’y a qu’un tyran au fond de vous qui voudrait faire de tous les autres « ses clones ». Que c’est dans la nature humaine de vouloir cela etc. Et là, soit vous aurez suffisamment les pieds sur terre pour dire « benh non, être obéi ne me grise pas, être craint encore moins, être influent m’est indifférent : il n’y a au fond que le besoin d’aimer et d’être aimer, comme chez tout un chacun ». Une fois que les choses seront suffisamment claires pour vous, ils n’auront plus de prise. Ces histoires de « fou », de « totalitarisme », de « jungle », « d’agents lâchés dans la nature » n’ont que pour objectif de vous faire douter. Si vous vous en tenez à la liberté, à la vérité et à la bonté vous ne risquez rien. Et vous ne vous reprocherez rien. Au bout de 12 ans de ce traitement cruel, il ne reste que le sentiment d’être « au dessus » parce que je prends les coups au lieu de les donner : voilà l’étendu de ma vanité. Et cette vanité-là, bien compréhensible quand on souffre tous les jours, ne fera jamais de moi un tyran.

La trilogie Matrix est probablement l’histoire d’un homme réel. Quelqu’un qui a découvert la vérité, tenté de la transmettre, compris que la résistance était vérolée. Il est possible que les persécutions aient commencé à le faire vaciller, à entamer sa santé mentale : elles sont d’une violence inouïe et ont cet objectif-là, entre autre, de vous rendre fou. C’est pourquoi la figure de Bane serait apparu et aurait rendu Néo aveugle : incapable de distinguer quel doit être son positionnement, complètement perdu dans le brouillard, sans Nord, doutant de lui-même etc. cela expliquerait alors la suite du film qui est , selon moi, une sorte de reddition quand on y regarde de prés.


La mort de Trinity

Après avoir vaincu Bane, Néo est aveugle et Trinity prend les commandes et les amènent dans la ville des machines. Ils affrontent les machines et à un moment, ils décident de foncer verticalement.


Pendant l’espace de quelques secondes, ils vont réussir à percer la barrière des nuages noirs et voir le ciel bleu et le soleil. Cela signifie peut-être quelque chose mais je n’ai pas compris quoi. Puis ils retombent et atterrissent en catastrophe. Trinity a été blessé par des sentinelles et est mourante.

{Le Logos s'écrase}

Neo : Trin ? Trinity ? Trinity ???

Trinity : Je suis là.

Neo : Où ça ?

Trinity : Ici.

Neo : On y est arrivés.

Trinity : Tu avais dit qu'on y arriverait.

Neo : C'est incroyable, Trin. Il y a des lumières partout. Comme si tout avait été construit avec de la lumière. J'aimerais que tu puisses voir ce que je vois.

Trinity : Tu m'as déjà montré tellement de choses.

Neo : Qu'est-ce qu'il y a, Trinity ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

Trinity : Je ne peux pas venir avec toi, Neo. Je suis allée aussi loin que je le pouvais.

Neo : Pourquoi ? Oh non... Oh non, non, non...

Trinity : Tout va bien. C'est le moment. J'ai fait tout ce que je pouvais. Maintenant, c'est à toi de faire le reste. Tu dois aller jusqu'au bout. Tu dois sauver Zion.

Neo : Je ne peux pas. Pas sans toi.

Trinity : Si, tu peux. Tu le feras. Je le crois. Je l'ai toujours cru.

Neo : Trinity... Trinity. Tu ne peux pas mourir. Tu ne peux pas. Tu ne peux pas.

Trinity : Si, je peux. Tu m'as ramenée une fois, mais pas cette fois.

Neo : [renifle]

Trinity : Tu te souviens... sur ce toit, après que tu m'as rattrapée... de la dernière chose que je t'ai dite ?

Neo : Tu as dit : « Je suis désolée. »

Trinity : C'était ma dernière pensée. J'aurais voulu avoir une dernière chance de dire ce qui comptait vraiment, de te dire à quel point je t'aimais, à quel point j'étais reconnaissante pour chaque instant passé avec toi. Mais lorsque j'ai enfin su que j'avais dit tout ce que je voulais dire, il était trop tard. Mais tu m'as ramenée. Tu m'as donné ce que je souhaitais. Une dernière chance de dire ce que je voulais vraiment te dire...

