Analyse du film matrix résurrection (2021)

Avant de lire cette analyse du quatrième volet de la saga matrix, il est fortement conseillé d’avoir lu l’avertissement préalable ainsi que les analyses des volets 1, 2 et 3.

La première chose de notable concernant Matrix résurrection apparaît dés les 7 premières secondes c’est à dire à l’apparition du logo Warner Bros. Dans les trois premiers volets de la trilogie, la matrice est présente dés la toute première seconde. Or dans ce quatrième volet, on a déjà un beau lever de soleil (factice car dessiné par Sati) puis au bout de 6 secondes apparaît la matrice. Une interprétation possible est que le réalisateur nous dit par cet artifice « le monde m’apparaît très bien tel qu’il est, depuis le changement opéré par Néo mais apparemment ce n’est pas l’avis de tout le monde et on me demande de refaire un film ». Lors du premier visionnage, j’ai pensé que le film avait été créé pour moi. Je suis tellement habitué à ce genre de chose que je n’y prête plus guère attention. Cela ne génère pas un « c’est cool » mais plutôt un « c’est la continuation des persécutions et du viol psychique ». Le film me semblait être essentiellement un navet et donc j’interprétais cela comme « mon navet ». Au deuxième visionnage, ma lecture a été quelque peu différente : je ne pense pas forcément que l’histoire racontée soit la mienne. Il y a des indices concordants comme la prédominance de la psychiatrie dans mon passé (via la présence du fameux « analyste ») mais cela ne suffit pas et ce pourrait bien être l’histoire de quelqu’un d’autre. Bref, je ne tranche pas la question et pour être honnête, je m’en fou.

Je ne vais pas faire une analyse aussi longue que pour les autres volets. Je vais simplement me focaliser sur quelques anecdotes notables sur lequel je veux disserter.

Le film présente un Néo essentiellement dépressif, triste et sous contrôle d’un analyste. On m’a envoyé chez un psychologue dés l’age de 11 ans et j’ai été plus ou moins contraint de me « livrer » à des psychiatres la plus grande partie de mon existence. Le plus souvent sous la contrainte, parfois de mon propre chef. J’ai été interné 2 fois par le pouvoir en place. On m’a forcé à gober tout un tas de pilules. Une de ces pilules s’appelle «  le tercian » : officiellement un antipsychotique mais qui n’est bizarrement prescrit qu’en France et au Portugal. Le nom « tercian » m’a été expliqué par un infirmier comme étant un jeu de mot basé sur « tiers sans » : mon premier internement correspondait à une ancienne procédure dite « à la demande d’un tiers ». J’avais vigoureusement dénoncé cet internement et lors du second internement, je m’étais rendu de mon propre chef à l’hôpital psychiatrique, pas parce que je me sentais malade mais à cause de la terreur qu’ils avaient savamment orchestré et des menaces de mort associées. Bref, il s’agissait d’une forme de reddition de ma part à cause de la peur. L’infirmier me faisait donc remarquer que cette fois c’était « sans tiers » c’est à dire « tiers sans » et il s’amusait avec ce jeu de mot en répétant « tiers-sans » / « ter-cian », « tiers-sans »/« ter-cian » peut-être une bonne dizaine de fois pour que je pige le message. Il s’agissait d’une pilule bleue turquoise d’un bleu profond. Dans matrix résurrection, on voit Néo ingurgiter aussi des pilules bleues : cela correspond à l’influence de la matrice capable de lui faire croire qu’il est malade, psychotique alors qu’il ne l’est pas. Cela n’a jamais été mon cas, à aucun moment. A la seconde où j’ai pu corrélé les premières approches des services secrets dans un bar à un coup de téléphone bizarre d’un inconnu me proposant 5000 euros pour une simple vidéo de microscopie à fluorescence (une telle vidéo ne vaut rien), j’ai su que l’implication des services secrets était réelle et je n’en ai plus jamais douté intérieurement. En revanche, il y a eu également des attaques bizarres, inexplicables avec la science dont j’ai connaissance et j’ai parfois largement douté (et je doute encore) que mon explication, ma thèse principale (société secrète) soit la bonne (ou alors c’est cela + autre chose). Peut-être ont-ils réussi, à force de coups, à entamer les bases de ma rationalité psychique et donc à me faire décompenser. Néanmoins, il y a des choses que j’ai vu qui sont vraiment bizarres et je m’en suis largement expliqué ailleurs.

N’ayant jamais douté que ce que je voyais et vivais était réel (et non pas le fruit d’une pathologie psychique), cela limite la probabilité que l’histoire racontée soit la mienne. Le thème de la folie, de la psychose, des médicaments et des internements sont de grands classiques quand on a affaire aux services secrets car il faut pouvoir décrédibiliser les allégations de l’autre. Donc cette histoire peut tout à fait correspondre à celle de quelqu’un d’autre.