Embrasse-moi, encore une fois. Embrasse-moi.

{Ils s'embrassent, et Trinity meurt.}

Ce qu’on peut comprendre c’est que le Logos (le vaisseau) s’écrase. Logos en grecque c’est la parole, le mot, la raison, l’argument, la pensée/l’intelligence. Selon l’I.A, en philosophie grecque c’est le principe rationnel qui structure le monde. Or le logos vient de s’écraser. Trinity incarne certainement l’amour transcendant. Il pourrait s’agit de l’amour Chrétien mais la trilogie matrix, très « cyberpunk » dans l’âme, ne semble pas très accès sur le Christianisme c’est pourquoi j’imagine plutôt un principe spirituel, transcendant, divin qu’on pourrait définir comme l’amour inconditionnel pour tous placé au centre mais ce n’est qu’une interprétation. L’abandon du logos est impossible pour elle car cela revient à abandonner l’amour mais elle ne juge pas Néo et l’incite à aller au bout. Que s’est il passé précisément ? Pourquoi Néo accepte-t-il de tout sacrifier, de se rendre aux machines, de se faire rebrancher dans la matrice ? Dans la réalité, il est possible que l’homme dont la trilogie est issue ait été aveuglé et qu’on l’ait menacé de massacrer un certains nombre d’hommes et de femmes de la résistance, de « Zion », s’il ne se rendait pas. Il aurait donc fini par accepter la soumission pour sauver tous les autres, dans un contexte où on a pu lui raconter n’importe quoi. Ce ne sont que des spéculations de ma part et il est très probable que je rate complètement l’analyse en faisant de lourds contre-sens.

Trinity morte, Néo se rend aux machines et aura le dialogue suivant avec elles :

Neo : Je demande seulement à pouvoir dire ce que je suis venu dire. Après cela, faites ce que vous voulez, et je n'essaierai pas de vous en empêcher.

Deus Ex Machina : Parle.

Neo : Le programme « Smith » a échappé à votre contrôle. Bientôt, il se répandra dans cette cité comme il s'est répandu dans la Matrice. Vous ne pouvez pas l'arrêter, mais moi, je le peux.

Deus Ex Machina : Nous n'avons pas besoin de toi. Nous n'avons besoin de rien.

Neo : Si c'est vrai, alors je me suis trompé, et vous devriez me tuer maintenant.

Deus Ex Machina : Que veux-tu ?

Neo : La paix.

Alors les machines le rebranche à la matrice et l’envoient affronter Smith.

Le combat contre Smith

Ce combat est extrêmement scénarisé. On nous fait comprendre que tout le film est là : la musique, les effets spéciaux, les dialogues, l’ambiance nocturne et totalitaire, la durée incroyable du combat : 13 minutes. Cette durée est colossale pour un film de science-fiction : cette durée en elle-même est un message.


Peut-être faut-il imaginer un combat intérieur qui s’est déroulé à l’intérieur de Néo. Et ce combat est le combat le plus important car c’est le combat de la liberté contre l’esclavage. Et Néo, ici ne se bat pas pour la liberté, il se bat pour l’esclavage c’est à dire le fait de maintenir Smith sous tutelle. Smith incarnant ici un principe nihiliste « qui veut tout » et qui, dans ce but, ne s’arrêtera que lorsque « il n’y aura plus rien ». C’est le principe destructeur associé à une liberté totale sans aucune limite.

Smith/Oracle : Monsieur Anderson, bon retour parmi nous. Vous nous avez manqué. Alors, qu'est-ce que vous pensez de ce que j'ai fait de l'endroit ?

Neo : Ça se termine ce soir.

Smith/Oracle : Je sais que ça se termine. Je l'ai vu. C'est pourquoi le reste de moi va simplement profiter du spectacle. Nous savons déjà que c'est moi qui vais te battre.

Smith/Oracle : Vous le sentez, Monsieur Anderson ? Ça se referme sur vous ? Eh bien, moi, je le sens. Je devrais vraiment vous en remercier. Après tout, c'est votre vie qui m'a appris le rôle de toute vie. Le rôle de la vie, c'est de finir.

Smith/Oracle : Pourquoi, Monsieur Anderson, pourquoi ? Pourquoi faites-vous ça ? Pourquoi, pourquoi vous relever ? Pourquoi continuer à vous battre ? Croyez-vous que vous vous battez pour quelque chose, pour quelque chose de plus que votre simple survie ? Pouvez-vous me dire ce que c'est ? Le savez-vous seulement ? Est-ce la liberté ou la vérité, peut-être la paix — serait-ce l'amour ?

Des illusions, Monsieur Anderson. Des caprices de la perception. Des constructions temporaires d'un intellect humain faible, qui tente désespérément de justifier une existence dépourvue de sens ou de but. Et toutes aussi artificielles que la Matrice elle-même.

Bien qu'il n'y ait qu'un esprit humain pour inventer quelque chose d'aussi insipide que l'amour.

Vous devez bien le voir, Monsieur Anderson. Vous devez le savoir maintenant ! Vous ne pouvez pas gagner. Ça ne sert à rien de continuer à vous battre ! Pourquoi, Monsieur Anderson ? Pourquoi, pourquoi persistez-vous ?

Neo : Parce que je le choisis.

Smith/Oracle : C'est mon monde ! Mon monde !

Smith/Oracle : Attendez... J'ai déjà vu ça. C'est ça. C'est la fin. Oui, vous étiez allongé exactement là, comme ça, et moi... moi... Je suis là, ici même, je... je suis censé dire quelque chose. Je dis...

Tout ce qui a un commencement a une fin, Neo.

Smith/Oracle : Quoi ? Qu'est-ce que je viens de dire ? Non... Non, ce n'est pas normal. Ça ne peut pas être ça. Éloignez-vous de moi !

Neo : De quoi as-tu peur ?

Smith/Oracle : C'est un piège !

Neo : Tu avais raison, Smith. Tu as toujours eu raison. C'était inévitable.

{Smith/Oracle se copie en Neo.}

Smith/Oracle : Est-ce terminé ?

{Smith/Neo acquiesce. le Deus Ex Machina comprend ce que Neo a fait et fait traverser son corps par une décharge électrique.}

Smith/Oracle : Oh non, non, non... Ce n'est pas juste.

Deus Ex Machina : C'est fait.

Je ne peux pas prétendre comprendre exactement de quoi il est question car c’est complexe. Je ferais juste quelques commentaires :

Pourquoi, Monsieur Anderson, pourquoi ? Pourquoi faites-vous ça ? Pourquoi, pourquoi vous relever ? Pourquoi continuer à vous battre ? Croyez-vous que vous vous battez pour quelque chose, pour quelque chose de plus que votre simple survie ? Pouvez-vous me dire ce que c'est ? Le savez-vous seulement ? Est-ce la liberté ou la vérité, peut-être la paix — serait-ce l'amour ?