« 24:32 : et franchement, je déteste devoir m’armer d’un manuel et d’un stabilo »

Je partage ce sentiment avec le développeur qui fait cette remarque : écrire cette analyse m’emmerde parce qu’il faut naviguer entre 36 fichiers, se creuser la tête pour savoir que cache tel ou tel dialogue. Mais je n’ai pas le choix puisqu’il s’agit de vous réveiller. Vous comprenez que Matrix n’est pas un film pour passer un bon moment. C’est un film qu’on regarde avec un manuel et un stabilo pour comprendre la nature de la réalité politique actuelle.

1:01:03 : « ils ont pris ma vie pour en faire un jeu vidéo ». Malheureusement oui : film et jeu vidéo sont la résultante de la vie et des souffrances d’un homme quelque part dans le monde, déjà mort ou encore vivant. La société secrète ne s’embarrasse pas de considérations éthiques puisque l’ADN de son fonctionnement c’est le viol psychique. Et c’est la moindre des violences dont elle est capable. Il me semble peu probable qu’elle se fixe une limite en ce qui concerne la violence : son but est le contrôle : si de son point de vue la situation exige de blesser ou de tuer, elle blesse et elle tue. Massivement si nécessaire. Mais elle essaie probablement d’éviter le massivement, justement par le biais du contrôle en amont, du « viol » et « des micro-piqures » pour lui éviter justement de recourir à l’extrême violence. Mais ce n’est qu’un curseur qu’elle peut déplacer suivant la situation et le type de personnes à qui elle à affaire. C’est ce qu’elle appellerait « le pragmatisme ».

Plus loin, on trouve cette phrase : « quoi de mieux pour enfouir la vérité qu’un banal jeux vidéo». Cela rappelle au spectateur que la saga Matrix traite de la vérité mais enfouie dans la fiction selon une seconde ligne de lecture, de manière à toujours pouvoir nier.

1:24:42 : la fameuse tirade du mérovingien devenu SDF : il a perdu le pouvoir et est nostalgique de l’ancien temps et compare son époque « la grâce, le style, la qualité des conversations, des livres » avec ce qui est advenu : facebook, wikipedia, les écrans.

Je recolle le dialogue ici mais je l’avais déjà pré-analysé pour Matrix Reloaded donc je ne re-commente pas tout.

Le Mérovingien : Tu as foutu en l’air tout ce qui pouvait aller se faire foutre avec mon cul soyeux ! Nous avions de la grâce. Nous avions du style ! Nous avions des conversations ! Pas ce… bip-bip-bip-bip-bip-bip-bip ! L’art, les films, les livres étaient tous meilleurs ! L’originalité avait de l’importance ! Tu nous as donné Face-Zucker-suck and Cock-me-climatey-Wiki-piss-and-shit!

On notera juste que dans ce volet de Matrix, la frontière entre la fiction et la réalité politique devient de plus en plus fine. Une personne encore branchée à la matrice pourrait commencer à avoir du mal à contrer mes arguments. Un agent également. Pour quelqu’un qui sait la vérité, le film vomit presque un « mais putain, vous ne voyez pas que ce film ne traite que de la réalité ? »

Plus loin on trouve :

Bugs : Quand cette nouvelle version de la Matrice a été mise en ligne, il y a eu une purge.

Neo : Ils nous ont promis la paix, et ils nous ont donné une purge.

Bugs : Non. Non, il y a bien eu la paix. C’est toi qui l’as rendue possible, et ça a tout changé.

Neo : Ça ne donne pas vraiment l’impression que ça ait changé quoi que ce soit. La Matrice est pareille, voire pire. Et je suis revenu là où j’avais commencé. J’ai l’impression que tout ce que j’ai fait, tout ce que nous avons fait… …comme si rien de tout cela n’avait compté.

Bugs : Tout cela a compté. Je peux te le montrer.

Ici, les avis divergent. Néo ne voit aucun changement : la matrice est toujours là. Mais Bug considère que grâce à Néo, tout a changé. Il me semble probable que ce « tout a changé » dépende vraiment de la perspective depuis laquelle on se place. Si on se place du point de vu de Néo, la matrice et donc les faux-planchers cruels et la violence sont toujours là. Si on se place dans la matrice, on peut imaginer que certaines catégories de population maltraitées (je pense notamment aux LGBT et aux femmes) ont pu voir leur droit et leur considération s’améliorer. Ce n’est pas un hasard que Niobe soit présentée comme la dirigeante de « io ». L’amélioration de la place des femmes dans la société et plus précisément de leur accès aux postes prestigieux ou de pouvoir, pourrait bien avoir été la conséquence du combat de Néo.