C’est 4 derniers mots sont en général ce qu’on retrouve comme les plus souvent cités lorsqu’il s’agit pour un homme de justifier son combat ou sa résistance : Liberté, vérité, paix et amour. La plupart des gens se battent pour un ou plusieurs de ces mots-là. Vous comprenez également pourquoi la politique que vous voyez à la télévision est factice, correspond à de la propagande : elle ne montre jamais son lien, sa connexion avec ces 4 mots-là. Vous ne verrez jamais un responsable politique dire « je me bat pour la liberté, la vérité, la paix et l’amour ». Si il le faisait, il serait railler : « il n’y a que Miss monde pour prononcer une phrase pareille ». Néanmoins, si vous aviez à vous battre, à mouiller la chemise longtemps et durement, vous vous rendriez compte que vous vous battez pour cela : Liberté, vérité, paix ou amour. Parce que si ce n’est pas pour cela c’est pour quoi ? Mais le discours de Smith est intéressant : les agents qui ont œuvré pour tisser la matrice, ne comprennent que « la fin qui justifie les moyens » c’est à dire le rôle / le purpose qui nécessite mensonge, manipulation, violence, soumission, obéissance c’est à dire le contraire des 4 mots précédents. Du point de vue de Smith -- qu’on ne peut pas déconstruire si facilement -- nos 4 mots fétiches ne sont que de simples représentations mentales, constructions cognitives aussi factices que la matrice elle-même. Et il pourrait nous le démontrer de 1000 manières via nos imperfections à tous. Néanmoins Néo répondra en utilisant un autre mot: « parce que je choisis »: le choix. Le choix est proche de la liberté mais il y a une nuance : la liberté implique l’absence de déterminisme. Néo ne prétend pas faire des choix éclairées, libres : il prétend juste choisir, là. Le choix implique l’instant : je choisis maintenant. A ce moment-là, Néo donne un coup de poing si puissant à Smith qu’on a l’impression qu’il l’a réduit en bouilli. Mais c’est l’inverse qui se produit, Smith devient toujours plus puissant. Néo comprend qu’il ne peut pas le battre et qu’il n’a qu’une seule solution : le laisser gagner. Il accepte donc que Smith le copie, l’assimile [c’est à dire le « retourne »]


Mais à ce moment-là, les machines envoient une décharge à Néo (aucune idée de la signification !) : elles peuvent maintenant atteindre Smith qui est devenu Smith/Néo et le détruire : Smith éclate en mille morceau de lumière. Néo est également parcouru par une lumière colossal. Tous les Smiths sont détruits en lumière. Alors les machines débranchent Néo. Et on le voit étendu dans la boue, apparemment mort. Les machines se retirent : Zion est sauvé.

Fin du film

On voit un chat noir qui apparaît deux fois : il s’agit donc d’un déjà-vu qui signale la présence de la matrice. L’architecte vient discuter avec l’oracle. Il y a également Sati.

(Matrice : un lac, un banc)

Oracle : Eh bien, voilà une surprise.

Architecte : Vous avez joué à un jeu très dangereux.

Oracle : Le changement l'est toujours.

Architecte : Combien de temps pensez-vous que cette paix va durer ?

Oracle : Aussi longtemps qu'elle le pourra.

{L'Architecte commence à s'éloigner.}

Oracle : Et les autres ?

Architecte : Quels autres ?

Oracle : Ceux qui veulent sortir.

Architecte : Évidemment, ils seront libérés.

Oracle : Vous m'en donnez votre parole ?

Architecte : Qu'est-ce que vous me prenez ? Pour un humain ?

Sati : Oracle !

Oracle : [rit]

Sati : Nous avions peur de ne pas vous retrouver.

Oracle : Tout va bien maintenant.

Sati : Regarde, regarde ! [elle montre le lever du soleil]

Oracle : Regarde-moi ça ! C'est magnifique ! C'est toi qui as fait ça ?

Sati : [acquiesce] Pour Neo.

Oracle : C'est gentil. Je sais qu'il aurait adoré.

Sati : Est-ce qu'on le reverra un jour ?

Oracle : Je le pense. Un jour.

Seraph : Vous l'avez toujours su ?

Oracle : Oh non. Non, je ne le savais pas. Mais j'ai cru. J'ai cru.

De ce dialogue, on peut comprendre qu’il s’agissait d’un jeu dangereux entre l’oracle et l’architecte : l’oracle, en limitant le déterminisme dans la matrice, permet à des anomalies d’apparaître. Ces anomalies tentent alors de dévoiler la vérité mais subissent un processus de réflexion qui les amènent à la reddition : « cette matrice est affreuse, je vais dire la vérité à tout le monde », « même la résistance est contrôlée par la matrice », « la seule solution consiste à se soumettre et changer le système de l’intérieur ». On peut imaginer que l’oracle supervise un processus qui vise à transformer les résistants produits structurellement en responsables politiques soumis à la matrice donc aux services secrets. Selon les lois de la matrice elle-même -- qui sait qu’elle doit évoluer dynamiquement si elle veut survivre -- une telle assimilation d’un résistant aboutit à une modification de la matrice. Cette modification de la matrice peut inclure soit :

L’architecte lui-même ne peut s’opposer au changement. On comprend donc mieux le surnom de « Mr Anderson » : il est « Néo » c’est à dire celui qui apporte du nouveau.