« io » représente le successeur de Zion. J’imagine que « io » signifie « input/output » mais qu’est ce que cela peut bien signifier en terme de structure politique ? Je n’en sais rien.

1:06:44 :« on va s’écraser »

« La générale savait les sentinelles imbattables, alors on a appris à les éviter »

Le vaisseau de Néo pénètre dans un rocher pour atteindre « io » et c’est probablement leur meilleur protection. Or le « rocher » a priori c’est moi ou ceux qui sont encore branchés : des gens qui ne sont qu’« un » et ne jouent pas double jeu : ils sont stables, solides, robustes, incassables sur les principes : liberté, vérité, bonté etc. Cela c’est la théorie. Dans les faits, qu’est-ce que cette muraille de protection signifie ? Je n’en sais rien. Une des caractéristiques de « io » c’est qu’elle a été construite par des humains et des agents en abandonnant la veille logique « eux ou nous ».

« Zion était figée dans le passé, dans la guerre, dans sa matrice à elle. Ils estimaient que c’était soit nous, soit eux. Cette ville a été construite par nous et par eux. »

C’est la grande différence entre Zion et « io » : io est l’alliance des humains et des machines. On peut imaginer que cela correspond à l’acceptation, la reddition finale de Néo dans Matrix Révolution. J’imagine que cela a ouvert la porte à l’alliance « humain/machine » c’est à dire « non-agent/agent ». Et ils travaillent donc ensemble.

Sheperd : « On parle beaucoup du passé. De toi. De l’agent viral. Du siège de Zion. Tout était plus simple, alors. On voulait la liberté. »

Néo : Ça a changé ?

Sheperd : Par moments, on dirait que les gens s’avouent vaincus. Face à la matrice.

Plus tard Bugs dira à Niobe :

« Tu te préoccupes davantage de faire pousser des fruits que de libérer les esprits. »

On peut imaginer que la révolution induite par Néo a renversé certains équilibres du pouvoir. Un certain nombre de gens, de groupes d’intérêts communs ont pu obtenir ce qu’ils voulaient. Et comme leur situation s’est amélioré, ils finissent par trouver cette matrice pas si mal finalement sans œuvrer significativement pour libérer ceux qui y sont encore branchés c’est à dire moi il y a 12 ans. J’avais 31 ans en 2014 et j’ignorais tout. Et effectivement, il semble que « io » ait jugée plus utile de consolider leurs positions et intérêts politiques (quand bien même ils seraient légitimes) qu’à chercher à me libérer. Cela soulève le problème suivant : des résistants luttent politiquement pour leur droit, finissent par accepter une certaine compromission, obtiennent ce qu’ils veulent c’est à dire la possibilité de faire évoluer la matrice dans la direction de leur intérêt, puis finissent par s’accommoder du pouvoir. Ils finissent par trouver finalement cette matrice bien pratique et négligent la violence que constitue le fait de maintenir quelqu’un dans une prison psychique. Quand on leur demande « mais que fait-on pour les gens encore branchés dans la matrice ? » Ils baissent les yeux et répondent « je ne sais pas ». Ils sont bien contents eux d’avoir eu accès à la vérité, ils sont bien contents eux d’avoir réussi leur lutte et imposés leurs idées mais ils se désintéressent du sort des plus faibles, des plus démunis : ceux, entre autre, qui sont cruellement maintenus dans une illusion. Et pour éviter d’avoir à regarder la vérité en face, ils inventent probablement un narratif quelconque pour justifier leur inaction et gommer tout sentiment de culpabilité : c’est malheureusement trop humain et nul n’échappe à ce mécanisme, moi compris.

« io » semble avoir gagner en sagesse : Niobe « sait qu’elle ne sait rien » ce qui la place au niveau de Socrate. Elle arrive à passer l’éponge sur un certain nombre de choses à Bugs et Néo en les laissant partir mais les notions de hiérarchie, de sécurité, de contrôle sont toujours actif dans « io ». C’est un système politique qui nous est présenté comme plus souple et plus sage mais pas exempt de toutes les tares qu’on retrouve systématiquement dans toute structure de pouvoir.

Vers la fin du film, on découvre une variante des agents : la meute. Quand des gens croisent Néo ou toute cible ainsi définie, ils deviennent comme obnubilés, obsédés par cette cible et la nécessité de l’attaquer. Et cela ressemble encore plus à ce que je vis depuis 12 ans. Des gens qui semblent apparemment n’avoir pas le moindre intérêt à m’attaquer étant donné leurs âges ou leur situation mais m’attaquent quand même. Je citerais :

Je me retrouve attaqué par des catégories de population qui ne devraient pas a priori être en capacité de m’attaquer. On voit dans le film, un homme qui se réveille dans son lit au coté de sa femme, une image de la matrice apparaît dans son regard et il devient comme fou : il saute par la fenêtre du 30ème étage pour tenter de percuter la moto sur lequel Néo et Trinity sont embarqués.


il y a vraiment adéquation totale entre ce que je vis depuis 12 ans et le fonctionnement de cette meute de bots/zombies. C’est pourquoi je doute si souvent de mes théories et allégations (théorie 1) et qu’il a fallu que j’invente la théorie 2.