Mais le soleil reste artificiel, créé par les enfants symbolisés par Sati c’est à dire le monde dont les enfants rêvent où la guerre se passe toujours très très loin : un paysage coloré, beau mais factice car matriciel. Le vrai soleil est ailleurs. Trinity et Néo ont eu la chance de le voir pendant quelques secondes mais je ne sais pas ce qu’il représente : peut-être l’amour absolu.

Le choix de Néo de se conformer au programme de l’oracle c’est à dire de se laisser guider par la partition de l’oracle est-il le bon choix ? Ou plus exactement, pourquoi ce n’est pas mon choix ? Je peux, comme cela, à brûle-pourpoint, en rentrant dans la logique de leur système c’est à dire sans que cela m’engage réellement, donner quelques éléments qui me sautent aux yeux.

Leur système politique repose sur le contrôle et la sécurité pour tous en créant un paysage, une réalité artificielle : une matrice. Ils se créent un paradis commun [supposé] mais cela nécessite une condition : l’obéissance et le mensonge de tous. 1% refusent et la solution trouvée repose sur l’oppression. Ce chiffre de 1% a pu être choisi au hasard par l’architecte néanmoins, on peut considérer qu’entre 50 000 (0,001%) et 50 millions (1%) de personnes subissent une oppression cruelle dans le plus grand secret. Le discrédit probablement le plus commun est « c’est un fou, un psychotique ».

Il se trouve que je pense que les plus hautes instances du bouddhisme participent également à la matrice, comme toutes les institutions ni plus ni moins. Le film « 7 ans au Tibet » insiste un peu trop sur la création d’un cinéma au Tibet (l’acceptation de rentrer dans le spectacle mondial). Or j’ai eu « ouï dire » d’une conversation entre un père de famille et une haute autorité spirituelle Bouddhiste : « Mon fils est schizophrène et je ne sais pas quoi faire pour lui, que feriez-vous à ma place ? » et cette autorité réponds simplement « je ne sais pas ». Codé « en allemand » c’est à dire en double-langage, cette question pourrait signifier « que fait-on pour les milliers/millions d’opposants persécutés dans le silence le plus total et qu’on fait passer pour fou ? » . Et il ne sait pas. Il ne sait pas parce que personne ne sait. Tout le système repose sur quelque chose (obéissance, silence, violence) qu’une fraction de la population ne supporte pas. Et vous voudriez que je rejoigne les plus nombreux au détriment des moins nombreux ? Que je rejoigne les dominants / « les forts » en laissant les faibles à leur triste sort ? Ce n’est pas envisageable.

Le problème est probablement le manque, la dette d’amour : tous ces gens qui refusent ont probablement manquer d’amour (pas forcément seulement de l’amour des proches : les proches peuvent très bien avoir été plutôt aimants mais dans un contexte systémique de non-amour beaucoup trop fort). L’oracle était en charge de l’amour mais n’a pas su ou n’a pas pu mener à bien sa mission. L’amour est la clé et c’est pourquoi il ne faut pas seulement en faire la mission « des autres » et savoir nettoyer devant sa porte. C’est pourquoi j’insiste tant et vais continuer à insister sur le chemin proposé par Arnaud Desjardins : l’amour doit être inconditionnel pour tous. Et j’ai dit à ce titre que mon opération des secours ne se ferait pas « contre » les persécuteurs.

Je me sens donc beaucoup plus en phase en restant parmi « les faibles » et en invectivant tous les oracles et architectes de cette terre : « et sur la question de l’amour, de la souffrance et de la violence, vous faites quoi ? ». Certains ricanent. D’autres comprennent qu’ils ne font tout simplement pas assez sinon nous n’en serions pas là. Les hommes ont besoin de recevoir. Principalement recevoir de l’amour mais pour cela, il faut que les cookies soient suffisamment bons. Évidemment, je parle ici en rentrant dans leur propre logique, dans leur propre système de pensée.

Si j’étais assimilé par la matrice, je ne crois pas du tout que je pourrais changer quoi que ce soit à la qualité des cookies d’une part, ni au sort de ceux qui subissent l’oppression silencieuse. L’information concernant le fait que la matrice est volontairement maintenue suboptimale est également troublante. Or je constate que 100 % des systèmes scolaires dans le monde vise à fabriquer des rouages. Toute tentative de transformation de l’école en quelque chose de beaucoup plus humain est probablement voué à l’échec. Le système repose sur la fabrique de rouage, pas sur l’accroissement de l’humanité. Les marges de manœuvre pour injecter de l’amour et de la non-violence dans ce contexte semble inexistante. Le système est volontairement maintenu « dur ». Or je suis un doux. Ou plus humblement, je me perçois comme tel.

Un copain m’invectivait un jour violemment : « mais qu’est ce que tu reproches à notre maison ?[sous entendu le système] »: il semblait vraiment en colère contre moi comme si je noircissais « son paradis ». Je n’ai pas su quoi lui répondre. Il est mort depuis et je l’aimais bien, malgré « ses piqûres ». Là tout de suite, je lui répondrai : « je n’ai jamais pu me défendre, et en conséquence de quoi ta maison, ton paradis ne m’a jamais défendu.». Ma place parmi les opprimés correspond parfaitement à ce que je suis : quelqu’un qui ne peut pas se défendre et donc qui se fait persécuter. Cette empreinte « je ne peux pas me défendre » est très fortement présente en moi depuis l’école maternelle. Il est tout à fait probable que ce système tel qu’il est dessiné aboutisse à l’éradication génétique des non-violents au sens de ceux qui ne savent pas ou ne peuvent pas se défendre. Il suffit pour cela d’empêcher de se reproduire ceux qui refusent ce système. Les choses peuvent aller très vite et sont déjà en route depuis longtemps : je ne vois que trop à quel point mon niveau de violence interne est complètement en décalage avec celui des autres : pas parce que je suis « un type bien » mais parce que je suis un non-violent -- génétiquement ou psychologiquement -- depuis toujours. Il serait plus facile pour moi de boire un verre de pentobarbital que de faire 1/1000 de ce que vous me faites à un autre. Vous en doutez, je m’en doute. Mais d’où vient votre doute ? Votre comparaison s’effectue par rapport à vous-même, votre propre niveau de violence -- vos nucléotides, vos empreintes d’enfants -- qui ne sont pas les mêmes.

Oracle : Et les autres ?

Architecte : Quels autres ?

Oracle : Ceux qui veulent sortir.

Architecte : Évidemment, ils seront libérés.

Oracle : Vous m'en donnez votre parole ?

Architecte : Pour qui vous me prenez ? Pour un humain ?

Je doute que la parole ait été tenue. Ou alors pas sans prix exorbitant (persécution, oppression, interdiction diverse…) : il faut bien qu’ils dissuadent les masses de déserter ce système secret. Le « nouveau » de Néo pourrait bien avoir été transformé en « essentiellement rien ». Mais au moins, cela nous sert de leçon. Son sacrifice nous permet de ne pas suivre le même chemin. Prenez-garde si vous choisissez ma voie ou celle de Trinity : c’est un chemin très solitaire, très dur. Si vous êtes dans le même cas que moi et que vous n’en pouvez plus : il y a le chemin de Néo. Peut-être qu’il aboutit réellement quelque part. Peut-être que la réédition et l’incorporation de votre « être » à la matrice est votre chemin. Je ne porte aucun jugement. L’existence est suffisamment difficile pour qu’on ne rajoute pas des jugements à tout cela. Évidemment que quand j’écris un long texte comme cela, il y a des jugements et du ressentiment de partout : je fais exprès de purger mon âme sans trop filtrer sinon c’est artificiel. Mais ultimement, face à ce type de machine, chacun fait ce qu’il peut en fonction de ses forces, de son passé, de sa compréhension. Il ne fait aucun doute que tout jugement ajoute du non-amour et de la souffrance à un monde qui en compte déjà beaucoup trop.

Lien vers l’analyse de matrix résurrection (volet 4).

Viafx24, le 12 septembre 2026