Quand les derniers mots d’un mourant semble encodé c’est à dire à double-sens avec un message stupide à votre intention, il convient de pouvoir immédiatement invoquer une protection psychique pas seulement contre la théorie 1 « c’est un agent » mais également contre la théorie 2 « c’est un bot, j’y suis habitué depuis le temps, je respire et je garde mon calme ».

Dans 99 % des cas, j’ai le sentiment d’avoir affaire à un agent qui a préparé son petit message ou qu’on lui dicte. Dans 1 % des cas, j’ai le sentiment d’avoir affaire à un bot qui n’a absolument aucun contrôle sur ce qu’il fait et dit. Et dans ces moments, il faut vraiment réquisitionner toutes ses forces psychiques pour tenir car c’est vraiment dur. On se retrouve complètement perdu, pas seulement politiquement mais métaphysiquement. Mais on s’habitue. Certes, la rencontre avec un bot est toujours glaçante et les premières fois, il faut plusieurs jours pour s’en remettre. Avec l’habitude, quelques secondes, minutes peuvent suffire. « Je sais déjà tout cela, je sais déjà que je ne sais rien » puis « respiration ».

A la fin, Néo et Trinity reviennent voir l’analyste. C’est la partie du film qui fait la plus « navet ». Trinity ne le tue pas mais le frappe à plusieurs reprises et pour plusieurs raisons. L’une de ces raisons est l’utilisation des enfants.


2:14:36 « on se sert pas d’enfants »

J’ai dit à plusieurs reprises que l’utilisation des enfants était particulièrement douloureuse et c’est effectivement ce qui se passe car Trinity confirme et est révulsée comme je le suis.

Voici le dialogue final entre l’analyste, Néo et Trinity :

L’Analyste : Parce que je connais le système. Je connais les êtres humains. Et je vous connais, vous deux.

En ce moment, vous êtes contents de ce que vous avez accompli. Et vous avez raison de l’être. C’était une victoire. Bravo. Et maintenant ? Vous êtes venus ici pour négocier une sorte d’accord ? Vous pensez avoir toutes les cartes en main parce que vous pouvez faire ce que vous voulez dans ce monde. Je vous en prie, faites-vous plaisir. Refaites-le. Allez-y à fond. Peignez le ciel avec des arcs-en-ciel.

Mais voilà le problème : les moutons ne vont nulle part. Ils aiment mon monde. Ils ne veulent pas de cette sentimentalité. Ils ne veulent ni liberté ni émancipation. Ils veulent être contrôlés. Ils recherchent le confort de la certitude. Et cela signifie que vous deux, de retour dans vos capsules, inconscients et seuls, exactement comme eux.

Neo : Nous ne sommes pas venus ici pour négocier quoi que ce soit.

Trinity : Nous étions justement en route pour refaire ton monde.

Neo : Changer quelques petites choses.

Trinity : J’aime assez bien l’idée de « peindre le ciel avec des arcs-en-ciel ».

Neo : Simplement rappeler aux gens ce qu’un esprit libre est capable de faire.

Trinity : J’avais oublié. C’est facile d’oublier.

Neo : Il rend ça facile.

Trinity : Ça, c’est sûr.

Neo : Il devrait y réfléchir.

Trinity : Avant de commencer, nous avons décidé de faire un détour pour venir te remercier. Tu nous as donné quelque chose que nous n’aurions jamais cru pouvoir avoir.

L’Analyste : Et qu’est-ce donc ?

Trinity : Une nouvelle chance.

A la fin, il semble donc que la matrice va rester en place. Que les moutons resteront des moutons mais que Néo et Trinity vont pouvoir repeindre le ciel selon leur goûts. Il semble que ce soit juste un nouveau cycle politique : la matrice va simplement évoluer selon de nouvelles règles. Le jeu politique.

Voilà, j’ai dit à peu prés ce que j’avais à dire à propos de Matrix résurrection. Je ne rentre pas dans la symbolique de l’analyste, de Smith en « petit manager », de la résurrection de Trinity et Néo car tout cela semble bien confus (1) l’intérêt d’une telle extraction semble bien maigre (2) et au moment où j’écris ces mots, je ne vois que trop que cela correspond au viol de quelqu’un (3) : moi ou un autre, c’est sans importance. Ces fameux cycles politiques aboutissent-ils à moins de souffrance, moins de violence, plus d’amour, plus de liberté et de vérité ? Je n’en sais rien.

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Viafx24, le 12 septembre 2026